L’al­liance Re­nault-Nis­san pour­suit sa route sans Ghosn

Re­nault, Nis­san et Mitsubishi ont ré­af­fir­mé jeu­di leur « pro­fond at­ta­che­ment » à l’at­te­lage des trois par­te­naires

L'Opinion - - Gilets Jaunes : La Colère Par Procuration - Mu­riel Motte t @mu­riel­motte

Re­nault, Nis­san et Mitsubishi se sont re­trou­vés à Am­ster­dam jeu­di pour la pre­mière fois de­puis l’ar­res­ta­tion de Car­los Ghosn. Der­rière le « bu­si­ness as usual » la ques­tion du nou­vel équi­libre des pou­voirs au sein du pre­mier construc­teur au­to­mo­bile mon­dial reste en sus­pens.

LES AP­PA­RENCES SONT SAUVES. Une réu­nion opé­ra­tion­nelle pré­vue de longue date, et ap­pa­rem­ment « construc­tive », s’est te­nue jeu­di à Am­ster­dam, siège de l’Al­liance Re­nault-Nis­san. En dé­but de jour­née, un com­mu­ni­qué com­mun pe­sé au tré­bu­chet a plan­té le dé­cor et cou­pé court aux spé­cu­la­tions : « De ma­nière una­nime et avec convic­tion, les conseils d’ad­mi­nis­tra­tion du Groupe Re­nault, de Nis­san Mo­tor et de Mitsubishi Mo­tors Corporation ont ré­af­fir­mé ces der­niers jours leur pro­fond at­ta­che­ment à l’Al­liance. De­puis deux dé­cen­nies, la réus­site de l’Al­liance est in­éga­lée », sou­li­gnaient les trois construc­teurs. Qu’im­porte si les échanges ont eu lieu par vi­déo­con­fé­rence – le di­rec­teur gé­né­ral de Nis­san, Hi­ro­to Sai­ka­wa, et ce­lui de Re­nault, Thier­ry Bol­lo­ré, ne comp­taient pas se dé­pla­cer : « Nous res­tons plei­ne­ment en­ga­gés », as­sure le com­mu­ni­qué.

En l’ab­sence de son PDG Car­los Ghosn, ar­rê­té à To­kyo le 19 no­vembre, l’Al­liance n’est pas un ca­nard sans tête. Thier­ry Bol­lo­ré, qui dis­pose « à titre pro­vi­soire » de la di­rec­tion exé­cu­tive de Re­nault et « des mêmes pou­voirs » que Car­los Ghosn, en as­sure de fac­to la di­rec­tion. Ce se­ra en­core le cas dans les pro­chains jours : se­lon l’agence de presse Kyo­do, le par­quet de To­kyo va an­non­cer ce ven­dre­di qu’il pro­longe la dé­ten­tion de ce­lui qui est tou­jours PDG de la marque au lo­sange. La jus­tice ja­po­naise dis­pose de dix jours sup­plé­men­taires pour pour­suivre son en­quête, au terme des­quels elle in­cul­pe­ra ou li­bé­re­ra le pa­tron fran­çais. « Sur le vo­let ju­di­ciaire, nous sommes simple spec­ta­teur », rap­pelle-t-on à Pa­ris.

Tu­telle. Sur le vo­let in­dus­triel en re­vanche, la France n’en­tend pas se lais­ser bous­cu­ler par les construc­teurs nip­pons. Nis­san et Mitsubishi n’ont pas at­ten­du l’éven­tuelle in­cul­pa­tion de Car­los Ghosn dans leur pays pour le des­ti­tuer de la pré­si­dence de leur groupe res­pec­tif, signe de leur exas­pé­ra­tion à l’égard d’une forme de « tu­telle » fran­çaise. Ce à quoi le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire, a ré­pon­du qu’il ne sou­hai­tait pas « de mo­di­fi­ca­tions entre les équi­libres de pou­voirs », es­ti­mant no­tam­ment que « le di­rec­teur gé­né­ral de Re­nault doit res­ter pré­sident de l’Al­liance. »

Ac­tion­naire à 43,5% de Nis­san, qui dé­tient lui-même 15 % de Re­nault (mais sans droit de vote), les deux construc­teurs sont à pa­ri­té dans Re­nault-Nis­san BV. Cha­cun des deux camps dis­pose de huit voix au di­rec­toire de l’Al­liance, le pré­sident ayant une voix pré­pon­dé­rante en cas de né­ces­si­té. Mais le nip­pon pèse au­jourd’hui beau­coup plus lourd en Bourse, et il a pro­duit 5,5 mil­lions de voi­tures l’an der­nier contre 3,4 mil­lions pour le fran­çais, ce qui nour­rit la dé­ter­mi­na­tion d’Hi­ro­to Sai­ka­wa.

«Notre feuille de route est claire et plus que ja­mais, nous conti­nue­rons à fonc­tion­ner de fa­çon fluide et pro­fes­sion­nelle », ont ras­su­ré les pa­trons exé­cu­tifs des trois construc­teurs dans un mes­sage en­voyé jeu­di à leurs 450 000 sa­la­riés. Au pas­sage, ils ont ex­pri­mé « leur sou­tien dé­ter­mi­né et leur dé­sir par­ta­gé de main­te­nir notre com­bi­nai­son ga­gnante », pré­cise l’AFP. Nul doute que la force de leur dé­sir se­ra as­sez ra­pi­de­ment tes­tée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.