Un Pre­mier mi­nistre peut en rap­pe­ler un autre...

L'Opinion - - Taxe Carbone : Macron Tente Le Repli Stratégique - N.S et C.V.

« LE TEMPS EST VE­NU d’une re­mise à plat, en toute trans­pa­rence, de notre sys­tème fis­cal. » Si elle colle mot pour mot à la vo­lon­té ex­pri­mée par Edouard Phi­lippe mar­di ma­tin, cette dé­cla­ra­tion est en fait de… Jean-Marc Ay­rault, dans une in­ter­view aux Echos da­tée du 19 no­vembre 2013. Cinq ans plus tard, le lo­ca­taire de Ma­ti­gnon em­prunte la même voie pour ten­ter de sor­tir de la crise des Gi­lets jaunes, en pro­po­sant un « large dé­bat sur les im­pôts et les dé­penses pu­bliques ». « Il faut plus de trans­pa­rence sur les im­pôts en France. Nos im­pôts sont les plus éle­vés d’Eu­rope, notre sys­tème fis­cal est ter­ri­ble­ment com­plexe et il est sou­vent cri­ti­qué parce qu’il se­rait in­juste », af­fir­mait ce mar­di le chef du gou­ver­ne­ment.

« Trop tard ». Le constat est an­cien. C’est Pierre Mos­co­vi­ci, alors mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, qui avait diag­nos­ti­qué en août 2013 un « ras-le-bol fis­cal ». L’ex­pres­sion fe­ra date. « Une fran­chise mé­ri­toire qui fut néan­moins in­ter­pré­tée comme un aveu ma­la­droit », écrit Fran­çois Hol­lande dans Les Le­çons du pou­voir (Stock). Trois mois après, Jean-Marc Ay­rault lan­çait sa grande of­fen­sive. Le Pre­mier mi­nistre en­ten­dait dé­jà re­voir la fis­ca­li­té des mé­nages et des en­tre­prises. « Des règles plus justes, plus ef­fi­caces et plus li­sibles pour le bud­get 2015 », van­tait-il. « Je voyais dé­jà que ce n’était pas te­nable et que le consen­te­ment à l’im­pôt était de­ve­nu un gros pro­blème », a-t-il confié ré­cem­ment à l’un de ses in­ter­lo­cu­teurs, alors qu’il évo­quait la crise des Gi­lets jaunes, ra­vi en quelque sorte d’avoir été pré­cur­seur.

Reste que fin 2013, si le Pre­mier mi­nistre avance une telle ré­forme, c’est aus­si pour sau­ver sa peau à Ma­ti­gnon, alors que la cote de po­pu­la­ri­té du Pré­sident est au plus bas et que l’af­faire Leo­nar­da a por­té un coup sé­vère au quin­quen­nat. De l’aveu même de Fran­çois Hol­lande. « Ay­rault a re­pris l’ini­tia­tive, avec la ré­forme fis­cale, il vou­lait ras­seoir son au­to­ri­té sur le groupe so­cia­liste », a-t-il en ef­fet confié à Gé­rard Da­vet et Fa­brice Lhomme dans Un Pré­sident ne de­vrait pas dire ça (Stock).

Rem­pla­cé par Ma­nuel Valls quatre mois plus tard, Jean-Marc Ay­rault ne met­tra ja­mais en place sa ré­forme fis­cale. « Il est trop tard. L’opi­nion s’est ca­brée, ex­pri­mant ce “ras-le-bol fis­cal” dont a par­lé Pierre Mos­co­vi­ci », jus­ti­fie Fran­çois Hol­lande dans Les le­çons du pou­voir (Stock).

Comme Edouard Phi­lippe a an­non­cé une « sus­pen­sion » de la hausse de la taxe car­bone, Jean-Marc Ay­rault avait dé­ci­dé il y a cinq ans de « sus­pendre » l’éco­taxe, « de­ve­nue le point de fixa­tion d’une crise plus glo­bale et il fal­lait à tout prix re­trou­ver la voie du dia­logue dans un sou­ci d’apai­se­ment », ex­pli­quait-il alors. Ce sont les mêmes mots em­ployés mar­di par Edouard Phi­lippe pour ex­pli­quer le pre­mier re­cul du gou­ver­ne­ment, après quinze jours de Gi­lets jaunes. Seule dif­fé­rence, mais de taille, la re­mise à plat pro­po­sée par Edouard Phi­lippe doit in­clure les dé­penses pu­bliques.

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