L’ÉDITO

Maison Côté Sud - - RESSOURCE - MAR­TINE DUTEIL, DI­REC­TRICE DE LA RÉ­DAC­TION

Peintre de l’émo­tion, Jacques-henri Lar­tigue n’est pas en reste. Der­rière la fraî­cheur, la can­deur, il capte bien plus que les ap­pa­rences ou que l’épi­derme des choses.

In­vi­terl’ima­gi­naire. Ap­puyer sur cette zone sen­sible qui concentre la vo­la­ti­li­té du monde. Il y a bien ce qui se donne à voir et ce qui se prête à rê­ver. Il y a bien le vi­sible et l’in­vi­sible. Il y a bien l’ombre et la lu­mière. In­dé­fi­nis­sable, l’ima­gi­naire s’est an­cré sur une terre se­crète et fer­tile, entre l’es­prit et l’émo­tion. Le fruit de notre ima­gi­na­tion pro­duit des images, des re­pré­sen­ta­tions, des sou­ve­nirs, des ré­cits… tous dé­ta­chés de la réa­li­té. C’est ici, que nous avons ren­dez-vous. Là, où l’ima­gi­naire déploie ses ho­ri­zons proches et loin­tains. Se lais­ser ain­si por­ter par la voix off d’yves Saint Laurent dans un voyage au centre de sa terre. Celle qu’il fit sienne tant elle l’au­ra ins­pi­ré. « La cou­leur

m’a été don­née par le Ma­roc ». Les mots du couturier cir­culent li­bre­ment dans nos têtes, ré­veillant les dé­han­chés de dé­fi­lés très haute cou­ture. Comme des so­leils vi­vants, ha­billées de son coup de crayon, les femmes Saint Laurent pro­mènent leurs in­croyables sil­houettes. Nous sommes aux portes du dé­sert, au bord du rêve. Entre images et mi­rages. Le stu­dio KO, ar­chi­tectes du mys­tère, a conçu l’édi­fice en brique et gra­ni­to. Ca­thé­drale de l’élé­gance, l’ima­gi­naire prend son en­vol… Puis, dans le pro­lon­ge­ment des lieux, s’in­ter­ro­ger sur ce qui se cache der­rière ce bleu Ma­jo­relle. Der­rière ce bleu si bleu ? Il y a toute la beau­té du monde ber­bère et les pay­sages de l’at­las. C’est dire si l’ima­gi­naire est vaste. Quit­ter le Ma­roc pour la Corse, où un an­cien couvent fran­cis­cain de l’île s’est trans­for­mé en ate­lier d’art gran­deur na­ture. L’ar­tiste Can­di­da Ro­me­ro et sa mère, res­taurent le lieu en même temps qu’elles créent. Plus loin dans les pages, se perdre au bout du monde, dans un «ver­tige ho­ri­zon­tal», se­lon les mots de Ju­lien Gracq, dans les pay­sages lu­naires de l’avey­ron, sur les hauts pla­teaux de l’au­brac. Plus pré­ci­sé­ment en­core, à L’an­nexe d’au­brac. L’es­cale res­semble à une rou­lotte aux al­lures de ca­ra­van­sé­rail po­sée sur la place du vil­lage. Ima­gi­naire en­core… Peintre de l’émo­tion, Jacques-henri Lar­tigue n’est pas en reste. Der­rière la fraî­cheur, la can­deur, il capte bien plus que les ap­pa­rences ou que l’épi­derme des choses. Tout comme Pa­gnol, est bien plus que le poète de la Pro­vence. Celle-ci, n’est rien d’autre que sa toile de fond pour mieux ra­con­ter l’hu­main dans toute sa di­ver­si­té, dans toute sa com­plexi­té. Ro­man­cier, dra­ma­turge, ci­néaste, aca­dé­mi­cien, il lui au­ra fal­lu conju­guer tous ces ta­lents pour mieux pé­né­trer dans les pro­fon­deurs de l’âme. Là, où l’ima­gi­naire tient toutes ses pro­messes.

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