ISF, re­traite, smic, taxe car­bone... Ces cibles que le gou­ver­ne­ment es­saie de pré­ser­ver

L'Opinion - - Gilets Jaunes : Que Faut-il Lâcher ? - Fan­ny Gui­no­chet, Irène In­chaus­pé et Mi­reille Wein­berg [email protected]­chauspe t @fan­ny­gui­no­chet @Mi_Wein­berg

L’EXECUTIF RE­ÇOIT DES RE­PRÉ­SEN­TANTS des Gi­lets jaunes ce mar­di. Par­mi les re­ven­di­ca­tions, cer­taines pour­raient apai­ser, même par­tiel­le­ment, le mé­con­ten­te­ment si elles étaient exau­cées. Un mo­ra­toire sur la taxe car­bone est à l’étude. En ma­tière de smic, le co­mi­té d’ex­perts de­vait re­mettre ce lun­di son rap­port au gou­ver­ne­ment.

GELER LA TAXE CAR­BONE ?

On l’ou­blie­rait presque au­jourd’hui, mais tout est par­ti le 18 oc­tobre d’une vidéo pos­tée sur Fa­ce­book par une par­faite in­con­nue, Ja­cline Mou­raud, pour dé­non­cer « la traque aux conduc­teurs ». Ce « coup de gueule » an­ti­taxes est vu plus de six mil­lions de fois sur les ré­seaux so­ciaux. Une pé­ti­tion « Pour une baisse des prix du car­bu­rant » car­tonne sur change.org, tan­dis que les ap­pels aux blo­cages de routes enflent sur In­ter­net. A l’époque, la sup­pres­sion de la hausse de la taxe car­bone an­non­cée pour jan­vier 2019 était la prin­ci­pale re­ven­di­ca­tion du mou­ve­ment, qui s’est de­puis trans­for­mé en dé­fou­loir gé­né­ra­li­sé.

Em­ma­nuel Ma­cron a jus­qu’ici re­fu­sé de tou­cher au dis­po­si­tif pré­vu, mais il pour­rait bien­tôt an­non­cer un mo­ra­toire. Le 3 dé­cembre, sur France In­ter, Ben­ja­min Gri­veaux, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, a confir­mé que le su­jet était sur la table, mais que rien ne se­rait dé­ci­dé avant que les dis­cus­sions avec les chefs de par­ti et les re­pré­sen­tants des Gi­lets jaunes ne soient closes. C’est sans doute trop tard pour es­pé­rer qu’un mo­ra­toire calme leurs co­lères et ré­ponde à des re­ven­di­ca­tions qui ont lar­ge­ment dé­pas­sé le cadre fis­cal. La me­sure au­rait cer­tai­ne­ment eu plus d’ef­fet si elle avait été an­non­cée la se­maine der­nière. Trop tard, dans un monde trop vieux.

RÉINDEXER LES RE­TRAITES ?

Une pe­tite mu­sique com­mence à mon­ter concer­nant les re­traites. Il faut dire qu’avec la sous-re­va­lo­ri­sa­tion des pen­sions, des al­lo­ca­tions fa­mi­liales et des al­lo­ca­tions lo­ge­ment (APL) à 0,3% seu­le­ment en 2019 et 2020, au lieu du taux ha­bi­tuel d’in­fla­tion (1,6% en 2019), le gou­ver­ne­ment a ten­du le bâ­ton pour se faire battre. La sup­pres­sion de cette me­sure fi­gure en bonne place dans les re­ven­di­ca­tions des Gi­lets jaunes. Il y a ce­pen­dant peu de chance que le gou­ver­ne­ment re­nonce aux 3,2 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies qui se­ront réa­li­sées grâce à elle et dont il a fa­rou­che­ment be­soin pour bou­cler son bud­get de la Sé­cu pour 2019 et le pré­sen­ter à l’équi­libre pour la pre­mière fois de­puis 18 ans. Le texte de­vait d’ailleurs être adop­té dé­fi­ni­ti­ve­ment par l’As­sem­blée na­tio­nale ce lun­di soir. Concer­nant les autres re­ven­di­ca­tions (abais­se­ment de l’âge lé­gal à 60 ans, pen­sion mi­ni­male de 1 200 eu­ros par mois et pas de re­traite en points), le gou­ver­ne­ment ren­voie à la concer­ta­tion en cours entre le Haut-Com­mis­saire aux re­traites, JeanPaul De­le­voye, et les par­te­naires so­ciaux. « Ce­la fait 18 mois que nous sommes en­ga­gés dans une concer­ta­tion. Elle se passe très bien avec les par­te­naires so­ciaux, les par­te­naires lo­caux et les re­pré­sen­tants des Fran­çais », a ba­layé le dé­pu­té de Pa­ris et pré­sident du groupe LREM à l’As­sem­blée, Gilles Le Gendre, di­manche ma­tin sur Europe 1. Pour le mo­ment… Une loi est at­ten­due fin 2019.

RÉ­TA­BLIR L’IM­PÔT SUR LA FOR­TUNE ?

S’at­ta­quer aux to­tems peut coû­ter cher. Alors qu’il y a un an, la sup­pres­sion de l’ISF sur les va­leurs mo­bi­lières n’avait fait des­cendre per­sonne dans la rue, son ré­ta­blis­se­ment re­vient en force dans les re­ven­di­ca­tions des Gi­lets jaunes. « Ce ca­deau fait aux riches » ne passe plus du tout. Ils sont re­joints sur ce thème par les par­tis de gauche « On n’a ja­mais vu de mil­liar­daires blo­quer des ronds-points en ex­pli­quant qu’ils ne peuvent pas in­ves­tir à cause de l’ISF » a iro­ni­sé Jean-Luc Mé­len­chon le 2 dé­cembre. Quant à Oli­vier Faure, pa­tron du PS, pre­mier re­çu par Edouard Philippe le len­de­main, il sou­haite aus­si un « ré­ta­blis­se­ment de l’ISF pour don­ner des marges de ma­noeuvre ». L’idée fait son che­min et, sans ga­ran­tir qu’elle per­met­trait d’en fi­nir avec le chaos ac­tuel, elle cal­me­rait sans doute beau­coup de Gi­lets jaunes.

L’exé­cu­tif ne lâ­che­ra pas là-des­sus. La ré­forme de l’ISF a certes bé­né­fi­cié aux 358 000 fa­milles les plus ai­sées, qui étaient as­su­jet­ties à cet im­pôt. Elles n’ont d’ailleurs pas toutes été to­ta­le­ment exemp­tées, puisque l’ISF a été re­cen­tré sur les biens im­mo­bi­liers. Le gain pour cette ca­té­go­rie de contri­buables les plus riches est de 3,2 mil­liards d’eu­ros. Mais pas pour leur faire plai­sir, pour qu’ils ré­in­ves­tissent dans l’éco­no­mie. La com­mis­sion des Fi­nances à l’As­sem­blée na­tio­nale, qui tra­vaille de­puis plu­sieurs se­maines sur une éva­lua­tion de la ré­forme de l’ISF, de­vrait confir­mer cette ten­dance fin dé­cembre.

DO­PER LE SMIC ?

La se­maine der­nière, sans même at­tendre que le co­mi­té d’ex­perts char­gé de plan­cher sur le su­jet ne re­mette au gou­ver­ne­ment ses re­com­man­da­tions, Edouard Philippe as­su­rait sur BFM qu’il n’était pas ques­tion d’aug­men­ter le smic. C’est pour­tant une des prin­ci­pales re­ven­di­ca­tions des Gi­lets jaunes. Au­jourd’hui le smic est à 1 498 eu­ros brut, soit en­vi­ron 1 153 eu­ros nets. Et il est re­va­lo­ri­sé chaque an­née, au­to­ma­ti­que­ment, se­lon un cal­cul qui prend en compte no­tam­ment l’in­fla­tion. De fait, même s’il n’y a pas de coup de pouce po­li­tique, le smic se­ra aug­men­té le 1er jan­vier pro­chain, et de­vrait dé­pas­ser les 1 500 eu­ros brut. On est loin des 1 300 eu­ros nets de­man­dés par les Gi­lets jaunes. La CGT et Force ou­vrière mi­litent elles aus­si pour des cen­taines d’eu­ros de re­va­lo­ri­sa­tion. Au­tant dire que même si l’exé­cu­tif fai­sait un geste, il ne se­rait pro­ba­ble­ment pas à la hau­teur des at­tentes. Pour l’heure, le gou­ver­ne­ment re­fuse de consen­tir à toute hausse pour ne pas ris­quer d’alour­dir le coût du tra­vail, frei­ner les em­bauches, et tas­ser les grilles de sa­laires. On es­time aus­si qu’une aug­men­ta­tion d’1% du SMIC coû­te­rait aux fi­nances pu­bliques 240 mil­lions d’eu­ros par an, car de nom­breux agents de la fonc­tion pu­blique sont à ce ni­veau de sa­laire. Mais ces ar­gu­ments ne sont qu’éco­no­miques. Po­li­ti­que­ment, aug­men­ter le SMIC pour­rait avoir un ef­fet vi­sible fort.

SI­PA PRESS

Re­ven­di­ca­tion ori­gi­nelle des Gi­lets jaunes, la baisse des prix des car­bu­rants a de­puis été re­jointe par une my­riade d’autres.

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