Emile Mar­tin : « C’était mon jar­din »

L’an­cien at­ta­quant et di­ri­geant de l’AJA an­cré à un stade fé­tiche, du pa­tro­nage à l’en­tre­prise Ge­bat

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - Centenaire Du Stade Abbé-deschamps - Vincent Tho­mas vincent.tho­mas@cen­tre­france.com

Il s’est pris d’amour pour le foot et un stade, ap­pro­chés par son père et le pa­tro­nage. Émile Mar­tin, 88 ans, se ré­gale de l’en­ceinte de l’Ab­bé-Des­champs, sous l’angle du joueur, du « bri­co­leur » ou ce­lui de spon­sor.

On di­rait qu’il a in­car­né une ga­le­rie de per­son­nages sur une scène ado­rée. Le rôle du stade Ab­bé­Des­champs reste ex­cep­tion­nel dans le par­cours d’Émile Mar­tin. L’en­fant de Fon­taines, de­ve­nu at­ta­quant de l’AJA, pré­sident de la sec­tion om­ni­sports et di­ri­geant de Ge­bat construc­tions, rap­pelle le pas­sé avant le des­tin de la route de Vaux. « L’Ab­bé Des­champs avait 6 ha. Avant, les com­pé­ti­tions spor­tives et les ac­ti­vi­tés ex­té­rieures du pa­tro­nage se dé­rou­laient sur le ter­rain de l’Ocre­rie. »

« Mon tem­pé­ra­ment, c’est l’at­taque »

Pa­tro­nage ren­voie à un pre­mier dé­clic. « Le jeu­di, j’al­lais près de la ca­thé­drale, sur l’ac­tuelle place Ab­bé­Des­champs. Puis on des­cen­dait à pied jus­qu’aux quais et au stade. On de­vait être une qua­ran­taine en rang. Là­bas, on jouait à 20 contre 20 ! »

Son pa­pa (*) fi­nit de le convaincre. « Je ne connais­sais pas le foot. Mon père, agent de po­lice à Auxerre, ai­mait ça et était de ser­vice lors­qu’il y avait des matches. C’était bon en­fant, de la bon­ho­mie ! Il y avait 200 per­sonnes au­tour des mains cou­rantes. » Émile Mar­tin est tel­le­ment fan de bal­lon rond qu’il rafle le concours du meilleur jeune foot­bal­leur bour­gui­gnon en 1947. « Avant­centre, in­ter, sur l’aile droite… Mon tem­pé­ra­ment, c’est l’at­taque

(sou­rire) !»

Son jeu of­fen­sif dé­tein­drait aus­si en bê­tises de « ga­min ». Sur une par­tie du ter­rain d’en­traî­ne­ment des pros au­jourd’hui, res­plen­dis­sait au­tre­fois « un su­perbe ver­ger, sur­veillé par un gar­dien, où il était in­ter­dit d’al­ler. Avec les co­pains, on y est al­lé… Ça n’a pas traî­né. On a été convo­qués par l’Ab­bé Des­champs pour une séance de bras en croix ! »

En 1950, sous la hou­lette de l’en­traî­neur Georges Hatz, il réa­lise « une belle sai­son » en DH avec l’AJA. « On jouait par­fois sur une pe­louse qui n’avait pas été fau­chée. » Même des sup­por­ters viennent don­ner un coup de main lo­gis­tique. « Les uns les autres, on se fai­sait confiance, cha­cun dans notre do­maine. C’est ça, le phé­no­mène AJA, et le stade y est pour beau­coup. C’était mon jar­din, j’y al­lais par plai­sir. Et les mau­vaises langues ne com­pre­naient pas notre pou­voir de faire tout ça bé­né­vo­le­ment. »

Tous les sa­voir­faire étaient bons à prendre. « Dans le bri­co­lage que l’on fai­sait, j’avais un co­pain de mon âge, Oli­vier Mar­magne, qui a créé une en­tre­prise de ter­rasse­ ment. Il est ve­nu fouiller, en­le­ver tout ce qui pou­vait nuire à la pe­louse. On sor­tait de vieilles cui­si­nières, des vé­los, de la fer­raille… On fai­sait tout ça bé­né­vo­le­ment, comme bien des choses faites sur le stade. » Y com­pris l’ar­ra­chage de pis­sen­lits. « Une tech­nique à Guy Roux. Tout le monde en ti­railleur en tra­vers du ter­rain et on avan­çait avec un cou­teau à la main. Il nous ar­ri­vait aus­si de re­mettre des planches, re­peindre les mains cou­rantes en blanc, pein­ture que les di­ri­geants se dé­brouillaient pour avoir par des co­pains. »

Pas seule­ment à l’aise de­vant le but, Émile Mar­tin au­ra par­ti­ci­pé à l’es­sor d’un club fa­mille sur les ter­rains ad­mi­nis­tra­tif et par­te­na­rial. On de­vine son en­tre­prise de construc­tions de mai­sons Ge­bat comme spon­sor maillot (no­tam­ment la sai­son 1973­1974), ain­si qu’« aux quatre coins des py­lônes d’éclai­rage ». Le Poyau­din de 88 ans, « en­tre­pre­neur mal­gré lui », va tou­jours de l’avant.

(*) Gas­ton Mar­tin, « sou­vent der­rière les buts de Pierre Bu­reau, gar­dien de l’AJA ». Tous deux sont morts en juillet 1944 dans le ma­quis de la Souille.

L’un des joueurs ali­gnés « avec un cou­teau à la main » chas­sant les pis­sen­lits

MA­LI­CIEUX. Sur une par­tie du ter­rain d’en­traî­ne­ment des pros au­jourd’hui res­plen­dis­sait « un su­perbe ver­ger, sur­veillé par un gar­dien, où il était in­ter­dit d’al­ler. Avec les co­pains, on y est al­lé… Ça n’a pas traî­né. On a été convo­qués par...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.