L’ins­tant T

La Ma­nu­fac­ture de Di­goin a pris un coup de jeune de­puis sa re­prise en mains par la ta­len­tueuse Co­rinne Jour­dain-Gros. Elle offre en ef­fet une belle ré­in­ter­pré­ta­tion de ce beau sa­voir-faire de Bour­gogne qu’est la fa­bri­ca­tion d’ob­jets tra­di­tion­nels en grès.

Maison Côté Est - - SOMMAIRE - Par Laë­ti­tia Di Ste­fa­no. Pho­tos Jean-Marc Pa­lisse.

La re­prise en main de la ma­nu­fac­ture de Di­goin par une pas­sion­née.

Ala fron­tière de la Bour­gogne et de l’Au­vergne, la com­mune de Di­goin se cache dans une val­lée, au croi­se­ment de deux ri­vières. La plus an­cienne en­tre­prise de la ville y fa­brique po­te­ries et cé­ra­miques de­puis 1875. « Ce ter­ri­toire s’ap­pe­lait au­tre­fois val­lée de la cé­ra­mique, car on y trou­vait de nom­breuses fa­briques (car­re­lage, brique, tuiles) qui uti­li­saient les car­rières d’ar­gile en­vi­ron­nantes. La ma­nu­fac­ture comp­tait par­mi celles-ci », rap­pelle Co­rinne Jour­dain-Gros, qui a re­pris de­puis près de trois ans l’éta­blis­se­ment qu’elle a re­bap­ti­sé La Ma­nu­fac­ture de Di­goin. Ce sont les confluences de la vie qui ont ame­né cette Lyon­naise à re­prendre l’en­tre­prise, vouée à dis­pa­raître. « Di­rec­trice conseil chez Pu­bli­cis pen­dant plus de vingt ans, je gé­rais des bud­gets grands comptes et tra­vaillais sur les stra­té­gies de marques, avec une part im­por­tante sur la par­tie créa­tive », ex­plique Co­rinne. Mais l’en­vie de nou­veau­té la pousse à en­ta­mer une re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle. Dans le cadre d’un MBA à l’Ins­ti­tut fran­çais de la mode, elle ré­dige un mé­moire sur les ma­nu­fac­tures fran­çaises, orien­té sur les sa­voir­faire qui as­surent la no­to­rié­té et le rayon­ne­ment de la France à tra­vers le monde. « C’est de­ve­nu évident au fil de la ré­dac­tion. Me tour­ner vers un mé­tier ou un sa­voir-faire tra­di­tion­nel était pré­pon­dé­rant. Et je me suis ren­du compte que beau­coup avaient mal­heu­reu­se­ment dé­jà dis­pa­ru. » La ma­nu­fac­ture a été un coup de coeur. « Ses pro­duits, la ri­chesse de la ma­tière m’ont sé­duite. Des va­leurs du­rables aus­si, et une vraie iden­ti­té et his­toire pa­tri­mo­niale. J’ai eu en­vie de lui don­ner un nou­vel élan», s’en­thou­siasme Co­rinne. L’en­tre­pre­neuse a ima­gi­né un dé­ve­lop­pe­ment am­bi­tieux : mettre sur pied un pôle créa­tif pour de­si­gner, ou­vrir le site au tou­risme in­dus­triel et à d’autres mar­chés. «À un cer­tain mo­ment, le grès a eu une mau­vaise image. Le grand pu­blic s’est dés­in­té­res­sé de cette ma­tière, car l’usage et les cou­leurs n’étaient plus en adé­qua­tion avec la so­cié­té d’au­jourd’hui. J’ai donc cher­ché à pé­ren­ni­ser ce sa­voir­faire et à mo­der­ni­ser des pro­duits que l’on connaît. » Conser­ver, conte­nir, cuire et faire mi­jo­ter dans des ob­jets ar­ti­sa­naux d’une grande fi­nesse, tout un poème pour la cui­sine! Co­rinne re­vi­site ain­si des sé­ries avec une ap­pli­ca­tion nou­velle, pour ra­con­ter une his­toire toute neuve. À l’image de ce go­be­let créé dans les an­nées 70 pour une crème de ro­que­fort que les clients re­trouvent avec plai­sir pour un autre usage. « Cer­tains se sou­viennent ; ce­la fait par­tie de notre pa­tri­moine ! » Et pour ra­con­ter une nou­velle his­toire, Co­rinne tra­vaille avec des ar­ti­sans che­vron­nés, qui ont pas­sé l’es­sen­tielle de leur car­rière ici. « Nous avons en­ta­mé une dé­marche de trans­mis­sion au­près de la nou­velle gé­né­ra­tion. De jeunes pro­fes­sion­nels viennent ren­for­cer l’équipe. Des bi­nômes se créent... » Et posent les ja­lons de l’ave­nir. Ma­nu­fac­ture de Di­goin, 1, rue de la Verne, 71160 Di­goin. Tél. 0385255151, ma­nu­fac­tu­re­de­di­goin.com

1. Le jaune ci­tron donne à ce pi­chet et son go­be­let une note ori­gi­nale et joyeuse. 2. Chaque pièce de la col­lec­tion est unique, fa­çon­née et émaillée à la main, à l’image de ce vi­nai­grier.

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