Comme des gar­çons ?

Méthode 80 - 20 - - NEWS - Edi­to By Fred Per­ry

Si le phé­no­mène ne date pas d’hier, les clientes sont de plus en plus nom­breuses à se tour­ner vers les marques de mode mas­cu­line du mo­ment.

«Kim Kar­da­shian n’est pas mon mo­dèle ! as­sure Per­sé­phone Kes­sa­ni­dis, agent de de­si­gners et co­fon­da­trice de l’agence M&K. Les tren­te­naires et les qua­dra­gé­naires n’ont au­cune en­vie de res­sem­bler à des fi­filles et j’ai le sen­ti­ment que ces marques de prêt-à-por­ter fé­mi­nin, dont les col­lec­tions dé­bordent de se­quins, de vo­lants et de cou­leurs su­crées, ne ré­pondent ni aux be­soins ni aux en­vies des femmes dans leur quo­ti­dien.»

Comme elle, de nom­breuses Fran­çaises se tournent vers les la­bels mas­cu­lins. Elles y trouvent une mode in­tel­li­gente qui tra­verse les sai­sons, des vestes taillées dans des étoffes de qua­li­té, des manteaux géants dans les­quels se lo­ver. Elles ap­pré­cient les cou­leurs neutres, les bons ba­siques qui, comme leur nom ne l’in­dique pas, donnent un style sin­gu­lier.

«De­puis l’ado­les­cence, j’aime por­ter des vê­te­ments d’homme, leurs jeans, leurs tee-shirts, leurs vestes, confie la créa­trice Mar­tine Rose. La mode fé­mi­nine est tra­vaillée, celle des gar­çons plus fa­cile, elle per­met aux filles de se sen­tir co­ol.» De­puis 2007, la Bri­tan­nique (éga­le­ment consul­tante au­près de Dem­na Gva­sa­lia chez Ba­len­cia­ga pour les col­lec­tions homme) des­sine un ves­tiaire mas­cu­lin de sweat-shirts à ca­puche over­si­zed, de bag­gys, de vestes à la car­rure exa­gé­rée. Les bran­chés en sont si fans que l’e-shop Mat­ches­fa­shion.com la dis­tri­bue dans ses on­glets des deux sexes.

«Nos clientes ont tou­jours ai­mé le style sans ef­fort de Mar­tine Rose, ex­plique Na­ta­lie Kin­gham, di­rec­trice des achats du site. Plus sur­pre­nant, même ses cos­tumes trouvent pre­neurs au­près des femmes.» Un phé­no­mène que l’on re­trouve chez Ve­te­ments, Mai­son Mar­gie­la et Acne Stu­dios. Faut-il com­prendre qu’il reste une place à prendre sur le mar­ché du prêt-à-por­ter fé­mi­nin, pour­tant sa­tu­ré de nou­velles marques ? «Pas du tout, pour­suit l’ache­teuse. Il y a tout ce dont elles ont be­soin dans les col­lec­tions, mais en choi­sis­sant des pièces que leurs congé­nères n’achè­te­ront pas, elles trouvent un moyen d’af­fir­mer leur sin­gu­la­ri­té.»

«Je sup­pose que le cô­té ves­tiaire d’homme ajoute au dé­sir», com­mente Mar­tine Rose. Même si ce dé­sir d’en­fi­ler les vê­te­ments de l’autre n’est pas tou­jours bien per­çu. «Celles qui aiment por­ter le ca­ban de leur co­pain ou une par­ka mi­li­taire ache­tée au sur­plus ont dé­jà es­suyé des re­marques déso­bli­geantes comme “tu n’es pas très sexy”. Elles re­fusent qu’on leur dise ce qui est sexy ou pas. La sé­duc­tion ne passe pas né­ces­sai­re­ment par une mi­ni­jupe et des ta­lons hauts, pour­suit Per­sé­phone Kes­sa­ni­dis. Dans un ves­tiaire d’homme, on gagne en style, mais aus­si en as­su­rance, c’est une fa­çon de prendre le pou­voir. Ce­la vé­hi­cule un mes­sage fort sur les femmes au­jourd’hui car, plus que l’air du temps, c’est un phé­no­mène so­cié­tal.»

Sans ver­ser dans le fé­mi­nisme, d’autres créa­teurs ex­pliquent cet en­goue­ment par le bon sens du dres­sing mas­cu­lin. «Il y a, chez l’homme, une obli­ga­tion de pro­po­ser des vê­te­ments pour le quo­ti­dien : ils doivent bien tom­ber et être fa­ciles à por­ter, ex­plique Ma­thieu de Mé­non­ville, fon­da­teur en 2007 de la marque pa­ri­sienne Édi­tions M.R. Les filles re­cherchent cette exi­gence et elles savent que, chez nous, il n’y a pas d’am­bi­tion de pro­po­ser un ves­tiaire trop cé­ré­bral. Il ne se­ra ja­mais ques­tion d’autre chose que d’une association de bonnes ma­tières, bonnes coupes, bonnes cou­leurs.» Les clientes lui ont tout de même ré­cla­mé d’ajus­ter les pro­por­tions de ses blou­sons, leurs coupes n’étant pas adap­tées aux pe­tits ga­ba­rits… En fé­vrier pro­chain, Édi­tions M.R pro­po­se­ra une cap­sule, conden­sé des best-sel­lers mai­son dans des tailles al­lant du 34 au 44.

Une ten­ta­tion fé­mi­nine que connaissent plu­sieurs marques à fort ca­pi­tal sym­pa­thie et dont les filles se sont em­pa­rées, comme OAMC, Ami d’Alexandre Mat­tius­si et Of­fi­cine Gé­né­rale. Chez Études Stu­dio, une ligne est pré­vue pour l’été qui per­met­tra au la­bel de s’es­sayer à plus de créa­ti­vi­té. «Nous ne sommes pas at­ta­chés au genre, dit Jérémie Egry, son co­fon­da­teur. Les filles qui aiment et portent nos vê­te­ments se moquent bien de sa­voir pour qui ils ont été pen­sés. Et puis notre re­gistre, le sports­wear, se prête à ce­la.» Si les Fran­çaises ont tou­jours su brouiller les fron­tières du genre, de Co­co Cha­nel à Ca­ro­line de Mai­gret (fi­dèle d’Ami, d’Édi­tions M.R et de la griffe de luxe Berluti), se mo­quant du qu’en-di­ra-t-on, la chose n’est pas évi­dente pour d’autres, les Asia­tiques en par­ti­cu­lier. «Dans notre bou­tique du bou­le­vard Beau­mar­chais, à Pa­ris, nous ob­ser­vons de nom­breuses tou­ristes en­trer et re­gar­der nos vê­te­ments, continue Ma­thieu de Mé­non­ville. Quand elles com­prennent que nous ha­billons les gar­çons, elles re­posent le cintre sur le por­tant et dé­guer­pissent.»

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