Tout sa­voir sur le dia­bète in­fan­tile

Le dia­bète ne touche pas que les adultes, il peut ap­pa­raître très tôt dans la vie, dès l’âge de 7 mois. Est-ce grave ? A quoi le re­con­naît-on ? Comment se soigne-t-il ? Les ex­pli­ca­tions de notre spé­cia­liste.

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Avec la Dre Fa­bienne Dal­la-Vale, pé­diatre dia­bé­to­logue au CHU de Mont­pel­lier.

C’EST QUOI LE DIA­BÈTE ?

Le dia­bète est une ma­la­die du mé­ta­bo­lisme du sucre qui se dé­fi­nit par un taux anor­ma­le­ment éle­vé de sucre dans le sang – qui passe en­suite dans les urines. C’est une ma­la­die au­to-im­mune, ce qui si­gni­fie que le sys­tème im­mu­ni­taire ré­agit contre ses propres cel­lules car il les consi­dère comme des en­ne­mies. Consé­quence ? Les cel­lules qui se­crètent l’hor­mone in­su­line dans le pan­créas sont dé­truites. Il y a donc une ca­rence to­tale, or le corps ne peut pas se pas­ser de cette hor­mone. Le dia­bète de l’en­fant est ce­lui de type 1 ou in­su­li­no­dé­pen­dant. Son ap­pa­ri­tion n’a donc rien à voir avec le fait de man­ger trop de sucre comme on le croit trop sou­vent. Le dia­bète de type 2 est lui aus­si ca­rac­té­ri­sé par un dé­faut de sé­cré­tion de l’in­su­line, mais il touche très peu les en­fants. Il est lié à l’obé­si­té dans la ma­jeure par­tie des cas, à la sé­den­ta­ri­té et à l’avan­cée en âge.

SAIT-ON COM­BIEN D’EN­FANTS SONT TOU­CHÉS EN FRANCE EN 2018 ?

Mal­heu­reu­se­ment, il n’existe pas de re­cueil épi­dé­mio­lo­gique. On consi­dère qu’il y a ac­tuel­le­ment dans notre pays en­vi­ron 3,5 mil­lions de per­sonnes dia­bé­tiques, tous dia­bètes confon­dus, et en­vi­ron 20000 en­fants de moins de 16 ans. Par­mi ces 20 000 en­fants, 20 % ont moins de 6 ans, soit en­vi­ron 4 000. La moyenne d’âge de ré­vé­la­tion de la ma­la­die est à 7 ans et de­mi mais le dia­bète peut ap­pa­raître dès l’âge de 7 mois. Il n’est pas à pro­pre­ment par­ler une ma­la­die gé­né­tique mais à ca­rac­tère fa­mi­lial. Il est plus fré­quent dans une fa­mille dont une per­sonne (un père, une mère, un frère, une soeur avec qui nous par­ta­geons des gènes) souffre d’un dia­bète de type 1 que dans la po­pu­la­tion gé­né­rale. Nous nais­sons avec un ter­rain à risque ou pas… Et, mal­heu­reu­se­ment, il n’est pas pos­sible de pré­ve­nir le dia­bète.

CETTE MA­LA­DIE EST-ELLE EN AUG­MEN­TA­TION CHEZ LES EN­FANTS ?

Hé­las oui, le dia­bète in­fan­tile croît de + 3 % en Eu­rope chaque an­née. Il a dou­blé de­puis les an­nées 1980 sans que l’on sache vrai­ment pour­quoi. Le dia­bète de type 1 est, comme on l’a vu, une ma­la­die au­to-im­mune et cer­taines de ces ma­la­dies au­to-im­munes (dia­bète, al­ler­gies, asthme) sont en forte

aug­men­ta­tion dans les pays oc­ci­den­taux. L’hy­po­thèse est que ce sont des fac­teurs in­fec­tieux et en­vi­ron­ne­men­taux (en­té­ro­vi­rus, pol­luants, ali­men­ta­tion, etc.) en­core mal connus qui dé­clen­che­raient ces ma­la­dies.

QUELS SONT LES SYMP­TÔMES DU DIA­BÈTE CHEZ UN TOUT-PE­TIT ?

C’est un en­fant qui boit anor­ma­le­ment (à 4 ans, il peut boire jus­qu’à 3 litres d’eau par jour) parce qu’il a soif, et de plus en plus, et fait beau­coup pi­pi de jour comme de nuit. Un tout-pe­tit qui était propre peut se re­mettre à faire pi­pi dans sa cu­lotte. Et ce n’est pas parce qu’il boit beau­coup qu’il fait pi­pi mais parce qu’il fait pi­pi qu’il boit beau­coup… En ef­fet, le rein doit éli­mi­ner beau­coup d’eau pour di­luer le sucre dans l’urine. Alors le corps se déshy­drate et la soif se fait sen­tir. Si l’en­fant dia­bé­tique porte en­core des couches, elles sont très lourdes d’urine. S’il est plus grand, il ré­clame à boire très sou­vent, de­mande à sor­tir de classe, etc. Les autres signes sont une fa­tigue et une perte de poids. Tous ces symp­tômes peuvent être des in­dices d’un dia­bète ou d’une ma­la­die ré­nale. Con­sul­tez un pé­diatre ra­pi­de­ment.

COMMENT LE PÉ­DIATRE FAIT-IL LE DIAG­NOS­TIC DU DIA­BÈTE ?

A son ca­bi­net, en cinq mi­nutes. Lors­qu’on soup­çonne un dia­bète chez un en­fant, on uti­lise une ban­de­lette qui dé­tecte la pré­sence de sucre et d’acé­tone dans les urines, ain­si qu’un ap­pa­reil de gly­cé­mie ca­pil­laire qui pré­lève une goutte de sang et me­sure ain­si le taux de sucre. Lorsque la gly­cé­mie (le taux de sucre) est su­pé­rieure à 2 grammes/litre, c’est à coup sûr un dia­bète. Cette ma­la­die est simple à diag­nos­ti­quer mais les mé­de­cins n’y pensent pas tou­jours. Or dans le dia­bète de type 1 il peut y avoir une vraie ur­gence car cer­tains en­fants ar­rivent à l’hô­pi­tal en aci­do­cé­tose. C’est une élé­va­tion de l’aci­di­té du sang liée à l’ac­cu­mu­la­tion de sub­stances toxiques pour l’or­ga­nisme et de graves com­pli­ca­tions et un co­ma peuvent sur­ve­nir. Chaque an­née, plu­sieurs en­fants meurent en­core d’aci­do­cé­tose.

QUE SE PASSE-T-IL DÈS LORS QUE LE DIAG­NOS­TIC EST FAIT ?

L’en­fant est hos­pi­ta­li­sé pen­dant huit à dix jours et re­çoit de l’in­su­line en per­fu­sion puis par in­jec­tion au sty­lo ou par pompe sous-cu­ta­née. L’hos­pi­ta­li­sa­tion est né­ces­saire pour mettre en place le trai­te­ment adap­té à chaque en­fant en fonc­tion de son âge, de son poids et de son ali­men­ta­tion, et le fa­mi­lia­ri­ser ain­si que ses pa­rents à cette ma­la­die qui va l’ac­com­pa­gner sa vie du­rant. Car l’an­nonce du dia­bète est tou­jours un choc pour tous, il im­pli­que­ra des chan­ge­ments im­por­tants dans le quo­ti­dien de la fa­mille. Une équipe plu­ri­dis­ci­pli­naire est pré­sente – mé­de­cin, in­fir­mière, psy­cho­logue, dié­té­ti­cien – pour ex­pli­quer aux pa­rents les mé­ca­nismes du dia­bète, le trai­te­ment, les signes d’hy­po­gly­cé­mie, les be­soins de leur en­fant, les bé­né­fices de l’ac­ti­vi­té phy­sique, les mo­da­li­tés des in­jec­tions d’in­su­line, etc. C’est ce qu’on ap­pelle l’édu­ca­tion thé­ra­peu­tique. Un en­fant n’est pas au­to­nome et ne peut pas s’ap­pro­prier son trai­te­ment avant l’âge de 10 ans en­vi­ron.

EN QUOI CONSISTE LE TRAI­TE­MENT QUO­TI­DIEN ?

Il passe par un ap­port plu­sieurs fois par jour d’in­su­line par in­jec­tion sous-cu­ta­née à l’aide d’un sty­lo ou d’une pe­tite pompe (un pe­tit ca­thé­ter est alors glis­sé sous la peau) qui dé­livre la juste dose d’in­su­line. Avant chaque re­pas, les pa­rents me­surent la gly­cé­mie de leur en­fant – un cap­teur ré­cent, le Free­Style Libre, évite toute pi­qûre de contrôle. L’ap­port d’in­su­line doit cor­res­pondre aux quan­ti­tés de glu­cides que l’en­fant ab­sor­be­ra au re­pas. Par exemple, 20 g de pâtes = 10 g de glu­cides = tant d’in­su­line.

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