Dé­cou­verte Ap­pre­nez le lan­gage des pleurs

Dé­rou­té(e)s face aux larmes de Bé­bé? Pris­cil­la Duns­tan af­firme avoir dé­cou­vert le lan­gage uni­ver­sel des nour­ris­sons « mots » qui leur per­mettent d’ex­pri­mer faim, soif ou fa­tigue... 8oi­là qui risque de chan­ger la vie de nom­breux pa­rents.

Magicmaman - - Sommaire - Par Ju­lie Ca­ron.

Quel parent ne s’est pas re­trou­vé dé­mu­ni face à son bé­bé qui pleure sans trou­ver la so­lu­tion pour le cal­mer ? Vous avez es­sayé de le nour­rir, de lui faire faire son rot, de le cou­cher, rien n’y fait… Vous ai­me­riez tel­le­ment avoir la tra­duc­tion de ses cris pour par­ve­nir à com­prendre ce qu’il veut ex­pri­mer. Et si les bé­bés nous par­laient ? Dans son livre Il pleure, que dit-il ?*, Pris­cil­la Duns­tan af­firme avoir dé­co­dé leurs sons et ap­prend aux pa­rents à écou­ter leur en­fant pour dé­tec­ter ce dont il a vrai­ment be­soin. Mais quelle est sa tech­nique? Vu son par­cours, cette ma­man aus­tra­lienne sem­blait pré­des­ti­née à élu­ci­der le mys­tère des pleurs de bé­bé. Fille d’un psy­cho­logue in­fan­tile et d’une ma­man pro­fes­seure de mu­sique, elle a ap­pris le vio­lon dès 2 ans et se ré­vèle ca­pable quelques an­nées plus tard de re­jouer une so­nate en­ten­due une seule fois. Do­tée d’une oreille ab­so­lue, elle de­vient

can­ta­trice et af­firme re­con­naître dans l’in­flexion de voix de ses in­ter­lo­cu­teurs de nom­breux mes­sages ca­chés. Comment pleure Bé­bé ? A la nais­sance de son fils Tom, elle se trouve, comme tout parent, bien em­bê­tée face à ses pleurs. Mais grâce à son écoute ai­gui­sée, elle dé­tecte des sons qui re­viennent de fa­çon ré­cur­rente chez son lou­lou. Elle dé­cide de no­ter tout ce qu’elle en­tend quand son fils pleure et à quel be­soin ce son cor­res­pond. Elle réa­lise alors que lors­qu’il avait som­meil elle en­ten­dait «Aoh», par exemple. Sur­prise : en se ba­la­dant au su­per­mar­ché, elle réa­lise que les autres bé­bés pro­duisent les mêmes sons. Les nou­veau-nés par­le­raient-ils tous la même langue ? Elle pro­pose son lexique à ses amies ma­mans pour voir si son in­tui­tion est bonne. Ré­sul­tat? Des di­zaines de pa­rents en­fin sou­la­gés de com­prendre leur bé­bé.

Avant de com­prendre pourquoi, Pris­cil­la Duns­tan s’est at­ta­chée à sa­voir comment un bé­bé pleure. D’abord, le corps d’un nou­veau-né crée le ré­flexe na­tu­rel lié à son be­soin phy­sio­lo­gique, puis il ajoute le son d’un pleur ou d’un cri. La com­bi­nai­son des deux pro­duit une si­gna­ture so­nore, spé­ci­fique au be­soin res­sen­ti, qui s’ap­pa­rente à un « mot ». Par exemple, lors­qu’un bé­bé a be­soin de man­ger, son ré­flexe est la suc­cion. Quand il ajoute du son sur cette po­si­tion de la langue, cela gé­nère le son « nèh », équi­valent à « j’ai faim ». Une ori­gine phy­sio­lo­gique et non émo­tion­nelle Sou­te­nue par le la­bo­ra­toire de re­cherche de son père, l’uni­ver­si­té américaine Brown et un la­bo­ra­toire an­glais, Pris­cil­la Duns­tan ouvre alors un centre cli­nique pour va­li­der ses pré­misses et, du­rant treize ans, elle re­cueille dans sept pays, par­mi trente eth­nies, les sons des pleurs de plus de mille bé­bés. « Il m’a pa­ru évident que ces pleurs avaient, à l’in­verse des croyances tra­di­tion­nelles, une ori­gine phy­sique et non émo­tion­nelle. Aux temps pré­his­to­riques, les pleurs d’un nour­ris­son au­raient aler­té un pré­da­teur. La na­ture a contre­ba­lan­cé ce risque mor­tel avec une fonc­tion utile pour l’es­pèce hu­maine. Cela si­gni­fie né­ces­sai­re­ment que le cri contient une in­for­ma­tion sur le be­soin du bé­bé », écrit la cher­cheuse. Cette écoute est par­ti­cu­liè­re­ment utile du­rant les pre­miers mois de l’en­fant, de la nais­sance à en­vi­ron 4 mois. Après, si les pre­miers sons n’ont pas été iden­ti­fiés par les pa­rents et que ceux­ci n’ont pas pu ré­pondre aux be­soins de leur en­fant de fa­çon ef­fi­ciente, il cher­che­ra à com­mu­ni­quer au­tre­ment, par d’autres sons ou mi­miques… A l’in­verse – lorsque leurs pa­rents ont réus­si à ré­pondre ra­pi­de­ment à leur de­mande – cer­tains en­fants vont uti­li­ser ces sons jus­qu’à en­vi­ron 12 mois. Une vraie ré­vo­lu­tion pour les pa­rents, à tel point que cer­tains pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bre­tagne ont in­clus ce livre dans les cours de pré­pa­ra­tion à l’ac­cou­che­ment ou en ma­ter­ni­té. En France, l’ou­vrage in­tro­duit par Isa­belle Fillio­zat prend peu à peu ses marques, des ate­liers pri­vés sont or­ga­ni­sés çà et là. Des pa­rents plus dé­ten­dus En­ceinte de son qua­trième en­fant, Isa­belle Sa­lo­mon est du même avis. Cette ma­man a pris connais­sance de la mé­thode sur In­ter­net. Après avoir connu des dif­fi­cul­tés avec ses aî­nés, cette ac­com­pa­gnante fa­mi­liale a dé­ci­dé de s’y ini­tier grâce à du e-lear­ning : « J’ai eu le sen­ti­ment de de­ve­nir ex­perte de mon en­fant. Je me suis sen­tie com­pé­tente dans mon rôle de mère», ex­plique-t-elle, avant de pour­suivre: «Cela a chan­gé mon écoute. Pour mes trois pre­miers, j’avais ten­dance à tout de suite vou­loir étouf­fer leurs pleurs en les cou­vant beau­coup mais je ne ré­pon­dais pas for­cé­ment à leur be­soin.» Au­jourd’hui, elle forme des pa­rents à cette écoute qua­li­ta­tive de leur bé­bé. Isa­belle Sa­lo­mon et Isa­belle Fillio­zat es­pèrent voir la mé­thode Duns­tan de­ve­nir plus cou­rante en France. Elles es­timent en ef­fet que les dé­pres­sions post­na­tales pour­raient être consi­dé­ra­ble­ment ré­duites tout comme les phé­no­mènes de bé­bé se­coué. Réus­sir à cal­mer les pleurs d’un en­fant a en ef­fet des consé­quences consi­dé­rables sur le quo­ti­dien: les pa­rents sont plus reposés, donc plus dé­ten­dus et en­tre­tiennent de meilleures re­la­tions fa­mi­liales et de couple. Comme si leur bé­bé était en­fin li­vré avec le mode d’em­ploi. * Edi­tions JC Lat­tès.

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