Les Causses du Quercy

Par­se­mé des villages en pierres blondes, ce pays de pla­teaux en­taillés de ri­vières af­fiche une ar­chi­tec­ture d’une sé­dui­sante di­ver­si­té.

Maison et Travaux - - Sommaire - Texte : Éli­sa­beth De­laigue.

Les Causses du Quercy, dans le dé­par­te­ment du Lot, forment un en­semble de pla­teaux cal­caires en­taillés par les val­lées si­nueuses et ma­jes­tueuses du Lot et de la Dordogne, et par celle, plus sau­vage, du Cé­lé. Ces val­lées in­di­vi­dua­lisent, du nord au sud, les Causses de Mar­tel, de Gra­mat et de Li­mogne.

Un bâ­ti aux cou­leurs des ter­roirs

Par­fois mas­sives, mais ja­mais lourdes, les mai­sons tra­di­tion­nelles du Quercy ont beau avoir presque tou­jours un « bo­let » et un pi­geon­nier, elles offrent chaque fois un vi­sage dif­fé­rent ! Dans les val­lées,

ac­cro­chées aux fa­laises taillées par la ri­vière, les mai­sons d’ar­ti­sans et de mar­chands s’ag­glu­ti­naient au­tour d’une de­meure forte qui leur of­frait sa sa­lu­taire pro­tec­tion. Elles s’alignent alors, le long de ruelles étroites et es­car­pées. Lors­qu’on les dé­couvre de­puis le causse, ces villages ap­pa­raissent comme une cas­cade de toits. À deux ou quatre pentes, cou­verts de tuiles plates, mé­ca­niques ou ca­nal, ils sont ani­més de nom­breuses lu­carnes et tou­relles. Leurs murs sont en moel­lons gros­siers, noyés dans un mor­tier cou­leur de sable, re­join­toyés à « pierres vues ». Ils ont la cou­leur du ro­cher sur le­quel ils ont pous­sé, un blanc ocré que le temps pa­tine de gris. Sur le causse, des mu­rets de pierres sèches sé­parent les par­celles de pâ­tu­rage. Ils sont le ré­sul­tat du pa­tient tra­vail d’épier­re­ment ac­com­pli par plu­sieurs gé­né­ra­tions de ber­gers. Faits avec la même pierre, les villages et ha­meaux semblent ser­tis dans ce pay­sage rude et sec. Mai­sons et dé­pen­dances s’im­briquent le long de rues qui s’élar­gissent en forme de place com­mune, le « cou­derc ». Pas d’ali­gne­ment, mais une im­plan­ta­tion qui fa­ci­li­tait la vie ru­rale. Sur les toits, les lauzes ont presque

dis­pa­ru et, avec elles, l’aus­té­ri­té de ces construc­tions toutes mi­né­rales.

Une ar­chi­tec­ture adap­tée

La concep­tion des bâ­ti­ments reste ré­vé­la­trice de l’ac­ti­vi­té d’au­tre­fois : la po­ly­cul­ture et l’éle­vage aux­quels s’ajoute la vigne. Granges et ber­ge­ries sont des construc­tions sé­pa­rées, po­sées à proxi­mi­té de la mai­son d’ha­bi­ta­tion presque tou­jours sur cave. Par­fois pro­lon­gée d’un bâ­ti­ment agri­cole, cette mai­son est si bien con­çue qu’on re­trouve ses prin­ci­paux ca­rac­tères un peu par­tout dans le Quercy, dé­cli­nés sui­vant les ma­té­riaux et les cou­tumes de chaque pe­tit pays. Elle est bâ­tie en hau­teur, sui­vant le prin­cipe d’une mai­son-bloc. Au rez-de-chaus­sée se trouvent une sur­face de tra­vail et une cave. On ac­cède au lo­ge­ment grâce à un es­ca­lier don­nant une ter­rasse ex­té­rieure. Une tour pi­geon­nier, ac­co­lée sur l’un des pi­gnons, lui donne par­fois des airs de pe­tit châ­teau.

L’es­ca­lier et « lou bo­let »

Il aborde sou­vent la mai­son de face, mais il peut aus­si s’ap­puyer sur le mur de fa­çade. Les marches sont larges, mo­no­blocs taillés dans une belle pierre dure. Le mur d’échiffre, qui sou­tient les abouts de marches, se pro­longe pour consti­tuer une ram­barde que cha­peautent de longues dalles plates. L’es­ca­lier ne conduit pas di­rec­te­ment à la porte d’en­trée. Il donne sur « lou bo­let », une ter­rasse cou­verte d’un auvent sou­te­nu par des co­lonnes mo­no­lithes ou des po­teaux de bois, se­lon le pays. De quelques mètres, car­rés pour les plus mo­destes, ou vé­ri­tables ga­le­ries lors­qu’il suit toute la lon­gueur de la fa­çade, cet es­pace ou­vert donne à chaque mai­son sa propre per­son­na­li­té. Dal­lé de grandes pierres plates, il était utilisé comme an­nexe à la cui­sine. On y aper­çoit sou­vent un évier de pierre.

Quant à la toi­ture mé­di­ter­ra­néenne, elle do­mine au sud de la val­lée du Lot alors qu’au nord, les toits à forte pente sont

les plus fré­quents. Mais c’est la di­ver­si­té des ma­té­riaux de cou­ver­ture et l’art de les ap­pro­prier qui res­tent vrai­ment éton­nants ! La lauze était, sur les Causses, le ma­té­riau le plus ac­ces­sible. En hi­ver, le gel fait écla­ter la pierre dure en plaques épaisses que l’on uti­li­sait pour édi­fier, sans char­pente, les toits des « caselles ». Quant aux toits des mai­sons, ils étaient pro­ba­ble­ment cou­verts de chaume. Les toi­tures vé­gé­tales ont sou­vent été rem­pla­cées par des tuiles plates, ex­cep­té en rives où ap­pa­raissent en­core des lauzes. Mais, la plu­part du temps, la char­pente a été re­faite ou mo­di­fiée avec la créa­tion d’un coyau qui adou­cit le bas de la pente et donne à l’eau de ruis­sel­le­ment l’élan né­ces­saire pour s’écar­ter des murs. D’un beau rouge sombre, la tuile plate de fa­bri­ca­tion ar­ti­sa­nale ha­bille aus­si bien les hauts toits à quatre ver­sants des grandes bâ­tisses que les toits à deux pentes, re­le­vés d’une croupe en pi­gnon. Ap­pa­rues à la fin du XIXe siècle, les tuiles mé­ca­niques sont aus­si très pré­sentes et sou­vent uti­li­sées pour re­cou­vrir les coyaux dont la pente est trop faible pour la tuile plate. Plus au sud, c’est la tuile ca­nal qui re­couvre les toits dont la pente est plus faible. Elle est aus­si as­so­ciée à la tuile plate sur les toits à la Man­sart et com­pose les gé­noises qui sup­portent les dé­bords de toi­ture. La rai­son pre­mière de pos­sé­der un pi­geon­nier est pra­tique. La fiente de pi­geon, la co­lom­bine, est un en­grais si puis­sant qu’on doit le di­luer pour ne pas brû­ler les se­mences. Aus­si les construit-on avec un soin tout par­ti­cu­lier. De la simple lu­carne d’en­vol amé­na­gée sur le pi­gnon aux pi­geon­niers-tou­relles qui donnent aux mai­sons des al­lures de gen­til­hom­mières, ils ont une taille et des formes si di­verses qu’il est bien dif­fi­cile de les ré­per­to­rier. Rond et es­seu­lé au bord d’un champ, tour car­ré ac­co­lée à la mai­son, po­sé sur pi­liers, sur­mon­té d’un lan­ter­neau, toit co­nique ou à quatre eaux... le pi­geon­nier a de l’ima­gi­na­tion ! ●

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Sur le causse de Gra­mat, les villages se font rares, mais le pay­sage garde la marque de plu­sieurs gé­né­ra­tions de ber­gers. Elles y ont construit les « ga­riottes », pe­tits abris aux toits de pierre, et les mu­rets de pierre sèche qui li­mitent les...

Sur cette mai­son (à Es­pé­daillac), la cou­ver­ture en tuiles plates est or­née d’épis en pierre sculp­tée, tan­dis que la tour pi­geon­nier s’en­or­gueillit d’épis en terre cuite éton­nam­ment ou­vra­gés.

Toits de belles tuiles rouge sombre, murs de pierres blondes re­join­toyées sur l’ha­bi­ta­tion, mais sou­vent mon­tées à sec pour les dé­pen­dances, les ha­meaux quer­cy­nois s’ins­tallent sans im­plan­ta­tion ri­gide en pé­ri­phé­rie des zones agri­coles.

Pho­tos : An­to­nio Duarte.

1 1. Ma­gni­fi­que­ment conser­vé, ce beau co­lom­bier au toit de lauzes coif­fé d’un lan­ter­neau en pierre est ceint d’un lar­mier qui em­pê­chait les pré­da­teurs de par­ve­nir jus­qu’aux grilles d’en­vol (Corn).

3 3. Dans la si­nueuse val­lée du Cé­lé, ruines mé­dié­vales et ha­bi­ta­tions se­mi-tro­glo­dytes es­ca­ladent les fa­laises de roche cal­caire avec la­quelle elles se confondent (Saint-Sul­pice).

2 2. Le vil­lage de Cap­de­nac est construit sur un an­cien op­pi­dum do­mi­nant la val­lée du Lot. Dis­po­sant de peu d’es­pace, cette mai­son s’élève en en­cor­bel­le­ment pour ga­gner de la sur­face sans gê­ner la cir­cu­la­tion. Ses combles abritent néan­moins un...

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