Un aphro­di­siaque pas comme les autres...

Des mé­di­ca­ments qui ré­pondent à des pro­blèmes d’érec­tion de plus en plus fré­quents

Méthode 80 - 20 - - OPINION - SONDAGE -

Contrai­re­ment à cer­taines idées re­çues au­tour du « trau­ma­tisme » que consis­te­rait une panne pour un homme, l’im­pact psy­cho­lo­gique des dif­fi­cul­tés n’est pas si im­por­tant : à peine plus d’un homme sur deux (53%) se dit avoir été pré­oc­cu­pé par son der­nier pro­blème d’érec­tion, dont à peine 15% très pré­oc­cu­pés. Cet im­pact n’en reste pas moins consé­quent dans cer­taines ca­té­go­ries de la gent mas­cu­line comme les jeunes (64% chez les moins de 35 ans), sans doute plus im­pré­gnés que la moyenne des Fran­çais par l’idée po­pu­la­ri­sée par les films X se­lon la­quelle un mâle doit avoir une érec­tion sou­te­nue en toute cir­cons­tance.

Une plus large ou­ver­ture d’es­prit à l’idée d’es­sayer mais le pas­sage à l’acte reste en­core dif­fi­cile…

Si l’on ob­serve une plus grande dis­po­si­tion des Fran­çais à es­sayer un jour ce type de pro­duit, moins d’un homme sur trois (31%) pour­rait le faire. Ain­si, bien que les bar­rières mo­rales ou cultu­relles soient moins fortes qu’il y a vingt ans, l’usage des mé­di­ca­ments sexo-ac­tifs est en­core loin d’être ren­tré dans les moeurs. Certes, la pro­por­tion de consom­ma­teurs de mé­di­ca­ments sexo-ac­tifs est en hausse si­gni­fi­ca­tive de­puis 2007 (x3 chez les hommes âgés de 18 à 65 ans). Mais vingt ans après la com­mer­cia­li­sa­tion du Viagra, force est de consta­ter que les Fran­çais sont en­core peu nom­breux à avoir es­sayé un mé­di­ca­ment de ce type (15% en 2018).

En tout état de cause, on note un net écart entre le nombre de consom­ma­teurs (15%) et le nombre d’hommes ayant dé­jà eu troubles d’érec­tion (64%), sans doute en rai­son des obs­tacles à l’achat (ex : coût, honte…) mais peut-être aus­si à cause de la ca­pa­ci­té des Fran­çais à re­la­ti­vi­ser quelque peu l’im­por­tance de ces troubles.

Un ac­cès au Viagra qui passe en­core ma­jo­ri­tai­re­ment par un pro­fes­sion­nel de san­té

Al­lant à re­bours de cer­tains cli­chés au­tour d’une di­gi­ta­li­sa­tion mas­sive de l’ac­cès à ce type pro­duit, l’en­quête montre que la plu­part des hommes se sont pro­cu­rés des mé­di­ca­ments sexo-ac­tifs de ma­nière lé­gale : 83% en ont ache­té en phar­ma­cie après s’être fait four­nir une or­don­nance. Moins d’un quart d’entre eux en ont ache­té sans or­don­nance sur In­te­net (23%). Après, ce mode d’ac­qui­si­tion n’en reste pas moins le mode pri­vi­lé­gié des hommes l’uti­li­sant dans une lo­gique « ré­créa­tive » si l’on en juge par le nombre de consom­ma­teurs en ayant ache­té de la sorte chez les hommes alors qu’ils n’ont ja­mais eu de pro­blème d’érec­tion (46%). Il s’agit éga­le­ment du mode d’achat pri­vi­lé­gié des jeunes consom­ma­teurs (82% des moins de 30 ans) et des ca­té­go­ries po­pu­laires (47% des ou­vriers), qui ont moins les moyens de se payer une consul­ta­tion chez un spé­cia­liste.

Pour la pre­mière fois en France, une étude per­met d’éva­luer le nombre d’hommes ne re­cou­rant pas à ces mé­di­ca­ments dans une dé­marche trans­pa­rente au sein de leur couple mais plu­tôt dans une lo­gique de per­for­mance sexuelle.

Plus d’un homme sur quatre pour­rait uti­li­ser un mé­di­ca­ment amé­lio­rant son érec­tion à l’in­su de leur par­te­naire (27%), cette dis­po­si­tion étant par­ti­cu­liè­re­ment forte chez les jeunes en gé­né­ral (41% chez les moins de 30 ans) et plus lar­ge­ment chez les hommes sans ex­pé­rience sexuelle (68% chez les « pu­ceaux ») ou dé­bu­tant une nou­velle re­la­tion (33% chez les hommes en couple de­puis moins de trois ans). Ain­si, pour une mi­no­ri­té si­gni­fi­ca­tive de Fran­çais, le Viagra ap­pa­raît comme un moyen de ré­soudre les dif­fi­cul­tés clas­siques ren­con­trées par les hommes lors de leur en­trée dans la vie sexuelle adulte, ain­si qu’au tout dé­but de re­la­tion avec une nou­velle par­te­naire.

Et si la pro­por­tion réelle d’hommes ayant osé en prendre à l’in­su de leur par­te­naire reste glo­ba­le­ment li­mi­tée (11% chez l’en­semble des hommes ayant dé­jà un rap­port sexuel), elle at­teint des seuils si­gni­fi­ca­tif chez les hommes de moins de 30 ans (19 %) ou en dé­but de re­la­tion (22%) pour qui il consti­tue sans doute un moyen d’af­fron­ter l’an­goisse et l’in­ex­pé­rience res­sen­ties ha­bi­tuel­le­ment dans un contexte d’ap­pren­tis­sage de son corps et du corps de l’autre.

Tou­te­fois, il est im­por­tant de re­le­ver que leurs par­te­naires fé­mi­nines sont loin d’être dupes : plus d’une Fran­çaise sur 10 (12%) dé­clarent avoir dé­jà eu un rap­port sexuel avec un homme qui a uti­li­sé un mé­di­ca­ment comme le viagra sans le leur dire même si elles re­con­naissent qu’elles n’en sont pas tou­jours sûres : si 6% en sont cer­taines, 6% d’entre elles ont de forts soup­çons sans en être cer­taines.

L’ar­ri­vée de la fa­meuse pi­lule bleue sur le mar­ché en 1998 a in­dé­nia­ble­ment fait évo­lué les men­ta­li­tés à l’égard des dif­fi­cul­tés sexuelles qui peuvent af­fec­ter les hommes : ces der­niers ad­met­tant de plus en plus fa­ci­le­ment avoir dé­jà eu des troubles érec­tiles tout en se mon­trant de moins en moins hos­tiles à l’idée d’uti­li­ser un jour un pro­duit sus­cep­tible de res­tau­rer leur fonc­tion sexuelle dé­faillante.

En dé­pit de ce chan­ge­ment d’état d’es­prit, le Viagra est pour­tant loin d’être en­tré dans les moeurs : moins d’un Fran­çais sur six en a dé­jà pris (15%) alors qu’ils sont beau­coup plus nom­breux à avoir eu des pro­blèmes d’érec­tion de ma­nière ré­gu­lière (28%) ou juste une fois dans leur vie (64%). Ce faible pas­sage à l’acte tient sans doute à la per­sis­tance de freins d’ordre cultu­rel, éco­no­mique ou psy­cho­lo­gique mais aus­si à la ca­pa­ci­té des Fran­çais à re­la­ti­vi­ser l’im­pact que peuvent avoir ces troubles érec­tiles sur leur sexua­li­té en gé­né­ral et sur la per­cep­tion de leur vi­ri­li­té en par­ti­cu­lier.

Il n’en reste pas moins qu’à une époque où la sexua­li­té est dé­sor­mais un sym­bole fort de la co­hé­sion et du main­tien du couple, l’usage de mé­di­ca­ments comme le Viagra est aus­si dé­tour­né par cer­tains hommes pour ré­soudre les dif­fi­cul­tés qu’ils peuvent ren­con­trer, no­tam­ment lors de l’en­trée dans la vie sexuelle adulte ou au tout dé­but d’une re­la­tion. Chez des jeunes bi­be­ron­nés à la « culture porn », on ne peut en ef­fet que consta­ter un usage non mé­di­cal qui ré­pond avant tout à l’an­goisse de ne pas as­su­rer une érec­tion sou­te­nue en toute cir­cons­tance et plus lar­ge­ment à sa­tis­faire des par­te­naires fé­mi­nines ap­pa­rais­sant plus exi­geantes que dans les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes.

S’ins­cri­vant dans un pro­ces­sus plus large de mé­di­ca­li­sa­tion de la sexua­li­té, l’ac­cès au Viagra ren­force ain­si mal­gré lui les in­jonc­tions à la vi­ri­li­té qui pèsent sur la gent mas­cu­line en va­lo­ri­sant à la fois une vi­sion pu­re­ment phy­sique de la panne sexuelle et une re­pré­sen­ta­tion « érec­to­cen­trique »3 de la sexua­li­té alors même que la pé­né­tra­tion n’est pas tou­jours le mode de sti­mu­la­tion le plus adap­té au plai­sir des femmes.

@son­da­gei­fop - oc­tobre 2018

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.