TA­LENT

de la mise en plis

Maison Côté Sud - - LE SOM­MAIRE - PA R Ma­rie-hé­lène Ba­li­vet P H OT OS Her­vé Hôte

L’ar­tiste de rue Ma­de­moi­selle Mau­rice a fait du pliage son mé­dium.

PLIAGES ET ORIGAMIS SONT LA MARQUE DE FA­BRIQUE DE CETTE AR­TISTE LANCEUSE D’ALERTE, COMME AU­TANT DE TÉLÉGRAMMES ADRESSÉS À SES CONTEM­PO­RAINS.

Ce sont des es­saims d’oi­seaux, de sphères ou de pa­pillons co­lo­rés qui montent à l’as­saut des fa­çades et dé­ferlent sur la ville en vagues en­chan­tées… C’est une vaste of­fen­sive contre l’en­nui et la mo­ro­si­té, avec pour mu­ni­tions des origamis de pa­pier et pour stra­tège, une qua­si-ado­les­cente au nom taillé comme un pied de nez, Ma­de­moi­selle Mau­rice. Ori­gi­naire de Haute-sa­voie, la jeune fille «bri­cole» de­puis tou­jours, fait des pho­tos, brode ou sculpte des ba­guettes de noi­se­tier avec l’opi­nel de son grand-père. Après des études d’ar­chi­tec­ture, dé­ter­mi­née à de­ve­nir ar­tiste, elle prend un che­min de tra­verse, pose ses va­lises à Mar­seille avant de par­tir vivre une an­née au Ja­pon. Le 11 mars 2011, elle res­sent de­puis un im­meuble de trente-deux étages le trem­ble­ment de terre qui va être sui­vi

1. Ma­de­moi­selle Mau­rice, street ar­tiste mi­li­tante à l’hu­meur pé­tillante…

2. Corps à corps avec la sur­face, lors du ré­cent fes­ti­val d’art ur­bain K-live de Sète.

3. L’arc-en-ciel, une si­gna­ture re­con­nais­sable. Dans cette oeuvre sur une fa­çade du vieux Sète, l’ar­tiste a uti­li­sé des mo­tifs « ori­ga­miques » peints au po­choir, qu’elle a bap­ti­sés « Mau­ri­ga­mis ».

du tsu­na­mi, puis de l’ex­plo­sion de la cen­trale nu­cléaire de Fu­ku­shi­ma. Pour Ma­de­moi­selle Mau­rice, rien ne se­ra plus ja­mais comme avant. C’est dé­sor­mais en mi­li­tante du désar­me­ment, de l’éco­lo­gie et de la so­li­da­ri­té qu’elle aborde son de­voir d’ar­tiste. Et pour dif­fu­ser ses re­ven­di­ca­tions, elle dé­niche dans la tra­di­tion ja­po­naise un mé­dia in­édit : l’ori­ga­mi. Cet art dé­li­cat du pliage, dis­ci­pline mi­nu­tieuse et sé­cu­laire, nour­rit de nom­breuses lé­gendes dont celle des mille grues, qui as­sure que pour voir son voeu se réa­li­ser, on doit fa­bri­quer mille oi­seaux de pa­pier. Ma­de­moi­selle Mau­rice va en ti­rer un lexique ori­gi­nal, où chaque élé­ment, plié à la main lors de longues nuits de la­beur, ajoute sa nuance à la grande vi­bra­tion col­lec­tive. Re­pé­ré par des blo­gueurs, son tra­vail fas­cine tout de suite et le suc­cès se ré­pand comme une traî­née d’arc-en-ciel, de Pa­ris à Hong Kong, de Ge­nève à Rio, en pas­sant par Mar­seille, Hué, Syd­ney, San Fran­cis­co, Mexi­co... Comme un lierre mul­ti­co­lore, ses fresques en­va­hissent les fes­ti­vals d’art ur­bain, les écoles, les pri­sons, les hô­pi­taux psy­chia­triques ou les centres pour ado­les­cents han­di­ca­pés,

1. Dans l’ate­lier mar­seillais, un bric-à-brac ins­pi­rant et des col­lec­tions fé­tiches comme ces dis­tri­bu­teurs de bon­bons Pez.

2. L’ar­tiste pose sur son ma­té­riau de pré­di­lec­tion : des feuilles de pa­pier mul­ti­co­lores, qu’elle plie elle-même, une par une.

3. Avant d’être réa­li­sés dans la rue, les pro­jets sont mû­ris dans la so­li­tude, la ri­gueur et la concen­tra­tion.

dé­fen­dant joyeu­se­ment le droit à une vie plus gaie, plus libre, plus bien­veillante. Les col­la­bo­ra­tions se mul­ti­plient, avec Is­sey Miyake, Louis Vuit­ton, Google, Ac­tio­naid, le Pa­lais de To­kyo... Au fil des per­for­mances, l’ar­tiste ins­talle son code cou­leur et gé­nère sa propre sé­mio­lo­gie, dans la­quelle Nel­son Man­de­la cô­toie Green­peace et les Pink Floyd. À Sète en mars der­nier, pour la 10e édi­tion du fes­ti­val d’art ur­bain K-live, c’est cette mys­tique du com­bat pa­ci­fique et joyeux que Ma­de­moi­selle Mau­rice a, une fois de plus, cé­lé­brée. ma­de­moi­sel­le­mau­rice.com On peut dé­cou­vrir ses oeuvres à Sète ( Che­min du Mas Rous­son) et au nou­veau Mau­sa (Mu­sée des arts ur­bains et du street art. mau­sa.fr) près de de Lonsle-sau­nier. Du 8 au 16 sep­tembre, elle par­ti­ci­pe­ra à une ex­po­si­tion col­lec­tive à l’urban Na­tion, mu­sée d’art ur­bain de Ber­lin ( urban-na­tion.com) avant de dé­di­ca­cer le livre Ma­de­moi­selle Mau­rice,

ori­ga­mismes vi­vants, col­lec­tion Opus Dé­lits, Cri­tères Édi­tions, au La­vo­ma­tic à Pa­ris ( la­vo­ma­tic.pa­ris).

1. L’oeuvre ter­mi­née, ac­ces­sible à tous, va in­té­grer le par­cours de street art de Sète et « ré­en­chan­ter» les quar­tiers an­ciens ou dé­va­lo­ri­sés…

2. Le spray de pein­ture, l’arme fa­tale du « street ar­ti­viste ».

3. Pour cette in­ter­ven­tion, l’ar­tiste a uti­li­sé des origamis de mé­tal gal­va­ni­sé, qui as­surent à l’oeuvre sa pé­ren­ni­té.

4. Le ma­té­riau de base : les pliages de pa­pier, fra­giles et poé­tiques.

5. Chaus­settes ja­po­naises, pied de nez à la mo­ro­si­té !

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