L’ar­doise des ul­tra­riches

Marianne Magazine - - Le Vif Du Sujet - EM­MA­NUEL LÉVY

Les ul­tra­riches du monde (et les Fran­çais en par­ti­cu­lier) sont en­core plus ul­tra­riches qu’on ne le croyait : au moins

30 % de leur pa­tri­moine se­rait dis­si­mu­lé dans des pa­ra­dis fis­caux. Tel est l’un des en­sei­gne­ments d’une étude co­si­gnée par trois cher­cheurs, dont le Fran­çais Ga­briel Zuc­man, pro­fes­seur à Ber­ke­ley, et in­ti­tu­lée « Qui dé­tient la ri­chesse dans les pa­ra­dis fis­caux. Les preuves ma­croé­co­no­miques et ses ef­fets sur les in­éga­li­tés glo­bales ».

Les 3 520 mé­nages les plus riches de France (le fa­meux « top 0,01 % »), qui pos­sèdent 400 mil­liards d’eu­ros, en cachent pas moins de 140 mil­liards dans des pa­ra­dis fis­caux, pour un to­tal d’avoirs off-shore des par­ti­cu­liers fran­çais de l’ordre de 300 mil­liards d’eu­ros. Un tel vo­lume, près de 15 % du PIB na­tio­nal, place notre pays par­mi les gros dis­si­mu­la­teurs, à l’ins­tar de l’Al­le­magne ou du Royaume-Uni, loin der­rière les pays ver­tueux, comme le Da­ne­mark ou la Nor­vège (moins de

5 % du PIB) tan­dis que la moyenne se fixe à 10 %. Se­lon les cher­cheurs, nos 3 520 mé­nages ul­tra­riches fran­çais ont ré­duit leur ar­doise fis­cale d’au moins 30 %, pri­vant l’Etat et la Sé­cu­ri­té so­ciale de sommes im­por­tantes.

Pis, peut-être : les don­nées fis­cales, comme celles sur les in­éga­li­tés, en sont biai­sées. Ce sont pour­tant ces chiffres vi­ciés qui sont mis en avant pour jus­ti­fier la ré­duc­tion de pré­lè­ve­ments so­ciaux et fis­caux pour les plus ai­sés, comme la baisse de l’ISF, prô­née par Em­ma­nuel Ma­cron.

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