ATE­LIERS

C’est à Pan­tin, près de Pa­ris, que chaque ar­ti­san prend en charge la ré­pa­ra­tion des pièces de ma­ro­qui­ne­rie de la mai­son.

Madame Figaro - - News / Reportage -

Nous ins­tau­rons un dia­logue avec le ser­vice après-vente, qui ques­tionne la bou­tique, qui re­vient vers la cliente. » Sac en tau­rillon jaune d’or po­sé trop près d’une che­mi­née qui re­vient noir de suie et avec le cuir rai­di, Bir­kin écra­sé par une trace de pneu, et, dans des cas ex­trêmes, des pièces qui ar­rivent en char­pie : l’ate­lier de ré­pa­ra­tion les re­met à neuf. Et lorsque nour­rir, re­teindre, re­coudre et bi­chon­ner le cuir ne suf­fit pas, pour rem­pla­cer un mor­ceau de cuir, l’ate­lier contacte le Con­ser­va­toire des créa­tions, où toutes les his­toires des sacs sont ar­chi­vées. « Quand un cuir est re­ti­ré de l’offre de la mai­son, on garde les peaux res­tantes pour les ré­pa­ra­tions fu­tures. »

GRIGRIS

So­phie Lam­bert, ar­ti­san ma­ro­qui­nier aux ate­liers Her­mès, dé­pique un mo­dèle Pa­lon­nier vin­tage des an­nées 1950, en cuir rouge de cro­co­dile. Au pre­mier coup d’oeil, elle diag­nos­tique que ce sac a été soi­gné. « Je vais chan­ger la bi­jou­te­rie, fa­çon­ner une nou­velle poi­gnée, tout en me cal­quant sur les gestes de l’époque mais in­ter­pré­tés avec les pro­ces­sus d’au­jourd’hui. » Dans les poches in­té­rieures des sacs qu’on lui a confiés, elle a dé­jà re­trou­vé de vieilles pho­tos en noir et blanc, des cou­pures de jour­naux, des épingles à chi­gnon, des grigris, des limes à ongles, de la mon­naie – an­ciens francs ou de­vises étran­gères – et même des pas­se­ports. « Après la res­tau­ra­tion, nous re­met­tons tout ce que nous avons trou­vé à l’in­té­rieur, nous res­ti­tuons le sac avec son conte­nu sen­ti­men­tal et his­to­rique. » So­phie le res­sent, après trente-cinq ans de mai­son : « Les émo­tions se trans­mettent dans les ob­jets, sans qu’on ait be­soin de ren­con­trer les gens qui les ont pos­sé­dés. Au bout du compte, c’est le sac lui-même qui livre ses se­crets. »

ÉMO­TION PURE

So­phie Lam­bert est consciente qu’elle rend aus­si aux clients une part de leur hé­ri­tage : « Le re­gard n’est pas le même que lorsque l’on fa­brique un sac neuf, qui est comme un nou­veau-né. Nous avons entre les mains le sort d’une pièce qui a vé­cu, et quelque chose nous lie. » L’ob­jec­tif n’est pas de res­ti­tuer l’ob­jet comme neuf, mais tel qu’il a été ai­mé : on res­pecte, en nuances de cou­leurs, le temps qui est pas­sé. Par­fois, l’ate­lier hé­site sur une pièce très vé­tuste, qui a moi­si dans un gre­nier pen­dant des di­zaines d’an­nées, mais le client in­siste (« Il était à ma grand­mère, c’est pour ma fille qui va se ma­rier… »). Une re­mise à neuf est vir­tuel­le­ment im­pos­sible à réa­li­ser, mais les ar­ti­sans ac­com­plissent des prouesses. Pour Pas­cal Rund­stad­ler, c’est une forme de par­tage : « Les clients viennent de plus en plus faire res­tau­rer leur sac. Pour eux, c’est de l’émo­tion pure. Alors, pour nous aus­si. C’est un juste re­tour des choses. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.