Hu­bert Tra­pet prend la tête d’Em­maüs France

À 72 ans, l’Icau­nais sou­ligne le sens de son « en­ga­ge­ment ».

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - La Une - Ca­ro­line Gi­rard re­por­ters.yr@cen­tre­france.com

À 72 ans, Hu­bert Tra­pet fait par­tie de ces hommes à la re­traite ac­tive. Qui, entre deux pas­sions, glisse son en­ga­ge­ment pour lut­ter contre l’ex­clu­sion.

Bien avant de par­ler de lui, il parle des autres. Des bé­né­voles. Des com­pa­gnons. Là pour une poi­gnée de jours ou de se­maines. Ou pour bien plus long­temps. Il fait la bise, sert la main. Prend des nou­velles. « Comme je le fe­rais avec des membres de ma fa­mille. »

Pen­dant plus de six ans, Hu­bert Tra­pet était à la pré­si­dence de l’an­tenne icau­naise d’Em­maüs. De­puis quelques se­maines, c’est à l’échelle na­tio­nale qu’il tente de « por­ter une pa­role et agir pour l’en­semble du mou­ve­ment ».

À me­sure de la vi­site qu’il fait du centre de Pon­ti­gny, on en dé­couvre les mis­sions. Celle de ré­in­ser­tion étant sans doute la plus pré­gnante. « Pour la ma­jo­ri­té des gens, Em­maüs, c’est de la ré­cup’ d’ob­jets. C’est une bou­tique. » Dans la réa­li­té, ce sont « ceux qui sont à l’in­té­rieur, qui im­portent. L’ac­cueil in­con­di­tion­nel, de 6.000 à 6.500 com­pa­gnons tous les ans en France, en qui on ne fait plus confiance de­puis des an­nées, ou en si­tua­tion ir­ré­gu­lière, qui se­ront ac­ cueillis ici. » Ici jus­te­ment, ils sont une ving­taine. À gé­rer l’es­pace de tri, où tran­sitent des di­zaines de tonnes de vê­te­ments, de livres, d’élec­tro­mé­na­ger. « Des bi­be­lots, des cadres, des meubles… On a de tout », égrène Hu­bert Tra­pet, un coup d’oeil je­té sur les éta­gères. À en­tre­te­nir le site, à s’af­fai­rer sur l’es­pace de ré­pa­ra­tion pour re­don­ner vie à une machine à la­ver. « Peu im­porte l’ac­ti­vi­té sup­port, du mo­ment que l’on peut ac­cueillir, et per­mettre à la per­sonne ac­cueillie de se re­cons­truire. » En contri­buant à la vie de la com­mu­nau­té.

« Ai­der à ai­der les autres »

As­sis de­vant l’une des tables du ré­fec­toire, « où tous les com­pa­gnons par­tagent le re­pas, c’est la “consigne” », il dé­pose ses lu­nettes. Le mo­ment de par­ler un peu de lui, peu­têtre. « Au­jourd’hui, je suis plus en ac­cord avec moi­même, avec mon uti­li­té. Hum­ble­ment, je pense que ce­la peut ser­vir. » Alors entre sa pas­sion pour le des­sin et la pein­ture, et l’en­tre­tien de son jar­din, il fe­ra les al­lers­re­tours entre Pa­ris et Pon­ti­gny. Dans le reste de la France, aus­si. « Pour por­ter des dis­cours po­li­tiques », pour­suivre un en­ga­ge­ment « hu­ma­ni­taire, de convic­tion ». Et être en ac­cord avec l’idée de ce­lui qui en est à l’ori­gine : de « ve­nir ai­der à ai­der les autres. »

Il re­met ses lu­nettes. S’as­sure que tout se passe bien en cui­sine, où une sa­la­riée et un com­pa­gnon se concentrent sur la liste de courses. « Chez Em­maüs, on a dé­ve­lop­pé l’idée de se dire que tout le monde est ex­tra­or­di­naire. Tout ce qu’il reste à faire, c’est don­ner l’oc­ca­sion de l’être. »

« Hum­ble­ment, je pense que ce­la peut ser­vir »

PHO­TO JÉ­RÉ­MIE FULLERINGER

POR­TRAIT. En mai der­nier, Hu­bert Tra­pet a été nom­mé à la pré­si­dence d’Em­maüs France, après plu­sieurs an­nées à la tête de l’an­tenne icau­naise.

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