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L'Opinion - - The Wall Street Journal & L'Opinion - Nick Ti­mi­raos

le faible taux de chô­mage et la sta­bi­li­té de l’in­fla­tion, a-t-il dé­cla­ré : « Nous n’es­sayons pas de contrô­ler des choses que nous ne contrô­lons pas. Nous es­sayons de contrô­ler le contrô­lable. Nous es­sayons sim­ple­ment de faire notre tra­vail. Et vous sa­vez, nous le fai­sons bien. »

Le taux d’in­té­rêt de ré­fé­rence de la Fed se si­tue au­jourd’hui dans une four­chette com­prise entre 2% et 2,25%, ce qui est net­te­ment in­fé­rieur à la moyenne de long terme. La banque cen­trale de­vrait re­le­ver ses taux d’un quart de point lors de sa réunion des 18 et 19 dé­cembre. Je­rome Po­well dit qu’il re­lève les taux pour les ra­me­ner à un ni­veau plus nor­mal et évi­ter le type d’éco­no­mie en ex­pan­sion qui se trans­forme en ré­ces­sion, comme ce­la a été le cas dans le pas­sé.

Le Pré­sident ne s’est pas plaint di­rec­te­ment au­près de Je­rome Po­well. Les deux hommes n’ont pas eu de conver­sa­tion sub­stan­tielle de­puis que Do­nald Trump a pré­sen­té Je­rome Po­well comme son choix pour pré­si­der la Fed, en no­vembre der­nier.

Le bu­si­ness avant tout

Do­nald Trump a dé­cla­ré qu’il n’en­vi­sa­geait pas de ren­voyer Je­rome Po­well, d’au­tant qu’il n’est pas évident qu’il le pour­rait. La loi sur la Ré­serve fé­dé­rale sti­pule qu’un gou­ver­neur de la Fed ne peut être des­ti­tué que pour un mo­tif va­lable, ce de­man­dé, sans au­cune preuve, si les at­taques de Do­nald Trump com­men­çaient à in­fluen­cer le di­ri­geant de la Fed. La conduite de Je­rome Po­well jus­qu’à pré­sent donne à pen­ser que ce­la n’est pas fon­dé et des per­sonnes proches de lui s’op­posent fer­me­ment à cette idée.

Cet ar­ticle est ba­sé sur des di­zaines d’en­tre­tiens avec des par­le­men­taires, des res­pon­sables ac­tuels et an­ciens de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump et de la Fed, ain­si que des chefs d’en­tre­prise. Je­rome Po­well, qui a re­joint le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de la Fed en 2012, nom­mé par le pré­sident Oba­ma, a re­fu­sé une de­mande d’in­ter­view.

Je­rome Po­well a dé­cla­ré à d’autres per­sonnes qu’il sa­vait que les cri­tiques du Pré­sident pour­raient lui rendre la vie désa­gréable, mais qu’il ne ré­agi­rait pas aux pres­sions po­li­tiques. Les proches de Je­rome Po­well ont in­di­qué qu’il sa­vait que l’his­toire le ju­ge­rait sur les dé­ci­sions po­li­tiques prises au cours de son man­dat de quatre ans.

Ses maux de tête po­li­tiques pour­raient s’am­pli­fier plus ra­pi­de­ment que l’éco­no­mie l’an­née pro­chaine alors que Do­nald Trump se pré­pare à concou­rir à sa ré­élec­tion. La banque cen­trale an­ti­cipe un ra­len­tis­se­ment de la crois­sance éco­no­mique, tan­dis que les taux d’in­té­rêt de­vraient conti­nuer d’aug­men­ter.

Do­nald Trump a dé­cla­ré qu’il sou­te­nait l’in­dé­pen­dance de la banque cen­trale mais avait le droit de faire connaître ses opi­nions. La ges­tion des opi­nions pré­si­den­tielles fait de­puis long­temps par­tie du tra­vail du di­ri­geant de la Fed, mais celle-ci s’est prin­ci­pa­le­ment dé­rou­lée en pri­vé.

Le pré­sident Lyn­don B. John­son a un jour convo­qué le pré­sident de la Fed, William McC­hes­ney Mar­tin, dans son ranch du Texas, pour lui re­pro­cher d’avoir re­le­vé les taux d’in­té­rêt, af­fir­mant que c’était odieux, se­lon le ré­cit de William McC­hes­ney Mar­tin.

Un écueil pour la banque cen­trale est sur­ve­nu lorsque le pré­sident Ri­chard Nixon a fait pres­sion sur le pré­sident de la Fed, Ar­thur Burns, pour qu’il main­tienne ses taux bas avant les élec­tions de 1972, se­lon les en­re­gis­tre­ments du bu­reau ovale. Ar­thur Burns a main­te­nu les taux bas et l’in­fla­tion a ac­cé­lé­ré.

Peu de temps après l’in­tro­ni­sa­tion du pré­sident Ro­nald Rea­gan, un membre du per­son­nel de la Mai­son Blanche a de­man­dé au pré­sident de la Fed, Paul Vol­cker, s’il sou­hai­tait ac­cueillir le nou­veau chef de l’Etat à la Fed. Paul Vol­cker a re­fu­sé, mais a ré­pon­du qu’il se­rait heu­reux de ren­con­trer le Pré­sident n’im­porte où ailleurs. Ils ont choi­si le dé­par­te­ment du Tré­sor comme ter­rain neutre. Les hauts res­pon­sables de l’ad­mi­nis­tra­tion Rea­gan ont fré­quem­ment cri­ti­qué Paul Vol­cker pour des aug­men­ta­tions de taux ayant en­traî­né des ré­ces­sions en 1980 et 1981. Mais le pré­sident Rea­gan s’est abs­te­nu. « Il ne l’a ja­mais fait », a dé­cla­ré Paul Vol­cker lors d’une in­ter­view l’an der­nier.

Le se­cré­taire au Tré­sor du pré­sident George H.W. Bush, Ni­cho­las Bra­dy, a mis un terme aux pe­tits-dé­jeu­ners ré­gu­liers avec le pré­sident de la Fed, Alan Greens­pan, pour mon­trer sa désap­pro­ba­tion des po­li­tiques de res­tric­tion mo­né­taire en 1992. Ni­cho­las Bra­dy a ces­sé d’in­vi­ter Alan Greens­pan à des dî­ners et à des matchs de golf à Au­gus­ta Na­tio­nal. L’un des col­la­bo­ra­teurs de Ni­cho­las Bra­dy à l’époque était Je­rome Po­well, qui avait été nom­mé au bu­reau de la po­li­tique in­té­rieure du Tré­sor. Je­rome Po­well, âgé de 65 ans, est di­plô­mé de la fa­cul­té de droit de l’Uni­ver­si­té de Geor­ge­town et de Prin­ce­ton.

En 1994, le pré­sident Bill Clin­ton a été contra­rié par les aug­men­ta­tions de taux d’Alan Greens­pan qui me­na­çaient un plan de ré­duc­tion du dé­fi­cit dé­li­cat que le Pré­sident avait fait vo­ter au Congrès.

La contra­rié­té de Bill Clin­ton « ne m’a ja­mais été com­mu­ni­quée », a dé­cla­ré Alan Greens­pan, qui a ajou­té en avoir en­ten­du par­ler beau­coup plus tard. Le conseiller éco­no­mique Ro­bert Ru­bin a convain­cu le Pré­sident qu’il était pré­fé­rable de lâ­cher du lest avec la banque cen­trale pour mon­trer aux in­ves­tis­seurs que la Fed était apo­li­tique.

Cette pra­tique s’est main­te­nue dans deux ad­mi­nis­tra­tions, jus­qu’à ce que Do­nald Trump dé­cide cette an­née de faire du bruit au­tour de la Fed. Tan­dis que Do­nald Trump se plaint fort, ses prin­ci­paux conseillers éco­no­miques fonc­tionnent comme d’ha­bi­tude avec Je­rome Po­well ; ce­la com­prend le se­cré­taire au Tré­sor, Ste­ven Mnu­chin, le di­rec­teur du Con­seil éco­no­mique na­tio­nal, Law­rence Kud­low, et le pré­sident du Con­seil des conseillers éco­no­miques, Ke­vin Has­sett. Law­rence Kud­low et Je­rome Po­well ont fra­ter­ni­sé en rai­son de leurs pro­blèmes de dos. Je­rome Po­well a par­ta­gé le nom de son mé­de­cin, « qui m’a été d’une aide pré­cieuse », a dé­cla­ré Law­rence Kud­low dans un en­tre­tien. « Je ne plai­sante pas. »

Avant de de­ve­nir pré­sident, Je­rome Po­well était le prin­ci­pal res­pon­sable de la ré­gle­men­ta­tion ban­caire au sein de la Fed, au mo­ment où l’ad­mi­nis­tra­tion Trump pre­nait forme. Je­rome Po­well était ain­si en contact ré­gu­lier avec Ste­ven Mnu­chin, un nou­veau ve­nu à Wa­shing­ton. Ste­ven Mnu­chin a en­suite sou­te­nu la can­di­da­ture de Je­rome Po­well pour le poste de pré­sident. Do­nald Trump a de­puis reporté sa frus­tra­tion sur Ste­ven Mnu­chin, se­lon des sources proches du dos­sier, dé­cla­rant ré­cem­ment : « Je croyais que tu m’avais dit qu’il al­lait être bon. »

Je­rome Po­well et Ste­ven Mnu­chin se ren­contrent pour le pe­tit-dé­jeu­ner ou le dé­jeu­ner toutes les se­maines en­vi­ron, en al­ter­nance entre les bu­reaux de Ste­ven Mnu­chin au Tré­sor et une suite au qua­trième étage lam­bris­sée de bois dans le bâ­ti­ment prin­ci­pal de la Fed. Après que Do­nald Trump s’est plaint pu­bli­que­ment de Je­rome Po­well cet été, Ste­ven Mnu­chin a dé­cla­ré dans une in­ter­view té­lé­vi­sée qu’il était « un di­ri­geant phé­no­mé­nal de la Fed ».

Je­rome Po­well et les autres gou­ver­neurs de la Fed pour­suivent une pra­tique éta­blie de­puis long­temps de se réunir une fois par mois avec les prin­ci­paux éco­no­mistes du Con­seil des conseillers éco­no­miques. Les par­ti­ci­pants ont dé­cla­ré que les conver­sa­tions por­taient sur l’éco­no­mie et sur la ma­nière dont les Etats-Unis pour­raient ré­agir aux crises éco­no­miques à l’étran­ger. Je­rome Po­well évite de dis­cu­ter des cri­tiques du Pré­sident, se­lon des per­sonnes fa­mi­lières avec le su­jet.

Les conseillers de Do­nald Trump ne consi­dèrent pas les at­taques du Pré­sident comme utiles, se­lon des per­sonnes qui leur ont par­lé. En fait, Je­rome Po­well est le genre de di­ri­geant de la Fed que la Mai­son Blanche sou­haite, a dé­cla­ré Law­rence Kud­low, car il est scep­tique quant aux mo­dèles éco­no­miques tra­di­tion­nels se­lon les­quels les taux d’in­fla­tion aug­mentent lorsque le chô­mage baisse.

Avec un taux de chô­mage de 3,7%, un ni­veau au plus bas de­puis un de­mi-siècle, les mo­dèles tra­di­tion­nels sug­gèrent à la Fed d’aug­men­ter ses taux d’in­té­rêt de ma­nière agres­sive. Je­rome Po­well, qui n’est pas un éco­no­miste qua­li­fié, consi­dère ces mo­dèles avec plus de scep­ti­cisme que cer­tains ma­cro-éco­no­mistes. Il a len­te­ment re­le­vé les taux d’in­té­rêt, at­ten­dant de voir com­ment l’in­fla­tion ré­agi­rait avant de dé­ci­der si les taux de­vraient en­core aug­men­ter. « Jay re­met en ques­tion le dogme tra­di­tion­nel de la Fed au sein du per­son­nel et de ses mo­dèles », a dé­cla­ré Law­rence Kud­low.

Les conseillers éco­no­miques de Do­nald Trump ont ai­dé Je­rome Po­well à ren­for­cer son contrôle sur la banque cen­trale en consti­tuant un groupe de fonc­tion­naires et de gou­ver­neurs de la Fed qui sont des al­liés. Les trois aug­men­ta­tions de taux cette an­née ont été ap­prou­vées à l’una­ni­mi­té par le co­mi­té de fixa­tion des taux de la Fed. Le Pré­sident, néan­moins, ne voit au­cune rai­son de conti­nuer à aug­men­ter les taux car l’in­fla­tion est mo­deste, a-t-il dé­cla­ré. Il veut des taux bas pour fa­vo­ri­ser une crois­sance ra­pide.

L’in­fla­tion aux Etats-Unis est re­ve­nue à l’ob­jec­tif de 2% de la Fed après être res­tée en de­çà pen­dant plu­sieurs an­nées. Les ré­duc­tions d’im­pôts et les aug­men­ta­tions des dé­penses fé­dé­rales sti­mulent la crois­sance éco­no­mique alors que le chô­mage est très bas, ce qui crée une ex­pé­rience éco­no­mique sans pré­cé­dent au cours d’une pé­riode d’ex­pan­sion en temps de paix de­puis l’après-guerre. Les res­pon­sables de la Fed sur­veillent de près cette si­tua­tion car cette com­bi­nai­son peut pous­ser l’in­fla­tion à des ni­veaux in­dé­si­rables.

Plu­sieurs per­sonnes qui connaissent Do­nald Trump af­firment que sa longue car­rière dans l’im­mo­bi­lier in­fluence son point de vue sur la hausse des taux d’in­té­rêt, qui a frei­né ses ac­ti­vi­tés. Les so­cié­tés de Do­nald Trump ont de­man­dé la pro­tec­tion de la loi sur les faillites après l’aug­men­ta­tion des coûts d’em­prunt au dé­but des an­nées 1990 et au mi­lieu des an­nées 2000. Do­nald Trump a dé­cla­ré au WSJ en oc­tobre que le chef de la Fed l’avait sur­pris, car il pen­sait que Je­rome Po­well était un « type à taux d’in­té­rêt bas ».

Se faire des amis

Je­rome Po­well, un ré­pu­bli­cain na­tif de Wa­shing­ton, qui peut se pré­va­loir de 40 ans de car­rière au sein du gou­ver­ne­ment, des fi­nances et du droit, re­con­naît que l’au­to­ri­té de la Fed dé­pend da­van­tage du Congrès que de la Mai­son Blanche. « Nos dé­ci­sions ne peuvent pas être an­nu­lées par l’ad­mi­nis­tra­tion », a dé­cla­ré Je­rome Po­well plus tôt ce mois­ci à Dal­las. « Bien sûr, le Congrès peut faire ce qu’il veut. »

La crise fi­nan­cière a gra­ve­ment en­dom­ma­gé l’au­ra d’ex­per­tise tech­no­cra­tique de la banque cen­trale. Des sau­ve­tages ban­caires im­po­pu­laires ont in­ci­té le Congrès à li­mi­ter le pou­voir de prêt de la Fed. De nom­breux ré­pu­bli­cains se sont op­po­sés aux po­li­tiques non conven­tion­nelles de l’an­cien chef de la Fed, Ben Ber­nanke, vi­sant à sti­mu­ler la crois­sance. Les par­le­men­taires ont pro­po­sé une lé­gis­la­tion qui don­ne­rait au Congrès le pou­voir de vé­ri­fier les dé­ci­sions de po­li­tique mo­né­taire de la banque cen­trale, ce à quoi les res­pon­sables de la Fed se sont fer­me­ment op­po­sés.

Après être de­ve­nu pré­sident de la Fed en fé­vrier, Je­rome Po­well a por­té son at­ten­tion vers le Congrès. Au cours de ses huit pre­miers mois, il a ren­con­tré 56 par­le­men­taires – 32 ré­pu­bli­cains et 24 dé­mo­crates. En com­pa­rai­son, au cours de ses huit pre­miers mois à la pré­si­dence de la Fed, Ja­net Yel­len avait ren­con­tré 13 par­le­men­taires.

Le sé­na­teur Ch­ris Coons (Dé­mo­crate, De­la­ware), est sor­ti im­pres­sion­né d’une ren­contre pri­vée avec Je­rome Po­well en oc­tobre. Se­lon lui, le pré­sident de la Fed n’était pas in­té­res­sé pour par­ler des ten­sions avec la Mai­son Blanche. Ch­ris Coons et le sé­na­teur Jeff Flake (ré­pu­bli­cain, Ari­zo­na), ont écrit plus tard une lettre à Do­nald Trump lui de­man­dant de lâ­cher du lest en­vers la Fed. « Vous sem­blez dire à la Fed quoi faire avec les taux d’in­té­rêt, ce qui, à notre avis, est peu construc­tif et dan­ge­reux », ont écrit les sé­na­teurs.

Dans son nou­veau mé­moire, Paul Vol­cker dé­crit com­ment le chef de ca­bi­net de la Mai­son Blanche, James A. Ba­ker III, sous le re­gard si­len­cieux du pré­sident Rea­gan, a or­don­né au pré­sident de la Fed de ne pas aug­men­ter les taux d’in­té­rêt avant les élec­tions de 1984. Paul Vol­cker, qui ne pré­voyait pas d’aug­men­ter les taux de toute fa­çon, n’a pas par­lé de cet épi­sode à des col­lègues ou des par­le­men­taires. James A. Ba­ker dit qu’il ne s’en sou­vient pas.

Après avoir re­gar­dé les der­nières ap­pa­ri­tions pu­bliques de Je­rome Po­well, Paul Vol­cker lui a en­voyé une note de fé­li­ci­ta­tions, « ce que je ne fais ja­mais », a-t-il dé­cla­ré au Wall Street Jour­nal. « Il s’est très bien com­por­té », a dé­cla­ré Paul Vol­cker. « Je le lui ai dit. »

Ja­cob M. Schle­sin­ger, Pe­ter Ni­cho­las and Da­niel Kru­ger contri­bu­ted to this ar­ticle

SI­PA PRESS

Le pré­sident Ro­nald Rea­gan, à droite, fé­li­ci­tant Alan Greens­pan, qui ve­nait d’être nom­mé comme pré­sident de la Ré­serve fé­dé­rale, en août 1987.

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