Marianne Magazine

Vic­time de Tol­kien

- ALEXIS LIEBAERT

C’est le chef-d’oeuvre mau­dit de l’his­toire lit­té­raire.

Ro­man culte pour de pe­tits cé­nacles de lec­teurs, le Cycle

de Gor­men­ghast ne fut pour­tant ja­mais le raz-de-ma­rée lit­té­raire que lui pro­met­taient ses qua­li­tés. Le pre­mier opus de la sa­ga du ro­man­cier et illus­tra­teur an­glais Mer­vyn Peake pa­rut en 1946 ; les deux sui­vants, en 1950 et 1959. Las, entre le pre­mier et le se­cond tome, Tol­kien pu­bliait le Sei­gneur

des an­neaux, tout aus­si ad­mi­rable mais sur­tout plus ac­ces­sible que les aven­tures de Ti­tus d’En­fer.

Au centre de ce ré­cit fleuve de plus de 1 100 pages ré­édi­tées, se trouve une forteresse, Gor­men­ghast. Un bâ­ti­ment im­mense dont les pièces sont des pays ha­bi­tés de peu­plades dif­fé­rentes. Un uni­vers à lui seul. C’est au coeur de ce bas­tion que naît Ti­tus, 77e comte d’En­fer. Le jeune sei­gneur n’au­ra pas, contrai­re­ment à Bil­bon Sac­quet, le Hob­bit, à af­fron­ter Naz­gûls et autres Bal­rogs, mais des êtres de chair tout aus­si ex­tra­or­di­naires. Si ses pa­rents res­tent dans la norme (re­la­tive) de l’ex­cen­tri­ci­té britanniqu­e – le père at­teint de mé­lan­co­lie, la mère, pas­sion­née d’ani­maux, et la soeur, im­pé­né­trable –, il en va au­tre­ment des autres occupants du châ­teau. Au pre­mier rang des­quels trônent Len­flure, le mons­trueux maître des cui­sines, le va­let Cra­closse et le cruel Fi­ne­lame. Les com­bats que se livrent ces per­son­nages peu re­com­man­dables ryth­me­ront l’en­fance du jeune aris­to­crate qui ne nour­ri­ra plus au fil des tomes qu’un dé­sir : fuir l’at­mo­sphère étouf­fante de ce monde. Im­pos­sible, en­suite, de ré­su­mer ce ro­man qui fait pen­ser à Tol­kien, bien sûr, mais aus­si à Le­wis Car­roll et Charles Di­ckens. Sa­chez seule­ment qu’une fois en­tré dans Gor­men­ghast vous n’éprou­ve­rez pas, contrai­re­ment à Ti­tus, l’en­vie d’en sor­tir.

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