San­té Foe­tus sous haute sur­veillance

Magicmaman - - Sommaire - par Claude de Faÿ

Vous en avez as­sez des consul­ta­tions et des exa­mens qui ja­lonnent votre gros­sesse ? Ré­jouis­sez-vous, c’est aus­si de la bonne crois­sance et de la san­té de votre bé­bé dont on s’as­sure ! Ce qu’il faut sa­voir. Avec la Dre So­phie Del­tombe, gy­né­co­logue-obs­té­tri­cienne

Pour s’as­su­rer du bon dé­rou­le­ment de la gros­sesse et pré­ve­nir tant que pos­sible tout in­ci­dent ou accident dans le dé­ve­lop­pe­ment du bé­bé (et la san­té de sa ma­man !), les pro­fes­sion­nels de la nais­sance dis­posent de sept ren­dez-vous (au moins) avec leurs pa­tientes au rythme d’un par mois et d’une batterie d’exa­mens. Par­mi eux, me­sure de la hau­teur uté­rine, Dop­pler, prises de sang, écho­gra­phies, pré­lè­ve­ments… Le fu­tur bé­bé est exa­mi­né sous toutes les cou­tures !

LA ME­SURE DE LA HAU­TEUR UTÉ­RINE. BON POIDS, BELLE CROIS­SANCE

C’est l’un des ri­tuels des sept consul­ta­tions pré­na­tales. Le mètre de cou­tu­rière (le même que ce­lui de votre mère : on n’a en­core rien trou­vé de mieux) est sys­té­ma­ti­que­ment uti­li­sé en dé­but de consul­ta­tion par le pro­fes­sion­nel. Il per­met de me­su­rer la hau­teur uté­rine, c’est-à-dire la dis­tance entre le pu­bis et le fond de l’uté­rus. Que cherche la sage-femme ou le gy­né­co­logue? A s’as­su­rer du

vo­lume uté­rin qui se­ra le re­flet du poids du bé­bé et de la quan­ti­té de li­quide am­nio­tique.

La va­leur re­le­vée est com­pa­rée à la va­leur stan­dard. Sa va­leur est plus haute que la va­leur stan­dard ? Le vo­lume de li­quide am­nio­tique est peut-être trop im­por­tant ou le foe­tus un peu gros, c’est pos­si­ble­ment un signe de dia­bète pour sa ma­man. Peut-être pré­voi­ra-t-on un ac­cou­che­ment avant le terme afin d’évi­ter qu’il ne gros­sisse da­van­tage.

Si la va­leur est plus basse, il peut s’agir d’un re­tard de crois­sance. Si tel est le cas, une écho­gra­phie s’en as­su­re­ra.

LE DOP­PLER. DES BAT­TE­MENTS DE COEUR AU RYTHME RÉ­GU­LIER

Le Dop­pler – un ap­pa­reil à ul­tra­sons – fait aus­si par­tie des in­con­tour­nables ri­tuels des consul­ta­tions pré­na­tales. Pen­dant quelques se­condes, la sage-femme ou le gy­né­co écoute le coeur de votre bé­bé qui bat dès la 4e se­maine de gros­sesse. Ses pul­sa­tions sont plus ra­pides que celle d’un adulte, entre 120 et 160 bat­te­ments par mi­nute. Au moindre doute et pour dé­pis­ter une éven­tuelle ano­ma­lie, un mo­ni­to­ring et/ou une écho­gra­phie se­ront pres­crits se­lon l’avan­cée de votre gros­sesse.

LES PRISES DE SANG. LE DÉ­PIS­TAGE DES INFECTIONS

A votre pre­mière consul­ta­tion pré­na­tale – avant trois mois de gros­sesse ré­vo­lus – une prise de sang per­met­tra de re­cher­cher les ag­glu­ti­nines ir­ré­gu­lières (lire pa­ra­graphe sui­vant) et de dé­pis­ter cer­taines infections qui pour­raient être trans­mises à votre en­fant. Ce se­ra éga­le­ment l’oc­ca­sion de vé­ri­fier votre groupe san­guin - à moins que vous n’ayez une carte de groupe va­lable et ré­cente. LA RUBÉOLE. Ce dé­pis­tage est obli­ga­toire. En prin­cipe, les fu­tures mères sont im­mu­ni­sées car vac­ci­nées. Lorsque la sé­ro­lo­gie est né­ga­tive, une prise de sang chaque mois jus­qu’au 5e mois de gros­sesse contrô­le­ra que la mère n’a pas contrac­té la ma­la­die. Au-de­là de cette date, elle n’est plus dan­ge­reuse pour le foe­tus. La mère se­ra vac­ci­née après l’ac­cou­che­ment. LA TOXOPLASMOSE. Ce dé­pis­tage est obli­ga­toire. Lorsque la sé­ro­lo­gie est né­ga­tive (vous n’avez pas d’an­ti­corps), une prise de sang chaque mois jus­qu’à l’ac­cou­che­ment contrô­le­ra que vous n’avez pas contrac­té la ma­la­die. Si tel est le cas, il fau­dra prendre des pré­cau­tions ali­men­taires – pas de viande crue mais bien cuite, la­vage soi­gneux des lé­gumes et des fruits, dé­lé­ga­tion du chan­ge­ment de la li­tière du chat si vous en avez un, et jar­di­nage avec des gants. LA SYPHILIS. Ce dé­pis­tage est obli­ga­toire, ne croyez pas que cette ma­la­die soit d’un autre âge ! Sexuel­le­ment trans­mis­sible, elle peut se transmettre de la mère à l’en­fant. Lorsque l’in­fec­tion est confir­mée, un trai­te­ment par pé­ni­cil­line est pres­crit.

LE VIH. Ce dé­pis­tage n’est pas obli­ga­toire mais re­com­man­dé. Si la fu­ture ma­man est sé­ro­po­si­tive, elle re­ce­vra un trai­te­ment an­ti­vi­ral le plus tôt pos­sible (après l’ac­cou­che­ment aus­si) et se­ra adres­sée à un centre de ré­fé­rence pour y être sui­vie. Les traitements ont ➥

Sept consul­ta­tions pré­na­tales et une batterie d’exa­mens s’as­surent de la san­té de votre bé­bé.

per­mis de bais­ser le risque de trans­mis­sion de la mère à l’en­fant à 0,5 %. A sa nais­sance, le bé­bé re­ce­vra éga­le­ment un trai­te­ment an­ti­ré­tro­vi­ral en at­ten­dant de sa­voir s’il est at­teint ou pas.

L’HÉPATITE B. Ce dé­pis­tage, à six mois de gros­sesse, est obli­ga­toire. La trans­mis­sion est rare mais peut se faire en fin de gros­sesse ou pen­dant l’ac­cou­che­ment. A sa nais­sance, le bé­bé d’une ma­man por­teuse re­ce­vra des im­mu­no­glo­bu­lines – pour neu­tra­li­ser la pré­sence éven­tuelle du vi­rus – et une vac­ci­na­tion.

À LA RE­CHERCHE DES AG­GLU­TI­NINES IR­RÉ­GU­LIÈRES

Sous ce nom bar­bare se cachent des éven­tuelles com­pli­ca­tions dues au fac­teur Rhé­sus. Elles ne concernent que les femmes de Rhé­sus né­ga­tif ayant un conjoint de Rhé­sus po­si­tif. Le bé­bé est alors soit po­si­tif, soit né­ga­tif. Quand il est de Rhé­sus po­si­tif, et seule­ment dans ce cas, il peut exis­ter une in­com­pa­ti­bi­li­té san­guine entre la mère et son en­fant. A la fa­veur d’un trau­ma­tisme, d’un dé­col­le­ment du pla­cen­ta, d’une am­nio­cen­tèse, etc., et même par­fois spon­ta­né­ment, des glo­bules rouges du foe­tus peuvent en­trer dans la cir­cu­la­tion san­guine de sa mère. Ces glo­bules rouges se­ront re­con­nus comme étran­gers par l’or­ga­nisme ma­ter­nel qui pro­duit alors des an­ti­corps ap­pe­lés ag­glu­ti­nines ir­ré­gu­lières. Ces der­niers sont sus­cep­tibles de dé­truire les glo­bules rouges du foe­tus, et de pro­vo­quer entre autres une grave ané­mie. Le risque aug­mente au fur et à me­sure des gros­sesses.

Ces der­nières an­nées, faute de sa­voir si le bé­bé était de Rhé­sus po­si­tif ou de Rhé­sus né­ga­tif, toutes les fu­tures mères de Rhé­sus né­ga­tif ayant un conjoint de Rhé­sus po­si­tif re­ce­vaient une in­jec­tion de gam­ma­glo­bu­lines an­ti-D pour em­pê­cher la fa­bri­ca­tion des an­ti­corps ma­ter­nels. De­puis fin 2017, et sur re­com­man­da­tion du Col­lège na­tio­nal des gy­né­co­logues et obs­té­tri­ciens de France, une prise de sang per­met de connaître dès la 11e se­maine d’amé­nor­rhée le groupe san­guin du foe­tus. Il est de Rhé­sus né­ga­tif? La sur­veillance est in­utile ain­si que la vac­ci­na­tion pré­ven­tive de la mère. De Rhé­sus po­si­tif? Elle re­çoit une in­jec­tion de gam­ma­glo­bu­lines au 6e mois de gros­sesse (avant si elle re­çoit un coup, saigne, etc.). Ain­si, son sys­tème im­mu­ni­taire ne peut plus nuire au bé­bé.

Un test se­ra ef­fec­tué après l’ac­cou­che­ment afin de dé­ce­ler une éven­tuelle et im­por­tante pré­sence de l’ADN du foe­tus dans le sang ma­ter­nel. Au­quel cas, la mère re­ce­vra une deuxième in­jec­tion de gam­ma­glo­bu­lines.

LES ÉCHO­GRA­PHIES. EMBRYON ET FOE­TUS EN DÉ­TAIL

Trois écho­gra­phies sont re­com­man­dées pen­dant la gros­sesse et rem­bour­sées par la Sé­cu­ri­té so­ciale – à 70 % les deux pre­mières et à 100 % la troi­sième. Elles sont un for­mi­dable ou­til de sur­veillance de la gros­sesse et de dé­pis­tage des mal­for­ma­tions.

La 1re vers 12 SA. Elle per­met d’ap­pré­cier la vi­ta­li­té de l’embryon, de da­ter la gros­sesse et donc d’éva­luer la date théo­rique du terme, de diag­nos­ti­quer une gros­sesse mul­tiple et de me­su­rer l’épais­seur de la nuque (ou clar­té nu­cale, un des moyens de dé­pis­ter la tri­so­mie 21, lire plus bas «L’éva­lua­tion du risque de la tri­so­mie 21 »). La 2e vers 22 SA, ou écho­gra­phie mor­pho­lo­gique. A ce stade, le foe­tus est com­plè­te­ment formé. L’écho­gra­phiste peut donc ob­ser­ver en dé­tail chaque or­gane et dé­ce­ler d’éven­tuelles ano­ma­lies. Il vé­ri­fie éga­le­ment la crois­sance et le dé­ve­lop­pe­ment du foe­tus par des me­sures (ab­do­men, tho­rax, lon­gueur des os, etc.), l’em­pla­ce­ment du pla­cen­ta et la quan­ti­té

de li­quide am­nio­tique. Il peut éga­le­ment si vous en faites la de­mande ré­vé­ler le sexe de l’en­fant.

La 3e vers 32 SA. Der­nière écho­gra­phie en vue de l’ac­cou­che­ment ! L’écho­gra­phiste contrôle la po­si­tion du foe­tus, éva­lue son poids, vé­ri­fie la lo­ca­li­sa­tion du pla­cen­ta et les or­ganes. Il com­pare les me­sures à celles faites lors de la deuxième écho­gra­phie.

L’ÉVA­LUA­TION DU RISQUE DE LA TRI­SO­MIE 21

La tri­so­mie 21 est une ano­ma­lie chro­mo­so­mique qui at­teint le foe­tus et aug­mente avec l’âge de la mère – 1 risque sur 1500 à 20 ans, 1 sur 250 à 38 ans, 1 sur 64 à 42 ans. Le dé­pis­tage, non obli­ga­toire, est pro­po­sé à toutes les femmes en­ceintes et réa­li­sé au pre­mier tri­mestre de la gros­sesse. Il a ré­cem­ment évo­lué avec l’ar­ri­vée du DPNI, ou dé­pis­tage pré­na­tal non in­va­sif. C’est un test gé­né­tique qui re­cherche la re­pré­sen­ta­tion du chro­mo­some 21 dans l’ADN libre du foe­tus cir­cu­lant dans le sang ma­ter­nel. La fia­bi­li­té du DPNI est de plus de 99 % et son ob­jec­tif est de li­mi­ter les am­nio­cen­tèses.

Il n’est, pour le mo­ment, pas rem­bour­sé par la Sé­cu­ri­té so­ciale. Quelques hô­pi­taux seule­ment – dont ceux de l’AP-HP (As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris) –, le prennent en charge. Si­non, c’est aux fu­turs pa­rents de s’en ac­quit­ter. Il coûte 380 à 390 €. Plu­sieurs étapes sont né­ces­saires : • La me­sure de la clar­té nu­cale ef­fec­tuée à la pre­mière écho­gra­phie. Plus la nuque du foe­tus est épaisse, plus le risque de tri­so­mie 21 est éle­vé. • La me­sure des mar­queurs sé­riques dé­tecte la pré­sence dans le sang de cer­taines hor­mones (HCG PAPP-A). Elle est réa­li­sée au pre­mier tri­mestre à la même pé­riode que la clar­té nu­cale.

• Les deux me­sures (clar­té nu­cale + mar­queurs sé­riques) sont com­bi­nées à l’âge de la fu­ture mère. Lorsque le risque de tri­so­mie 21 est com­pris entre 1/1 000 et 1/250, il est dit in­ter­mé­diaire. On pro­pose alors à la fu­ture ma­man un DPNI qui, si le risque est confir­mé, se­ra sui­vi d’une am­nio­cen­tèse (ou d’une biop­sie du tro­pho­blaste) pour po­ser le diag­nos­tic de tri­so­mie 21. Lorsque le risque est com­pris entre 1/50 et 1/250, on pro­pose à la fu­ture mère soit un DPNI, soit di­rec­te­ment une am­nio­cen­tèse. Lorsque le risque est su­pé­rieur à 1/50 (donc 1/49, 1/48, etc.), une am­nio­cen­tèse est alors pro­po­sée d’em­blée. ✪

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