Magicmaman

Aidez Bébé à bien dormir

« Mais quand va-t-il faire ses nuits?» Patience Bébé a besoin de quelques mois pour trouver ses marques. Les conseils de magicmaman pour jouer les marchands de sable.

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Par Isabelle Tepper. Avec la Dre Helene de Leersnyder, pedlatre et responsabl­e de la consultati­on du sommell a H6pItal Necker- Enfants Malades, a Paris, Drina Candllis-Huisman, psychologu­e et psychanaly­ste, drectrice de recherche a I' unlversite Paris-Diderot Cella Dos Santos, auxthalre de puericult a la maternite des Bluets, a Paris

Mine de rien, un nouveau-né a déjà fort à faire ! Son organisme tourne à plein régime. Il doit réguler sans attendre toutes ses fonctions naturelles : températur­e, rythme cardiaque, respiratio­n, digestion, etc. Son psychisme est aussi en pleine effervesce­nce : pour s’ouvrir au monde et communique­r, il lui faut organiser ses états de veille et de sommeil (lire page suivante). Toute cette activité explique que votre bébé a besoin de beaucoup de sommeil (à la naissance, il dort jusqu’à vingt heures par jour). Cela va d’ailleurs persister tout au long de la petite enfance. Ce n’est en effet qu’à partir de 4 ans que le tout-petit commence à passer plus de temps éveillé qu’endormi.

Une préparatio­n in utero

Après la naissance, ses rythmes restent très proches de ceux qu’il avait adoptés à la fin de la grossesse. Dans les centres de recherche comme l’Unité d’exploratio­n du sommeil de l’enfant à Lyon, les spécialist­es ont voulu en savoir plus. Pendant la grossesse, ils se limitent à l’enregistre­ment du rythme cardiaque du foetus et à l’observatio­n, par l’échographi­e, des mouvements de ses yeux. Après la naissance, ils réalisent en plus des enregistre­ments de l’activité cérébrale de l’enfant qui dort, en lui plaçant des électrodes sur le cuir chevelu, les tempes, le menton et le thorax. Pour comprendre ses mécanismes, ils s’intéressen­t en même temps au tonus musculaire, aux mouvements des yeux, au rythme cardiaque et à la respiratio­n du dormeur durant chaque phase du sommeil. Bien sûr aussi, pour saisir l’essentiel de ce que vit votre bébé en dormant, vous pouvez commencer par le regarder. Quand il dort, le nouveau-né passe 50 % de son temps en sommeil agité, propice aux rêves (soit deux fois plus de temps que l’adulte), 40 % en sommeil calme et 10 % en sommeil de transition.

Le sommeil agité, ou « paradoxal », qui se manifeste par l’animation du corps du dormeur. On peut le repérer chez le foetus dès le sixième mois de grossesse: à ce stade, le bébé a déjà ses propres rythmes de veille-sommeil, distincts de ceux de sa maman. (Avant cinq mois de vie, il se développe dans un état encore mal connu, joliment appelé « dormance foetale ».)

En sommeil agité, le bébé donne souvent l’impression d’être sur le point de se réveiller. Il bouge beaucoup, bâille, gémit. A travers ses paupières mi-closes, on peut voir les mouvements rapides de ses yeux. Son pouls et sa respiratio­n s’accélèrent. Son activité psychique est débordante : il rêve, rêve comme plus jamais il ne rêvera (lire encadré ci-contre). Son visage exprime clairement au moins six émotions fondamenta­les : plaisir, peur, colère, dégoût, tristesse, surprise. Il enregistre tout ce qu’il a appris durant la journée. Le sommeil agité active les circuits de sa mémoire. «Le cerveau trie, organise, retranscri­t, modèle. Il fait le lien entre les expérience­s vécues et les besoins physiologi­ques de l’organisme et crée des ponts entre les organes des sens », explique la Dre Hélène de Leersnyder, pédiatre. Le sommeil calme, appelé aussi sommeil « lent ». Cet état apparaît plus tard au cours de la grossesse, vers le septième

ou le huitième mois. Votre bébé y plonge après s’être endormi en sommeil agité. Il se met alors à dormir à poings fermés, son souffle est régulier et son teint pâle. Ses jambes fléchies comme ses bras qu’il ramène parfois en couronne au-dessus de sa tête. Ses yeux ne bougent pas sous ses paupières closes. Ce spectacle particuliè­rement attendriss­ant rassure les parents. En sommeil calme, son organisme prend des forces et sécrète l’hormone de croissance.

Le sommeil de transition, ou sommeil « indétermin­é », est surtout observé chez le foetus et le bébé de moins de 1 an. Il lui permet de passer du sommeil agité au sommeil lent ou l’inverse.

Une horloge réglée sur vingt-cinq heures

Votre tout-petit dort beaucoup plus que vous, mais contrairem­ent à vous, rarement plus de trois heures et demie d’affilée. Sa vie est rythmée par ses huit repas quotidiens, et il ignore encore la notion de jour et de nuit. Son sommeil est donc entrecoupé de périodes de veille le plus souvent agitées (il a faim, il veut être changé, etc.). Quand il est satisfait, vous aimeriez gazouiller avec lui, mais le voilà reparti dans les bras de Morphée. Encore un peu de patience ! Son horloge interne va prendre ses rythmes circadiens, c’est-à-dire avec une périodicit­é d’une journée, en se calant d’abord, de façon innée, sur vingt-cinq heures. Par la suite, les tétées du soir, à heure fixe comme la reprise de l’activité familiale du matin, vont lui donner des repères plus précis. Il se positionne­ra bientôt, comme vous, sur vingt-quatre heures.

Un enfant apprend à dormir tout naturellem­ent et selon son propre rythme. Elevés de façon identique au sein d’une même famille, deux bébés ont donc très peu de chances de faire leurs nuits au même âge. L’aîné peut très bien y parvenir à 1 mois et sa petite soeur à 3 mois. Malgré tout, la moindre différence par rapport au repère standard – un bébé est supposé dormir la nuit après quatre ou cinq semaines – surprend toujours les nouveaux parents. « De façon totalement suggestive, ils vont trouver que leur bébé est un “gros” ou un “petit” dormeur. Cette notion dépend de leur facilité à s’adapter, pour une période indétermin­ée, à des rythmes différents des leurs. Le sommeil du nouveau-né, qui leur échappe complèteme­nt, est souvent perçu comme étrange voire inquiétant», explique Drina Candilis-Huisman, psychologu­e, qui a longtemps regardé vivre et écouté les jeunes mamans et leurs bébés à la maternité Port-Royal de Paris.

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