Le monde est à vous

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - La Une - Vincent Tho­mas vincent.tho­mas@cen­tre­france.com

Vous n’y échap­pe­rez pas. La Coupe du monde de foot­ball re­prend ses droits, une 21e fois, ce jeu­di en Rus­sie. La fièvre monte dou­ce­ment dans l’Yonne et cha­cun y va de sa tac­tique de sup­por­ter. Bos­ser de nuit, po­ser son week-end ex­près pour l’im­mi­nent France - Aus­tra­lie, voire car­ré­ment pré­voir le ca­len­drier du Mon­dial sur son flyer com­mer­cial… Tout est bon pour vivre à fond une compétition pla­né­taire et ras­sem­bleuse.

Adap­ter son em­ploi du temps à la compétition, « je n’en suis pas à ce point », avoue Thi­baut, ven­deur en grande sur­face. Et au rayon té­lés, quel est le fré­mis­se­ment avant le Mon­dial ? « As­sez calme, du fait de l’ef­fet TNT et de l’Eu­ro 2016 », juge son col­lègue Ch­ris­tophe. « L’en­goue­ment va se faire au fur et à me­sure, nuance Thi­baut. Des gens sont ve­nus chan­ger leur té­lé pour un pro­duit de meilleure qua­li­té. At­ti­rés par de la grande taille, de la belle pro­mo. »

Dans la sé­lec­tion des or­ga­ni­sés du Mon­dial, on re­trouve Clé­ment, 23 ans. L’em­ployé dans une so­cié­té de lo­gis­tique à Mo­né­teau va « es­sayer de voir le plus de matches ». Tout juste abon­né à beIN Sports, il a pris des dis­po­si­tions ra­di­cales. « J’ai de­man­dé à être du ma­tin. Il y a deux mois, j’ai po­sé mon sa­me­di pour France ­ Aus­tra­lie. Mes res­pon­sables sont com­pré­hen­sifs. Et ma co­pine, je lui ai dit : “La té­lé m’ap­par­tient et la té­lé­com­mande ne bouge pas” ! »

Le bal­lon rond, Ber­nard, de Gur­gy, en a ras le bol. « Un sport de trop payés, des sommes qu’on ne tou­che­ra ja­mais de notre vie. Il fau­drait vrai­ment qu’il n’y ait rien à la té­lé pour que je re­garde la Coupe du Monde… » Pa­ra­doxe du re­trai­té un peu bou­gon : il de­vrait pro­fi­ter des pro­mo­tions spé­ciales Mon­dial pour in­ves­tir dans un nou­vel écran plat. La prise du sien a ren­du l’âme. « Voi­là, on en re­vient tou­jours à l’argent… »

Di­rec­tion une salle de sport d’Auxerre, où l’on ne passe pas que des clips. « Les JO, Ro­landGar­ros et le Tour de France » ont aus­si droit à leur pe­tite lu­carne. Alors oui, Jo­na­than, Bap­tiste et Agathe dif­fu­se­ront les matches dans leur salle. Via un concours de pro­nos­tics, plus de 80 clientes et clients ont dé­jà ta­blé sur l’af­fiche de la fi­nale, le score et le nom des bu­teurs. « Cer­tains ont mis l’Ita­lie, alors moi je ri­gole », tacle Jo­na­than.

À grandes fou­lées sur son ta­pis, Syl­vie, 48 ans, ar­bore un maillot tri­co­lore de 2007. L’aide­ soi­gnante veut re­trou­ver une fer­veur digne de France 98 et de l’Eu­ro 2016 à do­mi­cile. Pour l’en­trée des Bleus dans le groupe C, après­demain (12 heures) à Ka­zan, sa tac­tique est en place. « Ce­la s’est bien gou­pillé, j’étais très contente. Je pour­rai voir l’ou­ver­ture car je ne tra­vaille que le soir. Sa­me­di, je sor­ti­rai de ma nuit de tra­vail et je ren­tre­rai vers 8 heures. À mi­di moins le quart, je se­rai obli­gée d’être de­bout pour ce pre­mier match de la France ! » Au pire, l’Auxer­roise compte avec « les por­tables et la té­lé dans notre salle de re­pos ». Un par­cours chan­ceux de sup­por­trice la suit. « L’Eu­ro, j’étais de nuit aus­si. En 2014, pour la Coupe du monde au Bré­sil, j’avais de très bons ho­raires avec l’école d’’ai­des­soi­gnantes. »

Son ma­ri « n’est pas foot du tout ». Elle, si. « Ça me tient chaud ! L’équipe de France me fait tou­jours quelque chose, me tient à coeur. » Au ta­quet sur le Mon­dial 1998 qui l’a fait « bien pleu­rer » en pleine gros­sesse, Syl­vie sou­haite vivre « un bon truc » en 2018. « Il y a plein de fa­çons d’al­ler voir les matches à droite à gauche, pour faire la fête, dans les bars, en ville… Plus on va avan­cer, plus ça va être ma­gni­fique ! Jus­qu’à la fi­nale. » Dé­ter­mi­née.

« Comme je tra­vaille dans la res­tau­ra­tion, des matches, je n’en ver­rai au­cun », lance, fa­ta­liste, un sa­la­rié d’hô­tel quatre étoiles. « Peut­être que l’éta­blis­se­ment met­tra un écran. »

À part si on l’in­vite quelque part, cet édu­ca­teur spor­tif envisage de vivre les matches en pur ob­ser­va­teur. So­lo. « J’aime bien être seul. C’est peut­être par dé­for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Il y a tou­jours ces com­men­taires de ceux qui ne connaissent rien au foot. » L’homme au sur­vê­te­ment d’un club rouge et blanc tient bien sûr compte du pou­voir ras­

« Il y a deux mois, j’ai de­man­dé mon sa­me­di pour voir France ­ Aus­tra­lie »

sem­bleur de l’évé­ne­ment. Re­gar­dez l’épo­pée de 98, « l’an­née de nais­sance de mon fils », né trois se­maines après le titre des Bleus. Ce coup­ci, il sur­veille­ra les ren­contres « du Bré­sil, de la France évi­dem­ment et de la Bel­ gique, qui peut al­ler très loin ». L’édu­ca­teur ne vou­drait pas por­ter la poisse in­ter­na­tio­nale mais a un mau­vais pres­sen­ti­ment pour le groupe de Des­champs. « J’ai en­ga­gé des pa­ris avec pas mal de co­pains comme quoi la France ne pas­se­rait pas le pre­mier tour… » Naou­fel Ben Am­mar est res­pon­sable d’une en­seigne de piz­zas à li­vrer, à Auxerre, qui « marche bien les soirs de Ligue des cham­pions ». Comme il y a quatre ans pour l’édi­tion bré­si­lienne aux ho­raires plus contrai­gnants, le com­mer­çant a pré­vu sur ses « pros­pec­tus » le ta­bleau du Mon­dial « avec groupes et matches ». Pour ce mois de mon­tagnes russes ani­mées par Ney­ mar, Mes­si et Ro­nal­do, Naou­fel Ben Am­mar a em­bau­ché deux li­vreurs sup­plé­men­taires. « On parle de Coupe du monde, on parle piz­za ! » Avec la té­lé qu’il ajou­te­ra spé­cia­le­ment, le pa­tron n’en per­dra pas une miette.

PH. D’AR­CHIVES JÉ­RÉ­MIE FULLERINGER

AUXERRE. Néo­phytes et pu­ristes de la par­tie, la place des Cor­de­liers pous­se­ra der­rière les Bleus comme lors du France - Al­le­magne du 7 juillet 2016, en de­mi-fi­nale de l’Eu­ro.

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