Marianne Magazine

CE QUE MA­RIANNE EN PENSE

La­fargue Out

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Par Jack Dion

Quand le groupe ci­men­tier La­farge et son ho­mo­logue suisse Hol­cim ont fu­sion­né, en 2015, on nous a ven­du l’his­toire clas­sique des ma­riés qui avaient vo­ca­tion à convo­ler en justes noces. Les deux tour­te­reaux al­laient connaître le par­fait amour, construit sur une base de par­faite éga­li­té dans le couple et, grâce à la force de leurs sen­ti­ments ré­ci­proques, ils au­raient beau­coup d’en­fants, as­su­rant ain­si l’hé­ri­tage in­dus­triel de la fa­mille et l’avenir de l’em­ploi. A l’époque, aux cô­tés de l’amé­ri­cain Eric Ol­sen, son co­as­so­cié, le pa­tron de La­farge, Bru­no La­font, as­su­rait, la main sur le coeur : « Per­sonne ne ra­chète per­sonne. »

Wa­ter­loo éco­no­mique

La farce au­ra du­ré trois ans. Au­jourd’hui, le masque est tom­bé. La di­rec­tion du nou­veau groupe, re­bap­ti­sé La­far­geHol­cim, a an­non­cé la fer­me­ture de son siège de Pa­ris afin de se concen­trer en Suisse, là où est dé­sor­mais si­tué le centre né­vral­gique du groupe. Ce der­nier s’ap­pelle tou­jours La­far­geHol­cim, mais c’est Hol­cim qui tient les rênes. Entre-temps, on a ap­pris que le ci­men­tier avait conti­nué ses ac­ti­vi­tés en Sy­rie mal­gré la guerre, n’hé­si­tant pas à ali­men­ter le tré­sor de guerre de Daech, qui a ré­cu­pé­ré 4,5 mil­lions d’eu­ros, rien que ça. L’af­faire a été fa­tale à l’an­cienne di­rec­tion, obli­gée de faire ses va­lises et de lais­ser l’Al­le­mand Jan Je­nisch prendre les com­mandes. Au pas­sage, Bru­no La­font est par­ti avec une in­dem­ni­té de 8,4 mil­lions d’eu­ros pour ser­vices ren­dus, mer­ci pour lui.

La France perd ain­si l’un de ses fleu­rons in­dus­triels, en l’oc­cur­rence le nu­mé­ro 1 mon­dial du ci­ment, sans que ce­la in­digne qui que ce soit. Il est vrai que ce n’est que la suite d’une sé­rie de Wa­ter­loo éco­no­miques qui éclairent d’un jour cru les pro­pos ras­su­rants sur l’avenir du pays. Au fil des ans, le pro­duc­teur d’alu­mi­nium Pe­chi­ney a été ven­du, le chi­miste Sol­vayR­ho­dia s’est exi­lé en Bel­gique, Usi­nor est de­ve­nu Ar­ce­lorMit­tal, EADS a ins­tal­lé son siège so­cial aux Pays-Bas, et Al­stom a cé­dé son ac­ti­vi­té éner­gé­tique à l’amé­ri­cain Ge­ne­ral Elec­tric avant de se pré­pa­rer à un ac­cord dou­teux avec l’al­le­mand Sie­mens. Main­te­nant, c’est au tour de La­farge de se faire la malle, à la grande joie des ac­tion­naires qui es­pèrent pro­fi­ter des mar­rons ti­rés du feu. On est passé du pa­trio­tisme éco­no­mique à la ca­pi­tu­la­tion.

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