« La pa­role des en­fants en­ten­due »

Phi­lippe Niang re­vient sur l’af­faire des Ver­mi­raux qui est au centre de son pro­chain film

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - Avallon - Pro­pos re­cueillis par My­riam Dé­borbe my­riam.de­borbe@cen­tre­france.com

Il avait po­sé ses ca­mé­ras en fé­vrier à Aval­lon et Ba­zoches. Phi­lippe Niang vien­dra, mar­di, pré­sen­ter son film La ré­volte des in­no­cents qui re­late l’af­faire des Ver­mi­raux. Ren­contre.

La pro­jec­tion, sur in­vi­ta­tion, du té­lé­film tour­né sur Aval­lon et ses alen­tours par Phi­lippe Niang, l’hi­ver der­nier, au­ra lieu mar­di. Re­tour sur une af­faire qui a dé­frayé la chro­nique.

■ De quoi traite le film exac­te­ment ? Il re­prend un fait di­vers qui a eu lieu en 1910­1911, dans une mai­son de re­dres­se­ment, après une énième ré­volte des en­fants face aux deux te­nan­ciers. Ce qui est mar­quant, c’est qu’à cette époque, tout le monde pen­sait que le jeune juge al­lait ins­truire à charge contre les en­fants. Or il a ins­truit à charge contre les te­nan­ciers.

Comment ex­pli­quez-vous que ce juge ins­truise à charge plu­tôt qu’à dé­charge ? On est à la fin de la Belle Époque, ça a lieu six ans après la li­bé­ra­tion de Drey­fus. À l’époque, il y a deux cou­rants po­li­tiques qui s’af­frontent : les conser­va­teurs et les pro­gres­sistes au­quel ap­par­tient ce juge. Cette af­faire se si­tue au coeur de cette lutte, dans la suite même de l’af­faire Drey­fus, entre toute une France conser­va­trice qui n’hé­si­tait pas à fal­si­fier des élé­ments et l’autre pro­gres­siste. J’ai d’ailleurs nom­mé le juge Émile, en ré­fé­rence à Zo­la.

Quel re­ten­tis­se­ment ce­la a eu dans la so­cié­té de l’époque ? Tout le monde pen­sait que les en­fants se­raient condam­nés, or ce sont les no­tables qui ont été condam­nés à des peines de pri­ son ferme. C’est la pre­mière fois que la pa­role des en­fants est en­ten­due. L’an­née sui­vante, il y au­ra la créa­tion du pre­mier tri­bu­nal pour en­fants, ça per­met de mon­trer comment la pa­role

des en­fants va être re­con­nue et ça per­met aus­si de po­ser la ques­tion pour au­jourd’hui.

■ Pour­quoi avoir chan­gé le titre du film ? Il s’ap­pe­lait Le juge cou­rage et est de­ve­nu La ré­volte

des in­no­cents. Le juge a été pré­pon­dé­rant, mais si les ga­mins ne s’étaient pas ré­vol­tés, il n’au­rait rien pu faire. L’élé­ment dé­clen­cheur dans la réa­li­té, c’est qu’il y avait des morts suc­ces­sives d’en­fants à cause des mal­trai­tances ; dans le film, c’est aus­si la mort d’un en­fant qui dé­clenche la ré­volte.

■ Qu’est-ce qui vous in­té­res­sait per­son­nel­le­ment dans ce su­jet ? J’ai été éle­vé par une nour­rice mor­van­delle à Si­gland, j’ai fait toute ma sco­la­ri­té à Aval­lon. Pour moi ça al­lait bien, mais j’avais des ca­ma­rades qui ve­naient avec des chaus­sures trouées. Je ne vou­lais pas non plus noir­cir l’image de ce Mor­van qui a tel­le­ment de charme. C’est un fait di­vers qui a dé­frayé la chro­nique. Moi, ce qui m’in­té­res­sait, c’était de le trai­ter par la fic­tion, là où le do­cu­men­taire a ses li­mites.

Quelles sont ces li­mites ? Faire de la fic­tion, ça per­met de trai­ter des su­jets dé­li­cats de ma­nière plus com­plexe qu’avec un do­cu­men­taire qui va se can­ton­ner aux faits. Par exemple, pour ces Té­nar­diers, ça per­met de creu­ser comment ils ont pu se li­vrer à ces exac­tions en sor­tant du ma­ni­chéisme.

AR­CHIVES MÉ­LA­NIE MAROIS

RÉA­LI­SA­TEUR. Phi­lippe Niang avait tour­né à Aval­lon et ses alen­tours l’hi­ver der­nier.

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