« Nous as­su­rons l’ar­rêt de tra­vail et le dé­cès sans sé­lec­tion mé­di­cale »

L'Opinion - - Protection Sociale Des Indépendants - In­ter­view Mi­reille Wein­berg @Mi_Wein­berg

est pré­sident de CIPRÉS As­su­rances. Créé en 2000, ce cour­tier gros­siste qui conçoit et gère des pro­duits d’as­su­rance pour les pe­tites en­tre­prises et leurs di­ri­geants, est dis­tri­bué par plus de 7 000 cour­tiers. C’est le deuxième cour­tier gros­siste du mar­ché. En crois­sance constante, il a réa­li­sé un chiffre d’af­faires de 130 mil­lions en 2017, soit un mon­tant de co­ti­sa­tions en­cais­sées de l’ordre de 500 mil­lions.

Les in­dé­pen­dants ont-ils une bonne pro­tec­tion so­ciale ?

Sur près de quatre mil­lions d’in­dé­pen­dants, tous optent pour la com­plé­men­taire san­té mais seu­le­ment la moi­tié d’entre eux pour la cou­ver­ture de pré­voyance. S’ils sous­crivent d’abord une com­plé­men­taire san­té, c’est parce qu’ils s’en servent tous les jours, no­tam­ment pour pro­té­ger leur fa­mille. La mu­tuelle, c’est quelque chose de pal­pable et c’est gé­né­ra­le­ment une évi­dence pour les in­dé­pen­dants.

Pour­quoi se dé­tournent-ils des ga­ran­ties de pré­voyance ?

Ces ga­ran­ties les pro­tègent, eux ou leurs fa­milles, en cas de dé­cès, d’ar­rêt de tra­vail ou d’in­va­li­di­té. Mais le propre du chef d’en­tre­prise, c’est de se croire im­mor­tel ! Nous par­ve­nons ce­pen­dant à les con­vaincre, en leur par­lant des consé­quences d’un mo­deste ac­ci­dent de ski. Leur re­gard change quand ils com­prennent qu’ils sont in­dis­pen­sables au bon fonc­tion­ne­ment de leur en­tre­prise et qu’ils la mettent en pé­ril s’ils sont ab­sents quelques se­maines. Nous es­sayons de leur faire com­prendre que c’est jus­te­ment pour pro­té­ger leur en­tre­prise qu’ils doivent s’as­su­rer en pré­voyance. C’est là qu’est toute l’im­por­tance de notre ré­seau de cour­tiers in­dé­pen­dants, eux-mêmes en­tre­pre­neurs ; ils sont des conseillers pri­vi­lé­giés pour les tra­vailleurs non sa­la­riés (TNS).

Quelles sont les ga­ran­ties in­con­tour­nables ?

Le risque prin­ci­pal est le dé­cès. Comme le dit sou­vent le pro­fes­seur d’éco­no­mie Oli­vier Tor­rès, il y a plus de sta­tis­tiques sur la san­té des ba­leines que sur celle des chefs d’en­tre­prise ! Se­lon une étude nor­vé­gienne réa­li­sée en 2013 sur 340 TPE qui ont per­du leur di­ri­geant, 60 % ont ac­cu­sé une baisse de chiffre d’af­faires de 60 % l’an­née sui­vante et 20 % ont mis la clé sous la porte. L’im­pact de la san­té du di­ri­geant sur celle de son en­tre­prise est évident. Son dé­cès pose deux sortes de pro­blèmes : il y a un su­jet pa­tri­mo­nial à trai­ter au sein de la fa­mille, mais aus­si un su­jet d’as­so­cié. Quand il y a plu­sieurs as­so­ciés, il n’est pas rare que les autres doivent ra­che­ter les parts de ce­lui qui est dé­cé­dé. L’as­su­rance peut per­mettre de ré­gler tous ces pro­blèmes.

Com­ment fonc­tionne la ga­ran­tie ar­rêt de tra­vail ?

Il s’agit aus­si d’un risque fon­da­men­tal. Cette ga­ran­tie per­met de re­cons­ti­tuer son re­ve­nu et de payer au di­ri­geant son sa­laire s’il est ar­rê­té. Ce­la peut al­ler plus loin : il peut éga­le­ment être pré­vu d’ajou­ter la cou­ver­ture de frais fixes comme son loyer, ce qui per­met à son en­tre­prise de tour­ner, même en son ab­sence.

Com­bien coûtent toutes ces as­su­rances ?

Pour un TNS d’âge moyen de 40 à 45 ans, la co­ti­sa­tion va­rie entre 1 500 et 2 000 eu­ros par an pour le dé­cès et l’ar­rêt de tra­vail. Elle est du même mon­tant pour une com­plé­men­taire san­té fa­mi­liale. La prime de la com­plé­men­taire san­té est in­té­gra­le­ment dé­duc­tible du re­ve­nu im­po­sable, de même que la par­tie de prime cor­res­pon­dant à la cou­ver­ture de l’ar­rêt de tra­vail. L’as­su­rance dé­cès n’est pas dé­duc­tible. Au to­tal, les trois quarts en­vi­ron des co­ti­sa­tions de pro­tec­tion so­ciale sont donc dé­duc­tibles. Quand un chef d’en­tre­prise est convain­cu de l’uti­li­té de telles as­su­rances, leur coût n’est gé­né­ra­le­ment plus une bar­rière.

Les di­ri­geants doivent ce­pen­dant se sou­mettre à des for­ma­li­tés mé­di­cales. N’est-ce pas une bar­rière ?

Vous avez rai­son, la sé­lec­tion mé­di­cale est clai­re­ment un frein. Quand ils ne sont pas en par­faite san­té, les as­su­reurs leur ap­pliquent des sur­primes ou des ex­clu­sions de ga­ran­tie, quand ce n’est pas un re­fus d’as­su­rance pur et simple ! C’est in­sup­por­table pour un chef d’en­tre­prise. Nous avons dé­ci­dé de ré­gler cette ques­tion : chez CIPRÉS As­su­rances, le fait que l’as­su­ré soit un chef d’en­tre­prise en ac­ti­vi­té nous suf­fit pour l’as­su­rer, sans autre forme de pro­cès et sur­tout sans sé­lec­tion mé­di­cale. C’est pos­sible jus­qu’à 55 ans ; au-delà, il y a un pe­tit ques­tion­naire mé­di­cal à rem­plir.

Com­ment pou­vez-vous of­frir des ga­ran­ties sans sé­lec­tion mé­di­cale ?

Nous mu­tua­li­sons les risques au sein de toute la col­lec­ti­vi­té des in­dé­pen­dants que nous as­su­rons. Nous as­su­rons cent nou­veaux en­tre­pre­neurs par jour, ce qui nous per­met de ré­par­tir le risque sur une très large base, exac­te­ment comme ce­la se passe pour les sa­la­riés d’une grande en­tre­prise. D’ailleurs, il vaut mieux tech­ni­que­ment as­su­rer cent chefs d’en­tre­prise dif­fé­rents que cent sa­la­riés d’une même so­cié­té, qui risquent, par un ef­fet pro­pa­ga­teur dé­mon­tré, d’être en ar­rêt de tra­vail au même mo­ment si l’en­tre­prise va mal. Nous avons lan­cé notre offre de pré­voyance sans sé­lec­tion mé­di­cale de­puis un an et la col­lecte a dou­blé de­puis. Les ré­sul­tats tech­niques s’ap­pré­cient sur plu­sieurs an­nées, et il est im­por­tant pour nous d’avoir la confiance de par­te­naires as­su­reurs de pre­mier plan sur cette ré­vo­lu­tion qui n’est pas la pre­mière dans notre in­dus­trie.

Et les ga­ran­ties sont d’un bon ni­veau ?

Oui. En cas de dé­cès, c’est trois an­nées de sa­laire qui sont ver­sées au conjoint et une an­née par en­fant à charge. Et en cas d’ar­rêt de tra­vail, l’in­dem­ni­té men­suelle est pla­fon­née à 100 % du re­ve­nu, jus­qu’à 10 000 eu­ros par mois, ce qui per­met de ré­pondre aux be­soins de 99 % des en­tre­pre­neurs.

Vous ve­nez aus­si de lan­cer un contrat de re­traite Ma­de­lin pour les in­dé­pen­dants. Qu’a-t-il de dif­fé­ren­ciant ?

Avec la re­traite, nous cou­vrons dé­sor­mais l’en­semble du champ de la pro­tec­tion so­ciale du di­ri­geant. Pour eux, il est im­por­tant de com­plé­ter leur re­traite de base, gé­né­ra­le­ment faible. Notre pro­duit de re­traite com­porte une ga­ran­tie de bonne fin de sorte que, même en cas de dé­cès, l’en­tre­pre­neur n’au­ra pas co­ti­sé à fonds per­du. En cas de dé­cès avant son dé­part à la re­traite, CIPRÉS As­su­rances verse, à sa place, les co­ti­sa­tions sur le pro­duit de re­traite, jus­qu’à ses 67 ans. A ce mo­ment-là, nous ver­sons la rente (bien­tôt le ca­pi­tal, avec la fu­ture loi Pacte) au conjoint ou aux en­fants. Les autres as­su­reurs font gé­né­ra­le­ment pas­ser une sé­lec­tion mé­di­cale pour as­su­rer cette ga­ran­tie de bonne fin. Chez CIPRÉS As­su­rances, dès lors que le TNS est dé­jà équi­pé ou en cours de sous­crip­tion d’un contrat pré­voyance, il est exemp­té de for­ma­li­tés mé­di­cales. La ga­ran­tie de bonne fin coûte entre 5 % et 10 % de la co­ti­sa­tion. C’est un vrai plus pour les di­ri­geants.

« Avec la re­traite, nous cou­vrons dé­sor­mais l’en­semble du champ de la pro­tec­tion so­ciale du di­ri­geant »

VINCENT CO­LIN

Laurent Oua­za­na, pré­sident de CIPRÉS As­su­rances.

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