“Le vé­ga­nisme est un mou­ve­ment nar­cis­sique”

Alain Fin­kiel­kraut pu­blie “Des ani­maux et des hommes” (Stock), un re­cueil de ses émis­sions (“Ré­pliques”, France Cul­ture) ayant pour thème les ani­maux. Amou­reux des bêtes et par­ti­san d’un re­tour à l’éle­vage fer­mier, il cri­tique le vé­ga­nisme et ses dé­rives.

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Lu­cas Bre­ton­nier

Ren­contre avec Alain Fin­kiel­kraut, amou­reux des bêtes, par­ti­san d’un re­tour à l’éle­vage fer­mier et cri­tique des dé­rives du vé­ga­nisme.

“S’IL N’Y AVAIT PAS L’EX­CEP­TION HU­MAINE, SI NOUS ÉTIONS DES ANI­MAUX COMME LES AUTRES, NOUS NE NOUS SOU­CIE­RIONS PAS DU SORT DES AUTRES ES­PÈCES.”

Il re­çoit chez lui, der­rière une vaste table presque trop pe­tite pour ac­cueillir la di­zaine d’ou­vrages et ca­hiers de notes dans les­quels il pioche mé­ti­cu­leu­se­ment ses ré­ponses. A 69 ans, l’aca­dé­mi­cien hon­ni d’une par­tie de la gauche pour ses po­si­tions sur l’iden­ti­té fran­çaise dé­voile au grand pu­blic un autre vi­sage. Ce­lui d’un in­tel­lec­tuel sen­sible por­teur d’un re­gard tendre sur les ani­maux. De la « danse des vaches » qu’il cé­lèbre, à l’élé­phant qu’il ad­mire, Alain Fin­kiel­kraut s’amuse aus­si, en bra­quant les pro­jec­teurs de son in­tel­li­gence sur les bêtes, à s’in­ter­ro­ger sur notre propre hu­ma­ni­té. Il ré­serve tou­te­fois quelques coups de griffes pour les vé­gans et les an­ti­spé­cistes cou­pables, se­lon lui, de vou­loir nous sé­pa­rer du monde ani­mal.

Ma­rianne : Le rap­port entre l’homme et l’ani­mal, n’est-ce pas la ques­tion phi­lo­so­phique par ex­cel­lence ?

Alain Fin­kiel­kraut : Oui, on peut dire ça. Le « connais-toi toi­même » des an­ciens n’était pas une ex­hor­ta­tion à l’au­to­bio­gra­phie. Il s’agis­sait de de­man­der à l’homme de ré­flé­chir sur la si­gni­fi­ca­tion gé­né­rale de son exis­tence et sur les li­mites de celle-ci : ni dieu ni bête, en quelque sorte. Dès l’aube de la phi­lo­so­phie, l’homme s’est in­ter­ro­gé, par com­pa­rai­son, sur sa propre na­ture. Mais je crois qu’au­jourd’hui, si la ques­tion ani­male re­vient dans le dé­bat, ce n’est pas en tant que pro­blème phi­lo­so­phique. C’est sous l’im­pul­sion du sen­ti­ment dé­mo­cra­tique. Toc­que­ville dit que la dé­mo­cra­tie dans le monde mo­derne, c’est la gé­né­ra­li­sa­tion de l’idée du sem­blable. Le sem­blable dans les so­cié­tés aris­to­cra­tiques, c’est le membre de sa caste ; dans les so­cié­tés dé­mo­cra­tiques, c’est n’im­porte qui. « En vain, di­sait Toc­que­ville, s’agi­ra-t-il d’étran­gers et d’en­ne­mis. » Au­jourd’hui, ce sen­ti­ment du sem­blable ne s’ar­rête plus aux êtres hu­mains. « En vain s’agi­ra-t-il d’ani­maux », pour­rait-on dire. En tant que dé­mo­crates au sens an­thro­po­lo­gique du terme, nous choi­sis­sons donc spon­ta­né­ment Je­re­my Ben­tham (phi­lo­sophe, 1748-1832) contre Des­cartes (1596-1650). Le se­cond di­sait : « L’ani­mal est une mac­hine ani­mée. » Le pre­mier : « La ques­tion n’est pas “Peuvent-ils rai­son­ner ou par­ler ?” mais “Peuvent-ils souf­frir ?” » Oui, ils peuvent souf­frir ! Là où les choses de­viennent com­pli­quées, c’est que nous de­vons nous de­man­der jus­qu’à quel point les ani­maux sont nos sem­blables.

Pour les vé­gans, les ani­maux sont nos sem­blables au mo­tif qu’ils souffrent…

Par­lons du vé­ga­nisme. C’est un mou­ve­ment ur­bain, et même bo­bo. Ses par­ti­sans ne sup­portent pas la souf­france ani­male. Ils ap­pellent les hommes à chan­ger leurs ha­bi­tudes ali­men­taires et à ces­ser d’être car­ni­vores. Ain­si, l’hu­ma­ni­té sor­ti­ra de la bar­ba­rie et de­vien­dra en­fin hu­maine. Ils plaident aus­si pour ce qu’ils ap­pellent la « li­bé- ra­tion ani­male ». Car, se­lon eux, les ani­maux sont ex­ploi­tés par les hommes de­puis des mil­lé­naires. Ils ne mangent donc ni viande, ni pro­duits lai­tiers – puisque les vaches doivent avoir un veau pour don­ner du lait et sont sé­pa­rés de leur veau pour don­ner ce lait aux hommes. Mais, si les ani­maux do­mes­tiques ne rendent plus ces ser­vices à l’homme, ils dis­pa­raî­tront ! Les vaches ne vont pas se ba­la­der dans les rues de nos villes ou ar­pen­ter seules nos mon­tagnes ! Ce sont des proies, pas des pré­da­teurs : elles ont be­soin de l’homme. Pour li­bé­rer les vaches de l’ex­ploi­ta­tion, le vé­gan veut ces­ser de les faire naître. Il en res­te­ra seule­ment quelques-unes, pour la joie des en­fants, dans des zoos et des parcs à thème. Je pose donc la ques­tion : qu’est-ce qu’un mou­ve­ment de li­bé­ra­tion qui plaide in fine pour l’ex­tinc­tion de ses bé­né­fi­ciaires ? Le vé­ga­nisme met en cause l’ar­ro­gance de l’homme qui règne avec cruau­té sur les ani­maux, mais ce mou­ve­ment est su­prê­me­ment nar­cis­sique car il s’agit, pour ses par­ti­sans, de s’amé­lio­rer en tant qu’homme, de se dé­li­vrer de ce

pé­ché de la chair que consti­tue l’ali­men­ta­tion car­ni­vore au dé­tri- ment des autres es­pèces.

Consom­mer de la viande de­vien­drait-il, pour les vé­gans, une forme de cryp­to­can­ni­ba­lisme ?

Il y a de ce­la. Mais, avec la viande in vi­tro, la viande cel­lu­laire, les vé­gans en­vi­sagent un monde dans le­quel l’homme se­rait seul au mi­lieu de ses pro­duits. Ils veulent en fi­nir avec la royau­té ab­so­lue de l’homme, soit. Mais avec quelle al­ter­na­tive ? La so­li­tude ab­so­lue de l’homme. Pour ma part, je ne suis ni pour le des­po­tisme de l’homme, ni pour la so­li­tude de l’homme. Jo­ce­lyne Por­cher, an­cienne éle­veuse (re­çue dans l’émis­sion « Ré­pliques », re­trans­crite dans le livre), pose la vraie ques­tion : « Est-ce qu’on veut vivre avec les ani­maux ? » Les vé­gans ré­pondent tran­quille­ment non. Je crois qu’il faut ré­pondre oui, en as­su­mant la com­plexi­té de nos re­la­tions avec les bêtes. Et no­tam­ment les ques­tions de vie ou de mort. Quand L214 met des ca­mé­ras dans les abat­toirs, c’est bien. Mon­trer ces com­por­te­ments scan­da­leux, c’est contri­buer à y mettre fin. Jus­qu’au bout, nous de­vons trai­ter les ani­maux le mieux pos­sible. A cet égard, l’an­ti­spé­cisme n’a au­cun sens : s’il n’y avait pas l’ex­cep­tion hu­maine, si nous étions des ani­maux comme les autres, nous ne nous sou­cie­rions pas du sort des autres es­pèces. Il faut donc ré­duire notre consom­ma­tion de viande pour évi­ter l’atroce pro­li­fé­ra­tion des fermes des 1 000 vaches (voire des 50 000 ou des 100 000 vaches, comme il en existe aux EtatsU­nis ou en Chine) ! Notre ob­jec­tif doit être, face à la zoo­tech­nie qui trans­forme la re­la­tion de tra­vail aux ani­maux qu’était au­tre­fois l’éle­vage en pro­duc­tion de ma­tière ani­male, d’oeu­vrer au main­tien, à la res­tau­ra­tion et à la mo­der­ni­sa­tion de l’éle­vage fer­mier.

Beau­coup de vé­gans ne pensent pas, ou ne savent pas, que l’abou­tis­se­ment de leur idéo­lo­gie pour­rait être l’ex­tinc­tion d’une es­pèce ani­male…

Cer­tains le savent et as­sument en di­sant : « C’est la vie, d’autres es­pèces ont dé­jà dis­pa­ru de ma­nière na­tu­relle dans l’his­toire. » La plu­part ne s’en aper­çoivent même pas. Parce que, étant ci­ta­dins, ils n’ont ja­mais vé­cu avec les ani­maux, et qu’ils n’ont ja­mais été sai­sis, pour les ani­maux, d’une vé­ri­table ten­dresse. Je suis moi-même un en­fant de la ville, mais, quand je vois des vaches, je m’ar­rête, je les re­garde, j’ai avec elles de longues con­ver­sa­tions si­len­cieuses. Je ne m’ima­gine pas vivre dans un monde sans vaches. C’est pour­quoi je m’in­surge contre la froide fé­ro­ci­té de l’éle­vage in­dus­triel, mais aus­si contre les vé­gans qui ne font au­cune dis­tinc­tion entre l’éle­vage in­dus­triel et l’éle­vage fer­mier.

Y a-t-il un rap­port entre l’in­té­grisme re­li­gieux et le vé­ga­nisme agres­sif, no­tam­ment ce­lui qui sac­cage des vi­trines de bou­che­ries ?

Oui, ce­la a un rap­port avec la gnose. On a l’im­pres­sion que

les vé­gans dé­testent la chair, comme les gnos­tiques. Oui. Mais il y a aus­si quelque chose de ro­bes­pier­riste dans cette nou­velle ra­di­ca­li­té. Le vé­gan dit : « Les ani­maux sont nos sem­blables et nous voyons des gens qui les tuent et les mangent, ces gens sont donc des monstres. » La po­li­tique de­vient alors la lutte de l’hu­ma­ni­té contre les monstres. Cer­tains vé­gans en tirent la conclu­sion que, pour en fi­nir avec les monstres, tout est per­mis. Pré­ci­sons que les mi­li­tants vio­lents qui mettent à sac fro­ma­ge­ries et bou­che­ries sont une mi­no­ri­té et ne font pas l’una­ni­mi­té. Le fon­da­teur de L214 était ul­cé­ré par ces agis­se­ments. Mais c’est un ex­tré­misme très ré­vé­la­teur d’une vi­sion sim­pli­fiée de la réa­li­té hu­maine.

Une forme de ter­ro­risme ?

Oui, un ter­ro­risme ré­vo­lu­tion­naire. La pi­tié au coeur de la po­li­tique, comme l’a mon­tré Han­nah Arendt, nous fait perdre toute mo­dé­ra­tion et nous amène de Rous­seau à Ro­bes­pierre ; du pa­tho­cen­trisme à la guillo­tine. Le rai­son­ne­ment est le sui­vant : j’ai pi­tié des pauvres, je suis ha­bi­té par le zèle com­pa­tis­sant. Ceux qui mé­prisent et ex­ploitent les pauvres sont des êtres in­hu­mains. Donc pour­quoi être hu­main avec des in­hu­mains ?

Pour­quoi, se­lon vous, s’at­taquent-ils à des pe­tits com­merces et pas à des gros in­dus­triels, da­van­tage res­pon­sables de la souf­france ani­male ?

Parce que c’est plus simple. Ce sont des ter­ro­ristes confor­tables. Le vrai dan­ger vient en ef­fet de l’éle­vage in­ten­sif. Les vaches au­jourd’hui sont sé­lec­tion­nées en fonc­tion de la pro­duc­ti­vi­té et les truies, de la pro­li­fi­ci­té. Dans les an­nées 70, les truies fai­saient 14 por­ce­lets par an, au­jourd’hui, plus de 31 ! Elles sont de­ve­nues des ma­chines à mettre bas. C’est épou­van­table. Il faut mettre fin à cette cruau­té fa­bri­ca­trice. Ne plus pen­ser notre re­la­tion aux ani­maux en termes de pro­duc­tion.

Com­ment ré­ta­blir cette re­la­tion ?

Peut-être est-il trop tard pour « dé­nu­mé­ro­ter » les bêtes, mais si vous êtes éle­veur et que vous avez 70 bêtes, vous pou­vez en­core leur don­ner des noms. Avec 300, im­pos­sible. Or, il est im­por­tant de don­ner un nom aux ani­maux. Les ani­maux ne sont pas les re­pré­sen­tants in­ter­chan­geables de leur es­pèce, ce sont aus­si des in­di­vi­dus.

Com­ment qua­li­fie­riez-vous l’at­ta­che­ment très fort que peuvent res­sen­tir les hommes pour les ani­maux, de com­pa­gnie no­tam­ment ?

Le chien, par exemple, est une sorte de mi­racle. Voi­là un ani­mal qui est fou des hommes. On aime en lui l’af­fec­tion dé­bor­dante qu’il nous voue. Dans le Mur in­vi­sible (1), Mar­len Hau­sho­fer écrit : « C’est peut-être le chien qui est res- pon­sable de la fo­lie de gran­deur de l’homme. » On aime aus­si les bêtes parce qu’on sait qu’elles souffrent et qu’on se sent cou­pables d’une part de leur souf­france. Mais pas seule­ment. Un dia­logue entre l’écri­vain Jean-Chris­tophe Bailly et le phi­lo­sophe Jacques De­witte, dans le livre, ouvre l’éven­tail des sen­ti­ments que l’on peut éprou­ver pour les bêtes. De­witte cri­tique avec force le pri­mat de la pi­tié : les ani­maux ne sont pas que des êtres souf­frants. On peut être émer­veillé, at­ten­dri, sai­si de stu­peur de­vant eux… L’élé­phant, par exemple, est un ani­mal tel­le­ment étrange que, chaque fois que j’en vois un, même à la té­lé­vi­sion, je suis bouche bée.

Cette fas­ci­na­tion n’est-elle pas liée au fait que ces ani­maux nous ont pré­cé­dés et nous sur­vi­vront, et que nous voyons en eux notre propre fi­ni­tude ? Il y a quelque chose de di­vin…

Oui, il est aus­si vieux que le monde, l’élé­phant. C’est ver­ti­gi­neux. Il pour­rait sor­tir de la pré­his­toire. Ces rides (!)… me donnent à pen­ser que chaque élé­phant est aus­si vieux que le monde. Même quand il naît, il est ri­dé… Ils naissent vieux. C’est ad­mi­rable.

On les dresse à notre image : n’est-ce pas aus­si ce­la que l’on aime ?

Je ne crois pas. Les écri­vains nous éclairent sur cette réa­li­té. Je pense à Maître et chien, de Tho­mas Mann,

“DANS LES AN­NÉES 70, LES TRUIES FAI­SAIENT 14 POR­CE­LETS PAR AN, AU­JOURD’HUI, PLUS DE 31! IL FAUT METTRE FIN À CETTE CRUAU­TÉ

FA­BRI­CA­TRICE.”

Ni­ki, l’his­toire d’un chien, de Ti­bor De­ry, Vie du chien Hor­la, de Re­naud Ca­mus, ou l’In­sou­te­nable Lé­gè­re­té de l’être de Mi­lan Kun­de­ra, la der­nière par­tie… Tous ces livres sont écrits du point de vue du chien, et ont une force de vé­ri­té écla­tante.

Etes-vous éco­lo­giste ?

Non. En­fin, je le suis, dans le sens où je crois, avec Hans Jo­nas, qu’on peut pas­ser du prin­cipe « es­pé­rance » au « prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té ». L’heure n’est pas à chan­ger le monde, mais à sau­ver le monde. La pré­ser­va­tion de la Terre et de la beau­té du monde me pa­raît es­sen­tielle. Mais je ne me re­con­nais pas dans les éco­lo­gistes po­li­tiques qui ne rai­sonnent qu’en termes de droits. De sur­croît, ils choi­sissent leurs bêtes. Ils pré­fèrent les ani­maux sau­vages. L’ours des Py­ré­nées pour Fran­çois de Ru­gy par exemple, contre l’avis des éle­veurs. Moi, contre les éco­lo­gistes, je suis du cô­té des bre­bis et des por­ce­lets.

Com­ment avez-vous ac­cueilli la dé­mis­sion de Ni­co­las Hu­lot ?

Avec tris­tesse. Sa dé­mis­sion tra­duit la dif­fi­cul­té qui est la nôtre de nous conver­tir au prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té.

Il y a un conflit de tem­po­ra­li­té entre l’éco­lo­gie et la po­li­tique…

Oui, mais pas seule­ment. Cer­tains éco­los pro­fes­sion­nels vous disent que le pro­blème c’est le ca­pi­ta­lisme, Mon­san­to… Oui, mais les choses ne sont pas aus­si simples. Si l’éco­no­mie nous gou­verne, c’est parce qu’elle sa­tis­fait la pas­sion du bien-être. Or, cette pas­sion, pour re­prendre en­core Toc­que­ville, c’est la pas­sion dé­mo­cra­tique par ex­cel­lence. Il y a des dé­ci­sions qui sont dif­fi­ciles à prendre parce que si agri­cul­ture et éle­vage in­dus­triels il y a, c’est pour of­frir à tous les consom­ma­teurs des pro­duits bon mar­ché. Ce n’est pas seule­ment pour en­grais­ser des ac­tion­naires. Il y a donc une contra­dic­tion à l’in­té­rieur de cha­cun de nous. Le com­bat se mène entre nous et nous.

Beau­coup d’au­teurs juifs ont écrit sur la ques­tion ani­male. Com­ment l’ex­pli­quez-vous ?

Comme le dit Eli­sa­beth de Fon­te­nay, cette sen­si­bi­li­té est liée au rap­port qu’ils éta­blissent entre ce qui a été in­fli­gé aux leurs et ce qu’on fait su­bir aux ani­maux. « Ils se sont lais­sé conduire à la mort comme des mou­tons à l’abat­toir », a-t-on dit des juifs après la guerre. Vas­si­li Gross­man ré­pond : « Le mou­ton a des yeux clairs, un peu comme des grains de rai­sin, vi­treux. Le mou­ton a un pro­fil hu­main, juif, ar­mé­nien, se­cret, in­dif­fé­rent, bête » (2).

(1) Le Mur in­vi­sible, de Mar­len Hau­sho­fer, Actes Sud, 1992. (2) La paix soit avec vous, de Vas­si­li Gross­man, L’Age d’homme, 1989.

EX­TINC­TION “Si la vache existe en­core au­jourd’hui, c’est parce que l’homme la do­mes­tique de­puis des mil­lé­naires. Donc, avec la li­bé­ra­tion ani­male, les vaches dis­pa­raî­tront.”

Des ani­maux et deshommes, d’Alain Fin­kiel­kraut, Stock, 300 p., 20 €.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.