La Ré­pu­blique en marche en rase cam­pagne

Sta­nis­las Gue­ri­ni et Joachim Son-For­get se dis­putent le poste de dé­lé­gué gé­né­ral de LREM. Un duel qui ne pas­sionne pas

L'Opinion - - Gilets Jaunes : La Colère Par Procuration - Mat­thieu De­prieck et Na­tha­lie Se­gaunes [email protected]­gaunes t @mde­prieck

La Ré­pu­blique en marche de­vrait por­ter sa­me­di à sa tête le dé­pu­té Sta­nis­las Gue­ri­ni, ul­tra-fa­vo­ri face à son col­lègue Joachim Son-For­get. Le conseil na­tio­nal du par­ti ma­jo­ri­taire, qui tombe en plein acte III des Gi­lets jaunes, était au dé­part pré­vu au centre de Pa­ris, avant d’être dé­pla­cé au Pa­villon Bal­tard de Nogent-surMarne (Val-de-Marne).

Que se­rait La Ré­pu­blique en marche sans Joachim Son-For­get ? A quoi res­sem­ble­rait la vie in­terne du par­ti ma­jo­ri­taire si le dé­pu­té des Fran­çais de l’étran­ger (Suisse et Lich­ten­stein) ne poin­tait le bout de son nez à chaque élec­tion ? Il y a un an, l’ico­no­claste dé­pu­té condui­sait dé­jà une liste bap­ti­sée « Di­ver­si­té des ter­ri­toires » pour com­po­ser le bu­reau exé­cu­tif de LREM ; elle avait ob­te­nu près de 18 % des voix lors d’un vote à main le­vée, le 18 no­vembre 2017. Cette an­née, il se pré­sente face à Sta­nis­las Gue­ri­ni au poste de dé­lé­gué gé­né­ral de LREM.

« C’est le can­di­dat-bon­zaï », per­sifle un élu pa­ri­sien de pre­mier plan – al­lu­sion à ces arbres qui, grâce à de sa­vantes tech­niques de taille, vieillissent mais ne gran­dissent pas. « Il a des chances de gran­dir, il fait une cam­pagne plu­tôt ma­ligne », conteste Phi­lippe Gran­geon, dé­lé­gué gé­né­ral par in­té­rim, tout en conve­nant que Joachim Son-For­get n’est « pas le fa­vo­ri ».

Il n’a évi­dem­ment pas échap­pé à Joachim Son-For­get qu’il a bien peu de chances de l’em­por­ter face au co­fon­da­teur d’En Marche !, face au­quel son col­lègue Pierre Per­son, dé­pu­té LREM de Pa­ris, pour­tant les­té de nom­breux sou­tiens, a dû re­non­cer à concou­rir. Mais il ne veut pas croire que son ri­val, « pa­ri­sien et tech­no », soit réel­le­ment le fa­vo­ri d’Em­ma­nuel MaDÉBUT cron. « Le Pré­sident n’a pas de can­di­dat, in­sis­tet-il au­près de l’Opinion, il n’a rien ex­pri­mé ».

En quinze jours, l’out­si­der a fait six ou sept dé­pla­ce­ments dans toute la France, est al­lé « sur les terres de Ruf­fin » en Pi­car­die, a ren­con­tré les Gi­lets jaunes aux ronds-points, a ap­pris par coeur « la carte agri­cole de la Somme » et ter­mi­ne­ra sa tour­née ven­dre­di soir au Tou­quet (Pasde-Ca­lais), aux cô­tés de Ti­phaine Au­zière, bel­le­fille d’Em­ma­nuel Ma­cron.

Dogme. Il pro­met de conti­nuer à « al­ler voir les gens » après le 1er dé­cembre. « Je pose les ja­lons, dit-il. Le mou­ve­ment m’in­té­resse et va conti­nuer à m’in­té­res­ser ». Alors que ses di­ri­geants pré­tendent de­puis un an vou­loir bâ­tir un « socle idéo­lo­gique », lui ré­fute cet ob­jec­tif : « Une idéo­lo­gie, c’est un dogme, ce­la en­ferme les gens dans un sys­tème de pen­sée. Il nous faut des ré­fé­rences cultu­relles, pas des dogmes ».

Du cô­té de Sta­nis­las Gue­ri­ni, on sa­lue la can­di­da­ture de Joachim Son-For­get, qui a per­mis « de faire émer­ger des idées ». Le di­rec­teur de cam­pagne du fa­vo­ri, Adrien Ta­quet, dé­pu­té des Hauts-de-Seine, loue une cam­pagne in­terne « dif­fé­rente de celle des autres par­tis où les pré­ten­dants se plantent des couteaux dans le dos », et qui a fait vivre le « dé­bat d’idées ».

A voir. Car ce duel Gue­ri­ni-Son-For­get n’a pas pas­sion­né les mi­li­tants. Les can­di­dats ont par­ti­ci­pé à deux dé­bats dif­fu­sés sur YouTube, dans l’in­dif­fé­rence gé­né­rale (à peine plus de 5 000 spec­ta­teurs à chaque fois). Même l’épi­logue de cette drôle de cam­pagne, ce sa­me­di, se joue­ra mez­za voce. Deux votes à bul­le­tin se­cret et à huis clos, une pro­cla­ma­tion des ré­sul­tats à mi­di, puis une suc­ces­sion de prises de pa­role : Phi­lippe Gran­geon, le Pre­mier mi­nistre Edouard Phi­lippe, le nou­veau dé­lé­gué gé­né­ral, et en in­vi­té sur­prise, le po­li­to­logue ger­ma­no-amé­ri­cain Ya­scha Mounk, pour évo­quer la dé­mo­cra­tie en Eu­rope. « Ce conseil na­tio­nal, on le su­bit, souffle-t-on au par­ti. On en a dé­jà or­ga­ni­sé un il y a six se­maines, pour le dé­part de Cas­ta­ner ». « On au­rait pu tout faire en une seule fois », juge éga­le­ment Son-For­get.

Ti­rés au sort. La morne cam­pagne s’ex­plique aus­si par la pro­cé­dure de vote dé­fi­nie par les sta­tuts. Seuls les 743 membres du conseil na­tio­nal pren­dront part au scru­tin. In­utile de s’adres­ser à l’ensemble des adhé­rents : seuls les 245 « TAS » (ti­rés au sort) sont ci­blés.

Un autre dé­pu­té, cadre du par­ti, juge que le « dés­équi­libre entre les deux can­di­dats » n’a pas per­mis d’of­frir une vé­ri­table op­po­si­tion : « C’est dans la droite ligne de ce que vou­lait Phi­lippe Gran­geon : une cam­pagne sans mé­dia­ti­sa­tion à l’ex­té­rieur. » Et donc sans af­fron­te­ment de lignes po­li­tiques. « Dans ce mou­ve­ment, il y a presque au­tant de sen­si­bi­li­tés que d’adhé­rents, sou­rit un poids lourd de la ma­cro­nie. Or une cam­pagne in­terne, c’est l’oc­ca­sion de choi­sir une di­rec­tion. Ce ne se­ra pas le cas cette fois-ci. Peut-être la pro­chaine fois… »

« On sait qu’on ne veut pas faire comme les an­ciens par­tis mais on ne sait pas en­core ce que l’on veut faire, pour­suit le même. Notre par­ti, c’est pas un ma­chin comme les autres ». « C’est une Belle au bois dor­mant qui ne de­mande qu’à être ré­veillée », af­firme, l’âme plus poé­tique, Phi­lippe Gran­geon. Sa­me­di, pen­dant que les Gi­lets jaunes ma­ni­fes­te­ront, son prince vien­dra.

SIPA PRESS

Sta­nis­las Gué­ri­ni.

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