Des ar­gu­ments en contre­point d’une ten­dance mé­dia­tique ?

Méthode 80 - 20 - - AVIS TRANCHÉ -

Fa­vo­rise le tra­vail des en­fants en Afrique ?

C’est là un pro­blème en­dé­mique dans de nom­breuses com­mu­nau­tés agri­coles de sub­sis­tance en Afrique. Voir un rap­port du BIT qui ven­tile le tra­vail des en­fants en Afrique en fonc­tion du sexe et du type d’agri­cul­ture. La lo­gique est très claire. Seules 5,4% des terres agri­coles sont culti­vées en mode bio­lo­gique en Europe, tan­dis que le mar­ché des pro­duits bio­lo­giques est en crois­sance beau­coup plus ra­pide. Les ex­ploi­ta­tions fa­mi­liales afri­caines sont bio­lo­giques par dé­faut (en rai­son du coût éle­vé des pes­ti­cides et des en­grais ain­si que des pres­sions des ré­gu­la­teurs des im­por­ta­tions et des ex­por­ta­tions de l’UE, qui dé­nient à l’agri­cul­ture afri­caine les avan­tages de l’uti­li­sa­tion des tech­no­lo­gies mo­dernes comme les OGM). Alors que l’ac­cent a sur­tout été mis sur le tra­vail des en­fants dans la pro­duc­tion de ca­cao de l’Afrique de l’Ouest, l’in­ca­pa­ci­té de l’Europe à se nour­rir (en rai­son d’une dé­pen­dance ab­surde de tech­no­lo­gies agri­coles moyen­âgeuses) a conduit à une aug­men­ta­tion des ex­por­ta­tions afri­caines de pro­duits agri­coles bio. Les gou­rous du bio semblent se sa­tis­faire du re­fus d’ad­mettre cette cor­ré­la­tion, quand ils choi­sissent le bio, en pré­ten­dant qu’ils ne sou­tiennent pas du tout cette pra­tique qui consiste à confier la tâche d’ar­ra­cher ma­nuel­le­ment les mau­vaises herbes, ou les feuilles at­teintes par des ra­va­geurs, à des pe­tites mains plu­tôt que de les en­voyer à l’école.

Le bio uti­lise plus de terre avec des ren­de­ments in­fé­rieurs, ré­dui­sant la bio­di­ver­si­té ?

Je sais que de nom­breuses or­ga­ni­sa­tions de lob­bying bio comme l’IFOAM tentent de gon­fler les chiffres avec leurs propres études (ou d’uti­li­ser cet ar­gu­ment fort mi­gnon que plus de mau­vaises herbes, c’est mieux pour la bio­di­ver­si­té), mais le fait est que les ren­de­ments du bio sont si­gni­fi­ca­ti­ve­ment in­fé­rieurs dans le meilleur des cas, et ca­tas­tro­phiques les an­nées de forte pres­sion des ra­va­geurs.

Si nous de­vions conver­tir toutes les ex­ploi­ta­tions à l’agri­cul­ture bio­lo­gique, nous au­rions à faire deux choses : nous pré­pa­rer à des pé­nu­ries ali­men­taires (le lob­by du bio tente de ré­pondre avec le truc du gâ­chis ali­men­taire) ; re­tour­ner plus de prai­ries et dé­fri­cher plus de fo­rêts. Avec une po­pu­la­tion mon­diale en crois­sance, il se­rait sou­hai­table de mi­ser sur la tech­no­lo­gie plu­tôt que l’éco-re­li­gion. Des ren­de­ments plus éle­vés sur moins de terres, ce qui per­met de res­tau­rer da­van­tage d’ha­bi­tats, me semble une meilleure so­lu­tion.

Le sec­teur du bio uti­lise des tac­tiques de lob­bying contraire à l’éthique

Dans cer­tains ar­ticles du site The risk mon­ger, j’ai ca­ta­lo­gué une longue li­ta­nie de fi­nan­ce­ments de la science ac­ti­viste dou­teuse par le sec­teur du bio, de fi­nan­ce­ments opaques des gou­rous de l’ali­men­ta­tion et de leur alar­misme, ain­si qu’une vé­ri­table chasse aux sorcières que je ne pour­rais dé­crire que comme du néo-mac­car­thysme. S’il y a des lob­byistes qui de­vraient avoir honte de leurs pra­tiques et des vio­la­tions de la dé­on­to­lo­gie, ce sont bien ceux qui agissent au nom de l’in­dus­trie, au sens large, des pro­duits bio­lo­giques.

Les pes­ti­cides na­tu­rels sont toxiques pour les abeilles ?

Une per­cep­tion er­ro­née très com­mune est que les pro­duits bio­lo­gi­quesne contiennent pas de pes­ti­cides. Bien sûr qu’ils en contiennent, si­non les agri­cul­teurs bio ne pro­dui­raient que de la nour­ri­ture pour nour­rir les in­sectes et amé­lio­rer le sol. Dans la plu­part des pays, les pes­ti­cides sont au­to­ri­sés dans l’agri­cul­ture bio­lo­gique s’ils pro­viennent d’une source na­tu­relle (et ne sont donc pas d’ori­gine syn­thé­tique). Dans cer­tains cas, ces sub­stances na­tu­relles peuvent être pro­duites par syn­thèse, mais ce­la dé­pend des normes qui va­rient d’un pays à l’autre. Afin de lut­ter contre les in­fes­ta­tions de ra­va­geurs, de cham­pi­gnons et de moi­sis­sures, les pes­ti­cides bio doivent être toxiques (un autre point sur le­quel le lob­by du bio n’a pas été très franc). S’ils sont moins toxiques, alors il faut uti­li­ser des vo­lumes plus éle­vés car, pour le dire sim­ple­ment, c’est dans la na­ture de l’agri­cul­ture.

L’éco-ver­sion du so­phisme na­tu­ra­liste sup­pose que tout ce qui est na­tu­rel est bénin et ac­cep­table, mais de nom­breux pes­ti­cides au­to­ri­sés en bio sont bien pires pour l’en­vi­ron­ne­ment que les sub­stances synthétiques, elles bien tes­tées. Les py­ré­thrines, les sul­fates, la ni­co­tine… sont tous des­ti­nés à tuer, et qu’ils pro­viennent d’une source na­tu­relle ne si­gni­fie pas qu’ils sont sans dan­ger pour l’en­vi­ron­ne­ment. Je l’ai dé­jà écrit cette an­née, quand j’ai exa­mi­né com­ment deux pes­ti­cides bio (à base de ro­té­none et d’aza­di­rach­tine) étaient ex­trê­me­ment toxiques pour les abeilles et com­ment le lob­by du bio s’est bat­tu pour les gar­der sur le mar­ché (voir Rai­son 4).

Les pes­ti­cides na­tu­rels sont toxiques pour les hu­mains ?

Il y a deux fa­çons d’ex­pli­quer ce­la. Comme il est dit dans la Rai­son 5, les pes­ti­cides pro­ve­nant d’une source na­tu­relle sont éga­le­ment toxiques ; dans cer­tains cas, ils sont beau­coup moins tes­tés parce que nous tes­tons ra­re­ment les pro­duits chi­miques na­tu­rels. La ro­té­none, un méchant pes­ti­cide bio, a été clai­re­ment liée à la ma­la­die de Par­kin­son. Et je ne peux que sou­li­gner ici tous les risques pour la san­té de l’in­ges­tion de py­ré­thrines. Plus in­té­res­sant en­core est peut-être le ni­veau de toxi­ci­té des pes­ti­cides, des toxines et des sub­stances can­cé­ri­gènes na­tu­rels que l’évo­lu­tion a pro­duits. Bruce Ames a mis en évi­dence la dif­fé­rence de risque pour la san­té de l’exposition aux pes­ti­cides d’ori­gine na­tu­relle, par rap­port à l’exposition – beau­coup plus bé­nigne et po­ten­tielle – aux pes­ti­cides de syn­thèse. Les adeptes de : « Vous n’êtes qu’un sup­pôt de Mon­san­to ! » ont tous ces­sé de lire cet ar­ticle à ce stade, mais je­tez un oeil sur l’ar­ticle d’Ames et de­man­dez-vous pour­quoi on s’agite tant.

« En­vi­ron 99,9 % des sub­stances chi­miques in­gé­rées par l’être hu­main sont d’ori­gine na­tu­relle. Les ré­si­dus de pes­ti­cides de syn­thèse dans les plantes uti­li­sées pour l’ali­men­ta­tion sont en quan­ti­té in­si­gni­fiante en com­pa­rai­son des pes­ti­cides na­tu­rels pro­duits par les plantes elles-mêmes. De tous les pes­ti­cides que les hu­mains in­gèrent, 99,99 % sont d’ori­gine na­tu­relle : ce sont des sub­stances chi­miques pro­duites par les plantes pour se dé­fendre contre les cham­pi­gnons, les in­sectes et autres pré­da­teurs. »

Je ne peux m’em­pê­cher de rap­pe­ler qu’Ames était le chou­chou du mou­ve­ment éco­lo­giste dans les an­nées 1970…

La re­cherche ne montre au­cune dif­fé­rence de goût, ni pour la san­té et la sé­cu­ri­té

Là, on touche da­van­tage les gou­rous du bio, d’au­tant plus que le goût est un fac­teur af­fec­tif et donc pu­re­ment anec­do­tique (en d’autres termes, un fait qui se prête à une étude scien­ti­fique). Mais maintes et maintes fois, les gens n’ont pas pu faire la dif­fé­rence dans des tests en aveugle. En ce qui concerne les ques­tions de san­té et de sé­cu­ri­té, voyez… les gens croient ce qu’ils veulent bien croire ; mais toutes les études qui ne sont pas ef­fec­tuées par le lob­by du bio ne peuvent tout sim­ple­ment pas étayer les af­fir­ma­tions du lob­by. C’est comme la re­li­gion : il est beau de croire, mais ne l’ap­pe­lez pas science.

20 Le tra­vail du sol li­bère da­van­tage de CO2 ?

La ques­tion de sa­voir si l’agri­cul­ture sans la­bour est meilleure fait dé­bat par­mi les agri­cul­teurs conven­tion­nels (j’ai gran­di sur une ferme qui uti­li­sait les disques !) ; mais comme ils n’uti­lisent pas d’her­bi­cides, les agri­cul­teurs bio doivent tra­vailler da­van­tage la terre pour contrô­ler les mau­vaises herbes. Bien sûr, ce­la consomme plus de car­bu­rant (nous ai­me­rions pour­tant croire qu’ils uti­lisent des trac­teurs fonc­tion­nant à l’éner­gie so­laire) ; mais les fa­çons cultu­rales dé­tachent aus­si les mi­cro-or­ga­nismes du sol et les li­bèrent dans l’at­mo­sphère (voir une liste d’études sur les dé­fis pour l’agri­cul­ture bio­lo­gique en ma­tière de car­bone). J’abor­de­rai la ques­tion des émis­sions du fu­mier de bo­vins dans un autre point, mais on ne me re­pren­dra guère sur le point que da­van­tage de CO2 est émis par uni­té de pro­duc­tion is­sue des fa­çons cultu­rales du bio que de l’agri­cul­ture conven­tion­nelle (et peu im­porte ici que le lob­by du bio es­saie de dé­peindre les « fermes-usines » comme quelque chose d’ef­frayant).

La re­cherche an­ti-OGM/ an­ti-pes­ti­cides est fon­dée sur une science in­di­gente, mi­li­tante ?

L’an­née der­nière j’ai for­gé le terme « science ac­ti­viste » pour dé­crire une faute pro­fes­sion­nelle en ma­tière de re­cherche. Un scien­ti­fique tra­di­tion­nel ras­semble les preuves et en tire une conclu­sion. Un scien­ti­fique mi­li­tant com­mence par la conclu­sion et cherche des preuves. Au cours de l’an­née écou­lée, nous avons vu – et j’ai mon­tré – qu’une cer­taine science ac­ti­viste, très han­di­ca­pée sur le plan de l’éthique, a été ac­cep­tée dans le cou­rant do­mi­nant, y com­pris les scan­dales tou­chant la re­cherche sur les néo­ni­co­ti­noïdes et la san­té des abeilles, la dé­bâcle du CIRC sur le gly­pho­sate et, bien sûr, l’illustre étude Sé­ra­li­ni. Tous ont été fi­nan­cés ou in­fluen­cés par des or­ga­ni­sa­tions liées au sec­teur du bio (voir Rai­son 4).

Un an de ré­si­dus de pes­ti­cides est moins toxique qu’une tasse de ca­fé ?

Une fois de plus, re­ve­nons à Bruce Ames (bien qu’il soit oc­to­gé­naire, quel­qu’un de­vrait le pré­sen­ter à la FoodBabe !). Dans une in­ter­view il y a plus de 20 ans, il a dé­cla­ré : « Une tasse de ca­fé est rem­plie de sub­stances chi­miques. On en a iden­ti­fié un mil­lier dans une tasse de ca­fé. Mais nous n’en avons trou­vé, dans ce mil­lier, que 22 qui ont été tes­tées dans des tests de can­cer sur des ani­maux. Par­mi ceux-ci, 17 sont can­cé­ri­gènes. Il y a 10 mil­li­grammes de can­cé­ro­gènes connus dans une tasse de ca­fé, et c’est plus de can­cé­ro­gènes que vous n’êtes sus­cep­tibles d’in­gé­rer à par­tir des ré­si­dus de pes­ti­cides pen­dant un an ! »

Mais j’aime le ca­fé ! Ce qu’il faut re­te­nir ici, c’est que le risque is­su des pes­ti­cides de syn­thèse pré­sents dans l’ali­men­ta­tion aux ni­veaux maxi­maux d’exposition à leurs ré­si­dus est pra­ti­que­ment nul. Ce n’est pas une sur­prise que la ca­féine soit dix fois plus toxique que le gly­pho­sate – beau­coup d’autres sub­stances chi­miques na­tu­relles sont en­core plus toxiques, mais les gou­rous du bio ne peuvent pas nous l’ex­pli­quer, trop oc­cu­pés qu’ils sont à nous faire peur. Te­nez, en­core un pe­tit point pour mon­trer com­bien toute cette cam­pagne an­ti-pes­ti­cides est ri­di­cule : Ames a fait cette dé­cla­ra­tion il y a 21 ans ; donc si l’on consi­dère que les pes­ti­cides de syn­thèse étaient à l’époque beau­coup plus toxiques qu’ils ne le sont au­jourd’hui, nous de­vrions ré­vi­ser ra­di­ca­le­ment cette com­pa­rai­son d’Ames à la baisse (peut-être en rem­pla­çant la tasse par une gor­gée de ca­fé au­jourd’hui).

Suis-je là pour vous trom­per ? Non. Je vous ai four­ni une sé­rie de faits, de preuves et d’études ; les ac­ti­vistes qui font cam­pagne pour le bio, eux, ont in­ven­té une sé­rie d’his­toires, lan­cé des cam­pagnes de peur, trans­for­mé des cé­lé­bri­tés en vic­times et créé des Ma­mans gou­rous. J’ai pu­blié mon gra­phique plus tôt dans la jour­née [9 sep­tembre 2015] sur les ré­seaux so­ciaux [sur Fa­ce­book] et ce­la s’est tra­duit par une ava­lanche de boue, une cam­pagne vi­rale contre moi (les très ha­bi­tuels « t’es un abo­mi­nable sup­pôt de l’in­dus­trie », « au­cune idée de ce dont il parle », « Mon­san­to est le diable », et autre « le gly­pho­sate pro­voque l’au­tisme » – des at­taques qui ré­chauffent mon coeur mais ter­ri­fient mes en­fants… qui prennent en­core cer­taines gens au sé­rieux) ; mais je dois dire qu’il s’est pro­duit quelque chose d’in­té­res­sant. Par­mi les at­taques, la plu­part des com­men­ta­teurs pro-bio ont aus­si re­con­nu que j’avais rai­son sur deux ou trois de mes 10 points. Ajou­tez les dix autres rai­sons que je vais pro­duire pro­chai­ne­ment, et nous nous trou­vons dans une im­passe lo­gique.

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