Le dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière dé­fend les 80 km/h

Em­ma­nuel Barbe, dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière, dans l’Yonne ce ma­tin

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - La Une - Ca­the­rine Lam­ber­ti­ni ca­the­rine.lam­ber­ti­ni@cen­tre­france.com

Si le co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière a va­li­dé 18 me­sures en jan­vier, celle du 80 km/h ren­contre une vague d’opposition. Son dé­lé­gué vient la dé­fendre.

Ce jeu­di ma­tin, Em­ma­nuel Barbe, dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière vient pré­sen­ter les me­sures re­te­nues le 9 jan­vier der­nier par son co­mi­té. Par­mi elles, l’abais­se­ment de la vi­tesse à 80 km/h sur le ré­seau se­con­daire sans sé­pa­ra­teur cen­tral.

Dans vos dé­pla­ce­ments, vous ex­pli­quez no­tam­ment la me­sure d’abais­se­ment de la vi­tesse à 80 km/h. Pour­quoi une telle opé­ra­tion ? Il fau­drait être aveugle ou sourd pour ne pas en­tendre les dif­fi­cul­tés à ac­cep­ter cette ré­forme. Les gens ont des craintes. Mais elles sont ex­ces­sives. La pre­mière est la perte de temps et ce pro­cès en an­ti­ru­ra­li­té. Mais en réa­li­té on perd peu ou pas de temps. Quand on fait des cal­culs li­néaires, on a l’im­pres­sion d’en perdre. Mais dans les faits, on est ra­len­tis par le tra­fic, le centre­ ville qu’on tra­verse… et fi­na­le­ment, ça ne change pas grand­chose. On ne roule pas en moyenne à 90, mais ces km/h sont ceux qui font la dif­fé­rence de mor­ta­li­té, et ça, c’est dé­mon­tré à tra­vers plus de 500 études dans le monde.

La perte de temps n’est pas la seule opposition… L’autre crainte est d’être ver­ba­li­sé et de perdre tous ses points, mais les gens vont s’adap­ter. Et on re­trou­ve­ra l’étiage ha­bi­tuel. Les au­to­mo­bi­listes ont aus­si peur d’être blo­qués der­rière les ca­mions. Il faut sa­voir qu’au­jourd’hui, on ne peut pas dou­bler un ca­mion sans être en ex­cès de vi­tesse. Par ailleurs, on se rend compte que di­mi­nuer la vi­tesse flui­di­fie la cir­cu­la­tion, écarte les in­ter­valles entre les vé­hi­cules et donc, on a moins be­soin de dou­bler. On perd cet ef­fet de pe­lo­ton.

La ré­dac­tion avait fait le test de rou­ler à 80 km/h. Un de nos col­lègues avait re­mar­qué qu’à cette al­lure, il était soit en sous-ré­gime, soit en sur­ré­gime. Qu’en pen­sez-vous ? Il y a un peu de mau­vaise foi dans l’ar­gu­ment. Quels in­té­rêts met­on en ba­lance ? Qu’il y ait des in­con­vé­nients au pas­sage à 80, c’est pos­si­ ble. Mais l’Ademe dit que cette me­sure en­traî­ne­ra des éco­no­mies d’éner­gie. Et fran­che­ment, si c’est le seul in­con­vé­nient, alors ma foi…

Votre vi­site dans l’Yonne in­ter­vient dans un contexte par­ti­cu­lier. Le 17 mai der­nier, un ac­ci­dent, sur le tron­çon test à 80 km/h, a cau­sé la mort de deux hommes, dont l’un était al­coo­li­sé. Quels se­ront vos ar­gu­ments ? Une des in­com­pré­hen­sions des Fran­çais, c’est qu’ils pensent que le pas­sage à 80 est une me­sure contre la vi­tesse ex­ces­sive. Mais pas du tout. C’est une me­sure qui va faire di­mi­nuer tous les ac­ci­dents quelle que soit leur cause. Dans l’Yonne, la ré­duc­tion du nombre d’ac­ci­dents a été spec­ta­cu­laire sur ce tron­çon, mais je ne m’en pré­vaux pas parce que c’est trop court. On n’échappe pas à des phé­no­mènes de ha­sard… Mais comment ça marche ? Le 80 km/h aug­mente les in­ter­dis­tances, per­met de frei­ner plus vite, d’at­té­nuer la gra­vi­té des im­pacts. Dans le cas de cet ac­ci­dent sur fonds d’al­cool, la voi­ture se dé­porte et là, pour ce­lui qui ar­rive en face, je vous l’ac­corde, il n’y a rien à faire. Mais il y au­ra aus­si des cas où, parce que la per­sonne rou­lait moins vite, elle au­ra pu évi­ter le choc ou frei­ner et at­té­nuer la gra­vi­té. Le 80 marche sur cette loi sta­tis­tique des ac­ci­dents qui n’in­ter­viennent pas et des ac­ci­dents qui sont moins graves. Il y au­ra tou­jours des ac­ci­dents. Mais le fait est que des ac­ci­dents n’ar­ri­ve­ront pas. Mon en­ga­ge­ment c’est qu’on ver­ra, dans deux ans, qu’on au­ra gar­dé le même pour­cen­tage de cause des ac­ci­dents, mais le nombre des ac­ci­dents au­ra bais­sé. Ce n’est pas une me­sure contre la vi­tesse, mais contre les ac­ci­dents. Quelles que soient leurs causes.

« Ce n’est pas une me­sure contre la vi­tesse, mais contre les ac­ci­dents » EM­MA­NUEL BARBE

ILLUS­TR. J. FULLERINGER

ME­SURE. Pour Em­ma­nuel Barbe, « les gens ont des craintes. Mais elles sont ex­ces­sives. La pre­mière est la perte de temps. Mais en réa­li­té on perd peu ou pas de temps ».

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