Agri­cul­teurs, rou­tiers, jeunes : les co­lères convergent

L'Opinion - - Gilets Jaunes : La Montée Des Périls - Em­ma­nuelle Du­cros, Fan­ny Gui­no­chet et Irène In­chaus­pé [email protected]­ny­gui­no­chet t @em­ma_­du­cros t @iin­chauspe

VEN­DRE­DI, LES LEA­DERS PATRONAUX et syn­di­caux ren­con­tre­ront les mi­nistres du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud, et des Trans­ports, Eli­sa­beth Borne, pour en­vi­sa­ger d’ins­tau­rer ou étendre des primes mo­bi­li­té et tran­sport au bé­né­fice des sa­la­riés. Les grands syn­di­cats res­tent à l’écart du mou­ve­ment des Gi­lets jaunes ou, comme la CFDT, se posent en in­ter­lo­cu­teurs pour ten­ter de faire bais­ser la pres­sion. Néan­moins, SUD-Rail et la CGT du groupe La­far­ge­Hol­cim ap­pellent à ma­ni­fes­ter sa­me­di, le syn­di­cat fer­ro­viaire de­man­dant aus­si aux che­mi­nots de lais­ser les Gi­lets jaunes voya­ger gra­tui­te­ment en train.

ROU­TIERS : BA­TAILLE SUR LES HEURES SUP

Ils pro­mettent de tout blo­quer. A par­tir de di­manche soir et jus­qu’au 30 dé­cembre, les chauf­feurs rou­tiers, les am­bu­lan­ciers, les trans­por­teurs de fonds mais aus­si les dé­mé­na­geurs sont ap­pe­lés à la grève par les fé­dé­ra­tions CGT et FO du sec­teur. Les re­ven­di­ca­tions portent sur « le pou­voir d’achat ». Ce pré­avis in­quiète au plus haut ni­veau car ces syn­di­cats sont ha­bi­tués à faire grève, donc bien or­ga­ni­sés. Le mou­ve­ment de­vrait être bien sui­vi chez les 700 000 sa­la­riés du sec­teur.

La co­lère qui s’ex­prime n’est pas liée à la taxe car­bone. CGT et FO montent au cré­neau suite à une ré­cente dé­ci­sion du Conseil d’Etat sur un dé­cret de 2016, qui pour­rait se­lon eux ra­me­ner à 10 % la ma­jo­ra­tion des heures sup des chauf­feurs rou­tiers, au lieu de 25 % à 50 %.

Au mo­ment de la loi El Khom­ri et des or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail, ces fé­dé­ra­tions de rou­tiers s’étaient dé­jà fait en­tendre. Elles avaient ob­te­nu une sé­cu­ri­sa­tion de la ré­mu­né­ra­tion des heures sup­plé­men­taires et des primes, via la pri­mau­té de l’ac­cord de branche. « L’ac­cord de branche s’ap­pli­que­ra bien en la ma­tière », ex­plique le mi­nis­tère des Trans­ports, as­su­rant que la dis­po­si­tion ins­crite dans le pro­jet de loi d’orien­ta­tion des mo­bi­li­tés qui vient d’être pré­sen­té en Conseil des mi­nistres.

Même si le mi­nis­tère juge que les deux syn­di­cats prennent un mau­vais pré­texte pour lan­cer une grève sans rai­son d’être, Eli­sa­beth Borne joue­ra l’ac­cal­mie. Elle a pro­po­sé une réunion dès ce jeu­di au mi­nis­tère des Trans­ports, conviant tous les syn­di­cats du sec­teur. Elle au­ra face à elle une CGT trans­ports qui rêve de se re­faire une san­té après son échec à contrer la ré­forme de la SNCF. Du cô­té de FO, c’est Pa­trice Clos, re­pré­sen­tant de la branche anar­chiste, qui est à la tête de la fé­dé­ra­tion des trans­ports…

LY­CÉENS : UNE VIO­LENCE IN­ÉDITE

« Il y a une sorte de stag­na­tion avec 200 ly­cées blo­qués sur un peu plus de 4 000 ly­cées. Ce­la fait 5 %, c’est à la fois peu et beau­coup », a dé­cla­ré le mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, mer­cre­di ma­tin, sur France in­fo. « Ce qui est in­quié­tant, ce n’est pas le nombre qui reste faible, c’est qu’on est dans des formes com­plè­te­ment dif­fé­rentes de ce qu’on a pu connaître par le pas­sé », com­mente Jean-Mi­chel Blan­quer. Comme pour les Gi­lets jaunes… « C’est concen­tré dans cer­tains en­droits. C’est à Mar­seille et à Tou­louse que l’on constate les pro­blèmes les plus forts et sur­tout avec une vio­lence qu’on n’a ja­mais vue. »

Les syn­di­cats de ly­céens qui ont ap­pe­lé au blo­cage des éta­blis­se­ments de­puis ven­dre­di der­nier af­fichent des mo­tifs qui, a prio­ri, n’ont rien à voir avec les re­ven­di­ca­tions de ces Gi­lets jaunes. L’Union na­tio­nale des ly­céens (UNL) dé­nonce Par­cour­Sup, la ré­forme du bac et le ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel. « Alors qu’une nou­velle at­taque au prin­cipe d’éga­li­té est por­tée en di­rec­tion des étu­diants avec l’aug­men­ta­tion des frais d’ins­crip­tion pour les étu­diants étran­gers, la FIDL conti­nue de sou­te­nir la mo­bi­li­sa­tion face au risque d’ins­tau­ra­tion d’une sé­lec­tion so­ciale à l’école et à l’uni­ver­si­té », écrit pour sa part la Fé­dé­ra­tion in­dé­pen­dante et dé­mo­cra­tique ly­céenne, qui ap­pelle à ren­for­cer la mo­bi­li­sa­tion ce jeu­di.

« Les mots d’ordre ha­bi­tuels des syn­di­cats n’ont au­cune ré­per­cus­sion, ce mou­ve­ment n’a rien de ly­céen », es­time tou­te­fois Phi­lippe Vincent, du prin­ci­pal syn­di­cat de pro­vi­seurs, le SNPDEN. Il ex­plique que les ly­céens res­tent dix à quinze mi­nutes de­vant les éta­blis­se­ments puis cherchent à se confron­ter di­rec­te­ment aux po­li­ciers. Quatre ont été bles­sés. « Il s’agit de gué­rilla ur­baine, je n’avais ja­mais connu ce­la avant, re­con­naît Phi­lippe Vincent. Au­tre­fois, les po­li­ciers en­ca­draient les ma­ni­fes­ta­tions de ly­céens pour les pro­té­ger, puis ils ont cher­ché à en li­mi­ter les dé­gâts ma­té­riels ; au­jourd’hui, c’est l’af­fron­te­ment di­rect. » La Fé­dé­ra­tion des pa­rents d’élèves Peep ap­pelle au calme.

AGRI­CUL­TEURS : DES OR­DON­NANCES QUI SE FONT AT­TENDRE

Les agri­cul­teurs vont des­cendre dans la rue à leur tour. « Nous ne re­joi­gnons pas les Gi­lets jaunes, pon­dère Chris­tiane Lam­bert, la pa­tronne de la FNSEA, qui tente d’ins­tau­rer un dis­tin­guo net. Nous avons dé­ci­dé d’un mou­ve­ment na­tio­nal entre lun­di et jeu­di pro­chains : un jour au choix, à la dis­cré­tion de chaque sec­tion dé­par­te­men­tale. C’est un mou­ve­ment qui a un dé­but et une fin et qui doit se dé­rou­ler, j’in­siste, dans le res­pect des biens et des per­sonnes. »

Ce­la sem­blait in­évi­table. Cet ap­pel à ma­ni­fes­ter est une fa­çon de lâ­cher la va­peur, puisque les res­pon­sables des syn­di­cats agri­coles contiennent la co­lère des mi­li­tants de­puis des se­maines. Elle est mon­tée gra­duel­le­ment. D’abord avec l’« agri-ba­shing » et les coups d’éclat des ONG Gé­né­ra­tion fu­ture ou Green­peace sur les pes­ti­cides et les fermes-usines. Les pay­sans se disent aus­si « pres­su­rés de charges qui s’alour­dissent en­core avec le re­lè­ve­ment à ve­nir des re­de­vances pour pol­lu­tion dif­fuse, qui pas­se­ront en 2019 à 210 mil­lions d’eu­ros pour la pro­fes­sion, contre 160 en 2018 », ex­plique Chris­tiane Lam­bert.

Sur­tout, ils vivent mal que les or­don­nances is­sues des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion se fassent at­tendre, alors que les né­go­cia­tions com­mer­ciales an­nuelles avec la grande dis­tri­bu­tion dé­butent. Pour mieux ré­mu­né­rer les pro­duc­teurs agri­coles, ces or­don­nances consistent en par­tie à mettre les consom­ma­teurs à contri­bu­tion à la caisse des su­per­mar­chés (en­ca­dre­ment des pro­mo­tions, re­lè­ve­ment du seuil de re­vente à perte, sanc­tion des prix abu­si­ve­ment bas…). Pas fa­cile à faire ava­ler en ce mo­ment. Le gou­ver­ne­ment tem­po­rise.

Mais les contrats pour 2019 se né­go­cient ac­tuel­le­ment ! Pour les agri­cul­teurs, c’est in­sup­por­table. Mer­cre­di, le mi­nistre de l’Agri­cul­ture, Di­dier Guillaume, qui es­pé­rait en­core ré­cem­ment clore le dos­sier le jour même, a dû concé­der un re­port des or­don­nances. « La date est main­te­nant fixée au 12 dé­cembre, pour en­trée en vi­gueur en jan­vier », constate Chris­tiane Lam­bert, qui a dû trai­ter di­rec­te­ment avec l’Ely­sée pour ob­te­nir une ga­ran­tie sur ces dates. « Mais nous se­rons vi­gi­lants jus­qu’à la si­gna­ture », af­firme-t-elle.

SI­PA PRESS

Les syn­di­cats de ly­céens qui ont ap­pe­lé au blo­cage des éta­blis­se­ments de­puis ven­dre­di der­nier af­fichent des mo­tifs qui, a prio­ri, n’ont rien à voir avec les re­ven­di­ca­tions des Gi­lets jaunes.

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