Dans l’ate­lier QUI RES­SUS­CITE LES SACS

Madame Figaro - - News / Reportage - PAR ÉLI­SA­BETH CLAUSS / PHO­TOS SAN­DRINE ROUDEIX

RES­TAU­RER SES LÉ­GEN­DAIRES PIÈCES DE MA­RO­QUI­NE­RIE POUR QU’ELLES PER­DURENT DE GÉ­NÉ­RA­TION EN GÉ­NÉ­RA­TION : C’EST LA MIS­SION DE L’ATE­LIER DE RÉ­PA­RA­TION DE LA MAI­SON HER­MÈS. QUATRE À CINQ MILLE AR­TICLES PASSENT TOUS LES ANS ENTRE LES MAINS DE

SES AR­TI­SANS VIR­TUOSES.

DE PLUS EN PLUS AT­TEN­TIFS À LA QUA­LI­TÉ et aux condi­tions de pro­duc­tion de leurs achats, les consom­ma­teurs veillent aus­si à leur en­tre­tien dans le temps. Les ar­ti­sans qui opèrent au ser­vice ré­pa­ra­tion de la mai­son Her­mès, à Pan­tin, en ré­gion pa­ri­sienne, consacrent tout leur sa­voir-faire à la res­tau­ra­tion de pièces an­ciennes ou ac­ci­den­tées. Une mis­sion de du­ra­bi­li­té, de res­pon­sa­bi­li­té éthique et éco­lo­gique. Car, si les pro­duits de la ma­ro­qui­ne­rie de luxe sont conçus pour être qua­si­ment in­des­truc­tibles, le temps et un peu de né­gli­gence ra­mènent par­fois ces pièces d’ex­cep­tion entre les mains mêmes de ce­lui ou celle qui les a fa­bri­quées.

EM­PREINTE SE­CRÈTE

Isa­belle Ar­nar­di est di­rec­trice du pôle ma­tières d’Her­mès : « Pour nous, un beau cuir est un cuir qui va se bo­ni­fier avec le temps. Se­lon l’usage, le frot­te­ment, l’en­droit où l’on pose la main, il va se sa­ti­ner et se pa­ti­ner. » Par pré­cau­tion, lors­qu’elle choi­sit une nou­velle peau, elle en­voie à l’ate­lier de ré­pa­ra­tion un échan­tillon après « es­sai por­té », afin que les ar­ti­sans en­codent tous les pa­ra­mètres et soient ca­pables d’agir dans dix ou vingt ans. Au mo­ment de la fa­bri­ca­tion, avant de cou­per le cuir, on le ma­ni­pule pour an­ti­ci­per la fa­çon dont il évo­lue­ra. À cet exa­men s’ajoute la no­tion de « qua­li­té ca­chée » : dans la poi­gnée, par exemple, on place un so­lide ru­ban de cuir pour évi­ter l’usure pré­coce. Mille at­ten­tions in­dé­tec­tables à l’oeil nu. En­suite, chaque sac est mar­qué se­lon une em­preinte se­crète par l’ar­ti­san qui l’a conçu, mais éga­le­ment par ce­lui qui l’au­ra ré­pa­ré. Ain­si, l’his­toire d’un sac est ins­crite à la fois dans sa peau et dans sa struc­ture.

CHAÎNE D’EX­CEL­LENCE

Tout au long de sa car­rière, cha­cun doit faire confiance à la qua­li­té du tra­vail du pré­cé­dent, se­lon le prin­cipe d’une chaîne d’ex­cel­lence. Pas­cal Rund­stad­ler, ar­ti­san ma­ro­qui­nier aux ate­liers Her­mès, est en­tré dans la mai­son « à 14 ans et de­mi », il y a plus de trente ans. Au­jourd’hui res­pon­sable de l’ate­lier ré­pa­ra­tion, il ré­cep­tionne les sacs dé­po­sés dans les bou­tiques Her­mès du monde en­tier, puis en­voyés pour ré­pa­ra­tion à Pan­tin : « On com­mence par un diag­nos­tic, puis on fait un de­vis. L’ate­lier fait re­vivre 4 000 à 5 000 pièces par an, du mo­bi­lier à l’art de vivre. » En pas­sant, bien sûr, par la ma­ro­qui­ne­rie, des an­nées 1900 à nos jours. Dans une pe­tite pièce rem­plie de rou­leaux de cuir, les ar­chives re­montent jus­qu’en 1925. Pour les ré­pa­ra­tions, il va s’agir de trou­ver la peau la plus proche de celle d’ori­gine ou, si l’on n’en pos­sède plus d’échan­tillon (il fau­drait sto­cker plus de 1 500 types et cou­leurs de cuir), on le re­crée, à l’iden­tique, avec l’aide des tan­neurs de la mai­son.

SHER­LOCK HOLMES DU CUIR

Cette opé­ra­tion de ré­no­va­tion im­plique un mi­nu­tieux tra­vail d’in­ves­ti­ga­tion. « Pour res­tau­rer les sacs, on les “désha­bille”, ex­plique en­core Pas­cal Rund­stad­ler. Les clientes n’as­sument pas tou­jours de ré­vé­ler ce qui s’est vrai­ment pas­sé, mais, pour ôter une tache, on doit en connaître la cause. Nous avons par exemple ré­cep­tion­né un Bir­kin en cro­co lime sa­li par de la sauce so­ja, mais la cliente a d’abord feint d’igno­rer ce qui était ar­ri­vé. D’ex­pé­rience, nous sa­vons que les femmes mangent sou­vent des sa­lades au res­tau­rant, et nous ré­pa­rons de nom­breux in­ci­dents de vi­nai­grette ! » At­ten­tion à nos pe­tites né­gli­gences (et gros men­songes) : rien n’échappe à ces dé­tec­tives du luxe. « En ob­ser­vant son sac, on voit tout de suite si une cliente ferme ou non les deux san­glons, si elle porte son Kel­ly ou­vert et même si elle ap­plique beau­coup de crème sur ses mains.

AR­CHIVES Des cen­taines de rou­leaux de peaux sont sto­ckés à la dis­po­si­tion des ar­ti­sans spé­cia­li­sés.

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