Marianne Magazine

UN OU­VRAGE DÉ­CRYPTE LE HOLP-UP SÉ­MAN­TIQUE DU CHEF DE L’ÉTAT

L’ana­lyse de 450 textes d’Em­ma­nuel Ma­cron ré­vèle l’évo­lu­tion idéo­lo­gique du can­di­dat de­ve­nu pré­sident.

- S.Q.

Em­ma­nuel Ma­cron a fait du verbe et sur­tout de sa ca­pa­ci­té à im­po­ser son propre lan­gage l’une de ses marques de fa­brique. Dans un ou­vrage très ri­gou­reux*, Anne-So­phie Le­che­val­lier et Adrien Ga­bou­laud dé­cryptent le hold-up sé­man­tique qui a ac­com­pa­gné l’an­cien conseiller de Fran­çois Hol­lande dans sa conquête du pou­voir. Par­tant du prin­cipe que « le mot peut lui aus­si être trai­té comme une don­née », les deux au­teurs ont ana­ly­sé 450 textes, plus de 2 mil­lions de mots pro­non­cés par Em­ma­nuel Ma­cron, can­di­dat puis pré­sident, à l’aide d’un ou­til de jour­na­lisme de don­nées in­édit, dé­ve­lop­pé par leur em­ployeur, le ma­ga­zine Pa­ris Match. Avec comme ré­fé­rence le New York Times, dont les équipes avaient en 2012 ex­plo­ré et com­pa­ré les dis­cours pro­duits lors des conven­tions dé­mo­crate et ré­pu­bli­caine avant la pré­si­den­tielle op­po­sant Ba­rack Obama à Mitt Rom­ney.

Les ré­sul­tats sont pro­bants. L’ana­lyse des dis­cours d’Em­ma­nuel Ma­cron re­trace par­fai­te­ment la ra­pide et mé­tho­dique ins­tal­la­tion du can­di­dat En marche dans l’es­pace pu­blic. D’abord dans la construc­tion de son ré­cit per­son­nel. « Ses études de phi­lo­so­phie consti­tuent ain­si une part de sa lé­gende per­son­nelle. Il est, après Jean-Luc Mé­len­chon, le can­di­dat qui a le plus em­ployé le mot “phi­lo­so­phie” », ob­servent les deux jour­na­listes. L’ou­vrage re­trace la trans­fi­gu­ra­tion lexi­cale du can­di­dat du « en même temps », qui passe du « je » au « nous », voit la « droite » et la « gauche » s’ef­fa­cer de son lan­gage. Peu à peu, Em­ma­nuel Ma­cron crée son propre cor­pus et de­vient sa propre ré­fé­rence. Les mots « dis­cours de la Sor­bonne » ap­pa­raissent ain­si à rien de moins que 20 re­prises dans les in­ter­ven­tions du pré­sident après le 26 sep­tembre 2017, date de sa prise de pa­role consacrée à l’Eu­rope.

Rien du glos­saire de la gauche

L’ou­vrage ex­plore éga­le­ment son rap­port à la sé­man­tique de gauche. Une cer­taine réa­li­té se lit dans les sta­tis­tiques : Em­ma­nuel Ma­cron a beau avoir an­non­cé un « grand pro­jet so­cial » dans ses voeux pour 2018, il n’em­ploie plus, de­puis qu’il est pré­sident, le mot « so­cial » que 0,63 fois pour 1 000 mots, contre 1 pour 1 000 quand il était can­di­dat. Quant à « syn­di­cat », c’est 0,03 oc­cur­rence pour 1 000 mots de­puis qu’il est à l’Ely­sée ! * Le Poids des mots du pré­sident. Ce que

la pa­role de Ma­cron dit de lui, d’Adrien Ga­bou­laud et Anne-So­phie Le­che­val­lier, édi­tions de l’Ob­ser­va­toire, 264 p., 19 €.

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