La grande ques­tion

Dès qu’on pro­nonce le mot al­lai­te­ment, les es­prits s’échauffent. Alors, que dire de l’al­lai­te­ment long, pas­sé l’âge de 1 an ? Les femmes qui le pra­tiquent s’at­tirent par­fois la vin­dicte po­pu­laire. A-t-il une rai­son d’être ?

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Al­lai­te­ment après 1 an. Pour ou contre ?

L’al­lai­te­ment au sein a tou­jours dé­chaî­né les pas­sions. Qu’ils aient été al­lai­tés ou pas, qu’elles aient don­né le sein ou non à leur en­fant, qu’ils «ac­ceptent» ou pas que leur com­pagne le fasse, tous s’ar­rogent le droit de don­ner leur avis. Lorsque ce­la concerne les nour­ris­sons de moins de 6 mois, cha­cun s’en ac­com­mode (ou se cache les yeux !). Après 6 mois, les langues se dé­lient da­van­tage avant de s’em­bal­ler pas­sé l’âge de 12 mois, et fu­rieu­se­ment au-de­là de 18. Peut-on en­core al­lai­ter son en­fant après 1 an ? Deux pros de l’al­lai­te­ment nous livrent leurs pistes de ré­flexion. «UNPETITHUMAIN DEBOUTNETÈTEPLUS SAMÈRE» Maud Bog­gio, sage-femme

On ne re­vient pas sur le fait que le lait de la mère est ce qu’il y a de mieux pour son bé­bé jus­qu’à l’âge de 6 mois. Après cette date, il est re­com­man­dé de di­ver­si­fier l’ali­men­ta­tion du nour­ris­son, de lui ap­por­ter d’autres ali­ments né­ces­saires à son bon dé­ve­lop­pe­ment. Le lait de sa ma­man ne lui suf­fit plus. Lors­qu’un en­fant ac­quiert la marche, c’est une grande

étape dans son dé­ve­lop­pe­ment psy­cho­mo­teur. J’ai beau­coup étu­dié cer­taines ci­vi­li­sa­tions tra­di­tion­nelles, dont celle des Amé­rin­diens. Ils disent, peu ou prou, que «lorsque le pe­tit hu­main marche, il ne doit plus té­ter sa mère ». Je fais mienne cette phrase, qui me semble lo­gique. Sans mau­vais jeu de mots, l’en­fant est en marche. Vers quoi ? Son au­to­no­mie. Car ap­prendre à marcher, c’est al­ler vers l’ex­té­rieur, le monde. Ce n’est plus être tour­né (es­sen­tiel­le­ment) vers l’in­té­rieur, en l’oc­cur­rence les bras de sa mère, le centre du monde du tout-pe­tit. Il me semble que son se­vrage de­vrait être ef­fec­tif, entre 12 et 18 mois. L’al­lai­te­ment tar­dif n’est pas une ou­ver­ture vers les autres. En Afrique, me di­rez-vous, l’en­fant est al­lai­té tard. Alors, pour­quoi pas chez nous ? La ci­vi­li­sa­tion afri­caine n’est pas la nôtre ! Peut-être es­saie-t-on de se cal­quer des­sus mais la

France n’est pas l’Afrique, on n’y vit pas pa­reil. En Afrique, l’en­fant est ac­cro­ché à sa mère, il ne la lâche pas. Elle le porte dans son dos, dort avec lui. Les femmes qui vivent de fa­çon tra­di­tion­nelle n’ont pas de vie sexuelle tant que l’en­fant tète leur sein. Il n’est pas sain pour un en­fant d’être

al­lai­té (trop) tard. J’ai sou­ve­nir d’avoir as­sis­té un jour à une scène qui m’a cho­quée et que j’ai consi­dé­rée comme une agres­sion. Dans une réunion à la­quelle j’as­sis­tais, un pe­tit gar­çon de 5 ans s’est pré­ci­pi­té sur sa mère, a sou­le­vé son T-shirt, dé­gra­fé son sou­tien-gorge et a té­té. Fa­çon « open bar », sans lui de­man­der son avis. Cette ma­man lui a don­né des droits qu’il n’a pas (par rap­port à son corps à elle). Ce­la ins­talle dans son es­prit une mau­vaise image des femmes (qui ac­ceptent sans bron­cher). Et ce, d’au­tant plus si c’est un gar­çon. De plus, ne risque-t-il pas plus tard d’être « col­lé » à sa mère ? On le sait, il est dif­fi­cile de faire le deuil de l’al­lai­te­ment, de la ma­ter­ni­té, d’une par­tie de sa vie. C’est né­ces­saire pour­tant, pour le bien de son en­fant. La mère qui al­laite très tardivement n’est-elle pas dans cer­tains cas et en par­tie dans le re­fus du temps qui passe et de vieillir? Par ailleurs, le coal­lai­te­ment me gêne, al­lai­ter un grand en­fant alors qu’on en at­tend un autre n’est pas phy­sio­lo­gique. Le lait change de na­ture et se pré­pare à nour­rir un nou­veau-né. Sans comp­ter que, en al­lai­tant, la fu­ture mère sé­crète de l’ocy­to­cine, une hor­mone qui donne des contrac­tions. Ce­la pour­rait nuire au foe­tus.

L’OMS (Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té) re­com­mande vi­ve­ment l’al­lai­te­ment ma­ter­nel ex­clu­sif pen­dant les six

pre­miers mois sui­vant la nais­sance. « Par la suite, en fonc­tion de l’évo­lu­tion de ses be­soins nu­tri­tion­nels, le nour­ris­son doit re­ce­voir des ali­ments com­plé­men­taires sûrs et adé­quats sur le plan nu­tri­tion­nel tout en conti­nuant d’être al­lai­té jus­qu’à l’âge de 2 ans ou plus.» Du point de vue nu­tri­tion­nel, le lait ma­ter­nel reste in­té­res­sant quel que soit l’âge de l’en­fant qui le boit : il ne de­vient pas de l’eau ! Pour­quoi pas­ser au lait de vache alors que le lait de sa mère reste sans conteste un ali­ment de pre­mier choix? Dit-on aux mères qui nour­rissent leur bé­bé au bi­be­ron après 1 an qu’il y a une li­mite d’âge pour l’uti­li­ser ?

Concer­nant la re­la­tion mère-en­fant, au­cune étude épi­dé­mio­lo­gique n’a ja­mais dé­mon­tré que les en­fants al­lai­tés au sein sur une longue pé­riode n’al­laient pas bien et de­ve­naient des ados et des adultes mal dans leur peau. Il me semble que le « dis­cours psy » dont on nous re­bat les oreilles im­prègne tout le sec­teur de la pe­tite en­fance. J’en veux pour preuve un ar­ticle pa­ru en 2008 dans la re­vue Le Di­van fa­mi­lial. Voi­ci quelques phrases lues au su­jet de l’al­lai­te­ment long : « né­ga­tion de la cou­pure du cordon om­bi­li­cal», « ex­clu­sion du tiers dans la re­la­tion », « sé­duc­tion nar­cis­sique de la mère à l’égard de l’en­fant », etc. Une mère ayant des re­la­tions mal­saines avec son en­fant, un père écarté du duo, un en­fant qui va mal, ça existe certes. Les psy­cho­logues en cô­toient cer­tai­ne­ment mais pour­quoi tout mettre sur le dos de l’al­lai­te­ment long s’il s’avère que ce­lui-ci a eu lieu ? Quand on a été lon­gue­ment al­lai­té au sein, on ne de­vient pas pour au­tant anor­mal, in­adap­té so­cia­le­ment ou avec des pro­blèmes de lan­gage, etc. Les psy­cho­logues ne voient pas les en­fants qui vont bien. L’al­lai­te­ment long, ce n’est pas un en­fant ac­cro­ché au

sein de sa mère toute la jour­née. Lorsque c’est fait en pu­blic, je peux com­prendre que ce­la puisse cho­quer cer­taines per­sonnes – même s’il n’y a évi­dem­ment au­cune honte à avoir pour celles qui le pra­tiquent. L’en­fant ne tète par­fois que quelques se­condes par 24 heures et sou­vent en pri­vé. Par ailleurs, on ne choi­sit gé­né­ra­le­ment pas d’em­blée d’al­lai­ter sur le long terme, ce­la se fait au jour le jour en fonc­tion de l’en­fant (qu’on ne peut pas obli­ger à té­ter) et de sa mère. On parle « d’al­lai­te­ment à l’amiable ». Rap­pe­lons que l’al­lai­te­ment long est bé­né­fique pour la

san­té. Il pro­tège l’en­fant des infections di­ges­tives, res­pi­ra­toires, pré­vien­drait l’asthme et l’obé­si­té, etc., pour ne ci­ter que ce­la. Concer­nant la mère, al­lai­ter son en­fant sur la du­rée (plus d’un an) se­rait éga­le­ment bé­né­fique: le risque de dé­ve­lop­per un can­cer du sein est plus bas. Même chose pour le risque de dia­bète de type 2.

«LELAITDELAMÈRE RESTEUNALIMENTDE PREMIERCHOIX» Claude Di­dier­jean-Jou­veau, ani­ma­trice LLL, au­teure de Al­lai­ter plus long­temps, édi­tions Jou­vence

5,3 %des en­fants sont en­core al­lai­tés à l’âge de 1 an.

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