Marianne Magazine

“L’AL­GO­RITHME FONC­TIONNE COMME UNE AGENCE MA­TRI­MO­NIALE”

Après les pre­miers ré­sul­tats et mal­gré des cri­tiques, la cher­cheuse en est con­vain­cue : le rem­pla­ce­ment d’APB est le meilleur choix pour les élèves.

- PAR CLAIRE MA­THIEU, CO-CONCEPTRIC­E DU CODE PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ALEXAN­DRA SA­VIA­NA

Ma­rianne : En quoi consiste l’al­go­rithme de Par­cour­sup ?

Claire Ma­thieu : Comme pour APB, nous avons uti­li­sé la méthode Ga­leS­ha­pley que l’on ap­pelle de fa­çon un peu vieux jeu le « théo­rème des ma­riages stables ». Chaque femme (ici les élèves) fait un clas­se­ment de tous les hommes, et chaque homme (ici les for­ma­tions) fait un clas­se­ment de toutes les femmes. Ils font en­suite leurs de­mandes en mariage, dans leur ordre de pré­fé­rence. Chaque femme en ac­cepte une, mais son en­ga­ge­ment n’est pas dé­fi­ni­tif : elle est libre de rompre ses fian­çailles pour choi­sir ce­lui qu’elle pré­fère. On maxi­mise ain­si les chances de créer une so­lu­tion stable : du cô­té étu­diant comme du cô­té for­ma­tion, tout le monde est sa­tis­fait.

La dif­fé­rence fon­da­men­tale entre Par­cour­sup et APB est la fin de la hié­rar­chi­sa­tion des voeux des ly­céens. Pour­quoi cette dé­ci­sion ?

Lorsque nous avons com­men­cé à tra­vailler sur l’al­go­rithme, cette dé­ci­sion avait dé­jà été prise. Elle a sa jus­ti­fi­ca­tion, car, si les ly­céens savent gé­né­ra­le­ment quels sont leurs pre­miers voeux, ils ont des idées as­sez vagues sur les sui­vants. Par­cour­sup, qui s’ajuste de jour en jour, leur per­met de ré­flé­chir.

La non-hié­rar­chi­sa­tion aug­men­te­rait le nombre de voeux dans cer­taines fi­lières, les met­tant ar­ti­fi­ciel­le­ment en ten­sion. Les ly­céens at­tendent pen­dant des jours des for­ma­tions non sé­lec­tives qu’ils au­raient dû ob­te­nir sans pro­blème…

Il y a de bonnes chances que Par­cour­sup se dé­cante suf­fi­sam­ment vite pour at­teindre une per­for­mance sa­tis­fai­sante. A la même pé­riode, APB n’avait fait au­cune pro­po­si­tion, car la pre­mière phase avait lieu le 8 juin… Plus j’en ap­prends sur l’an­cien sys­tème, plus je me dis que Par­cour­sup est meilleur. Ne se­rait-ce qu’au ni­veau de la trans­pa­rence ! Je re­con­nais que les rangs par­fois très lointains at­tri­bués sur les listes d’at­tente peuvent en ef­frayer cer­tains. Mais en leur don­nant ces in­for­ma­tions, nous les trai­tons en adultes.

Com­ment pou­vez-vous par­ler de trans­pa­rence sur Par­cour­sup alors que les élèves ignorent tout des cri­tères sur les­quels ils ont été choi­sis en com­mis­sion ?

Je ne m’oc­cupe pas de ce qu’il se passe en com­mis­sion. La res­pon­sa­bi­li­té re­vient à chaque fi­lière et ce qu’elles font avec les dos­siers ne concerne pas Par­cour­sup. Je com­prends que, du point de vue des ly­céens, la plate-forme est res­pon­sable de tout. Mais ce n’est pas le cas ! Il faut l’imaginer comme une agence ma­tri­mo­niale : elle se charge sim­ple­ment de mettre en contact les élèves et les for­ma­tions. Si, à la fin, ils ne sont pas sa­tis­faits, ce n’est pas for­cé­ment la faute de l’agence… Je ne jette pas la pierre aux ly­céens, mais j’ai­me­rais qu’ils puissent se dé­tendre, qu’ils se concentren­t sur le bac. Ils n’ont au­cune rai­son de s’in­quié­ter : chaque jour il y a de plus en plus de pro­po­si­tions.

Que ré­pon­dez-vous à cer­tains membres de com­mis­sions qui ex­pliquent que dé­par­ta­ger des dos­siers si­mi­laires jus­qu’à six dé­ci­males après la vir­gule re­vient à les ti­rer au sort ?

Ce n’est pas vraiment éton­nant. Lors­qu’on a énor­mé­ment de dos­siers, cer­tains sont for­cé­ment équi­va­lents et le ti­rage au sort se jus­ti­fie da­van­tage que dans le cas d’APB, où les can­di­dats pou­vaient avoir des dos­siers très dif­fé­rents. Dans la Grèce an­tique, lors­qu’il fal­lait at­tri­buer des res­pon­sa­bi­li­tés de stra­tège, on fai­sait un pre­mier filtre pour choi­sir des per­sonnes com­pé­tentes, avant de les dé­par­ta­ger au ha­sard, quand elles avaient des com­pé­tences à peu près équi­va­lentes. Et dans la Bible, pour trou­ver un rem­pla­çant à Ju­das, on a d’abord sé­lec­tion­né deux dis­ciples com­pé­tents, Mat­thias et Jus­tus, puis ti­ré au sort pour choi­sir entre les deux.

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