« Un as­cen­seur de la co­lère so­ciale »

L'Yonne Républicaine (Sénonais) - - France & Monde Actualités -

Fa­ce­book per­met au mou­ve­ment des « gi­lets jaunes », né sur le ré­seau so­cial, de s’ins­crire dans la du­rée, grâce à ses al­go­rithmes qui fa­vo­risent les conte­nus émo­tion­nels, fon­dés sur la co­lère et l’in­di­gna­tion, ex­plique Oli­vier Ertz­scheid, en­sei­gnant-cher­cheur en sciences de l’in­for­ma­tion à l’uni­ver­si­té de Nantes.

Se­lon le cher­cheur, « les émo­tions liées à la co­lère sont celles qui se pro­pagent le mieux sur la pla­te­forme ». « Fa­ce­book offre une ar­chi­tec­ture tech­nique de cir­cu­la­tion de l’in­for­ma­tion qui est donc par­fai­te­ment adap­tée à un mou­ve­ment construit sur de l’in­di­gna­tion. » Un échange de bons pro­cé­dés dans la me­sure où « la pla­te­forme en bé­né­fi­cie aus­si, puis­qu’elle se nour­rit des in­ter­ac­tions, et ces conte­nus vi­raux en gé­nèrent beau­coup ».

Pour le spé­cia­liste « c’est la mé­ca­nique même de la vi­ra­li­té : Fa­ce­book a cette ca­pa­ci­té à souf­fler sur les braises. Dès qu’une re­ven­di­ca­tion a ten­dance à re­tom­ber, y com­pris dans sa cou­ver­ture mé­dia­tique, l’al­go­rithme du ré­seau va OU­TIL. en per­ma­nence vous ex­po­ser de nou­veau à des élé­ments de re­ven­di­ca­tions, que vous aviez peu­têtre “li­kés” il y a une se­maine ».

Émer­gence

Pour le cher­cheur Fa­ce­book ne peut ce­pen­dant pas in­duire di­rec­te­ment la réus­site d’un mou­ve­ment. Il pré­cise que « c’est un ou­til for­mi­dable pour fa­ vo­ri­ser l’émer­gence et l’évo­lu­tion des mou­ve­ments, mais il rend les condi­tions de la vic­toire im­pos­sible, puisque son in­té­rêt n’est pas que la ré­vo­lu­tion abou­tisse, mais que la ma­chine à re­ven­di­ca­tions tourne à plein ré­gime ».

« Fa­ce­book a mo­di­fié son al­go­rithme en dé­but d’an­née pour fa­vo­ri­ser ces in­ter­ac­tions » pré­cise Oli­vier Ertz­scheid. « Il a fait un peu des­cendre, dans le fil d’in­for­ma­tion des uti­li­sa­teurs, les conte­nus en pro­ve­nance de mé­dias, et es­sayé de sur­va­lo­ri­ser les in­ter­ac­tions di­rectes de per­sonnes à per­sonnes. Il a aus­si re­mis en avant son ou­til qui per­met de créer des groupes. »

Le pro­blème des « gi­lets jaunes », pour­suit le cher­cheur « c’est un pro­blème de vi­si­bi­li­té ». « Ils consi­dèrent que ni les po­li­tiques, ni les jour­na­listes, ni les syn­di­cats ne leur prêtent at­ten­tion […] Sur n’im­porte quel autre mou­ve­ment, on au­rait vu ap­pa­raître des as­sem­blées, des porte­pa­role, mais là non, ils ne sont pas dans une dé­marche de né­go­cia­tion. »

Quant à sa­voir si Fa­ce­book est un ou­til dé­mo­cra­tique, l’en­sei­gnant ré­pond par l’af­fir­ma­tive. « Si Fa­ce­book n’était pas là, in­dé­pen­dam­ment du fond des de­mandes et modes d’ac­tion des “gi­lets jaunes”, cette dé­tresse so­ciale in­con­tes­table n’au­rait ja­mais pu at­teindre la pro­por­tion qu’elle a at­teint en termes de vi­si­bi­li­té. Fa­ce­book est un as­cen­seur de la co­lère so­ciale. »

AFP

Se­lon Oli­vier Ertz­scheid, sans Fa­ce­book « la dé­tresse so­ciale n’au­rait pas » été à ce point vi­sible.

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