per­du la tête Com­ment les in­tel­lec­tuels fran­çais ont

En dé­rou­lant la fresque fran­çaise des idées, de la Li­bé­ra­tion à 1989, l’his­to­rien et épis­té­mo­logue Fran­çois Dosse a écrit le ré­cit de notre désar­roi ac­tuel.

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Em­ma­nuel Le­mieux et Sté­phane Bou

L’his­to­rien et épis­té­mo­logue Fran­çois Dosse brosse dans ces deux der­niers ou­vrages le ré­cit de notre désar­roi ac­tuel.

“ILS SONT PAS­SÉS D’UN RÉ­GIME PAR­TI­CU­LIER, CE­LUI DU SIÈCLE DI­VIN DE L’HIS­TOIRE ET DE LA RAI­SON, À LA DIS­SO­LU­TION DE CETTE CROYANCE À LA CHUTE DU MUR DE BER­LIN.”

La Sa­ga des in­tel­lec­tuels fran­çais. A l’épreuve de l’his­toire (19441968), t. 1, et l’Ave­nir en miettes (1968-1989), t. 2, de Fran­çois Dosse, Gal­li­mard, 699 p. et 622 p., 29 € chaque tome.

Tous les ans, les in­tel­lec­tuels fran­çais ont droit à leur ca­li­no­thé­ra­pie édi­to­riale. Un es­sai do­cu­men­té, un dic­tion­naire ébou­rif­fant, un toast vite écrit, leur rap­pellent com­bien – même morts – ils sont for­mi­dables, qu’ils vivent dans un pays qui aime pas­sion­né­ment les idées et qu’ils consti­tuent tou­jours de très bons crus AOC de la pen­sée mon­diale. L’aé­ro­lithe du mo­ment se com­pose de deux tomes pu­bliés chez Gal­li­mard et s’af­fiche comme une « sa­ga », rien que ça. Son au­teur, le dis­cret Fran­çois Dosse, 68 ans, plonge sa belle tête de sa­vant psy­ché­dé­lique de­puis des an­nées dans la vie des idées et de celles et ceux qui les font. Quelques bio­gra­phies de beaux pen­seurs (Cas­to­ria­dis, Ri­coeur, Cer­teau, De­leuze et Guat­ta­ri en por­traits croi­sés, No­ra, en at­ten­dant Vi­dalNa­quet en 2019) et une his­toi­re­fleuve du struc­tu­ra­lisme consti­tuent sa griffe de chas­seur de fond.

« Là, je ne sou­hai­tais pas faire une so­cio­gra­phie de plus, le genre de livre qui ra­conte les moeurs des in­tel­lec- tuels ou les bis­trots qu’ils fré­quentent », nous ex­plique-t-il der­rière sa table de tra­vail. « L’idée d’écrire une sa­ga, c’est-à-dire un ré­cit à vo­lon­té pa­no­ra­mique, me sem­blait idéale pour en­tre­mê­ler tous les fils hé­té­ro­gènes d’une vie et d’une am­biance in­tel­lec­tuelle très riches. Il s’agit d’un gros tra­vail de syn­thèse qui, se­lon moi, per­met d’en­tre­voir les lo­giques per­son­nelles et col­lec­tives, les am­bi­tions d’un mo­ment, les scan­sions et les rup­tures sur une longue pé­riode de près de cin­quante ans. » La sé­quence his­to­rique choi­sie par le tis­se­rand his­to­rien est par­ti­cu­liè­re­ment dense, prise entre deux dates ra­dio­ac­tives, de 1944 à 1989. « Cette pé­riode m’a par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sé, car elle m’a per­mis de te­nir un fil rouge tout le long du ré­cit, ra­con­ter l’his­toire de l’ef­fa­ce­ment pro­gres­sif des in­tel­lec­tuels. J’ai vé­ri­fié une hy­po­thèse : les in­tel­lec­tuels fran­çais sont pas­sés d’un ré­gime par­ti­cu­lier, ce­lui du siècle di­vin de l’his­toire et de la rai­son, à la dis­so­lu­tion de cette croyance à la chute du mur de Ber­lin. De­puis 1989, ils vivent une crise pro­fonde d’his­to­ri­ci­té. Ce n’est pas un ha­sard d’ailleurs si l’on as­siste à la nais­sance d’une nou­velle dis­ci­pline dans les an­nées 80, celle de l’his­toire des in­tel­lec­tuels. »

Jacques Jul­liard et Té­lé­ra­ma ont loué le mo­nu­ment de pa­pier, le Monde des livres l’a dé­glin­gué d’un coup de pied, cri­ti­quant des er­reurs fac­tuelles ou d’ap­pré­cia­tion, mais aus­si, plus per­ti­nent, son manque de dé­fi­ni­tion de « l’in­tel­lec­tuel ». Il est vrai que le sta­tut a chan­gé de­puis des lustres : ce­lui dont parle d’abord Fran­çois Dosse est avant tout « l’in­tel­lec­tuel pro­phé­tique » qui, tel le hé­ros cré­pus­cu­laire d’un wes­tern, va pas­ser la main, à par­tir des an­nées 80, à la co­horte com­po­site des uni­ver­si­taires, cher­cheurs spé­cia­li­sés, ex­perts, édi­to­ria­listes de tout et de rien et squat­ters po­lé­miques de pla­teau té­lé.

Eta­blir une his­toire de la vie in­tel­lec­tuelle fran­çaise nous per­met-elle d’y voir plus clair en temps de désar­roi et de brouillage idéo­lo­gique ? Dans le grand « Game Of Th­rones » de Fran­çois Dosse, les tri­bus in­tel­lec­tuelles se consti­tuent, se contre­disent, s’étripent, s’ex­com­mu­nient, s’illu­sionnent, se dis­putent les ter­ri­toires de la pen­sée. Et l’his­toire aligne page par page les tombes d’un vaste ci­me­tière. Des idéo­lo­gies sont au­jourd’hui aus­si in­dé­chif­frables que des langues mortes. Spoi­lons tout de suite les

quelque 1 300 pages de la­dite sa­ga : ça fi­nit mal. Et même, ça dure, en­se­ve­lis que nous se­rions tou­jours sous les gra­vats idéo­lo­giques du mur de Ber­lin. « A un ho­ri­zon d’at­tente nour­ri d’es­pé­rance s’est sub­sti­tué un ho­ri­zon d’an­goisse, de peur d’une ca­tas­trophe pou­vant mettre en pé­ril l’en­semble de l’hu­ma­ni­té. » Le tout pre­mier livre de Fran­çois Dosse s’in­ti­tu­lait l’His­toire en miettes (1987), le se­cond tome de la sa­ga, l’Ave­nir en miettes. Com­ment en est-on ar­ri­vé là ?

Les pre­miers fils du ré­cit s’entre-tissent à la Li­bé­ra­tion. Un Theo­dor Ador­no l’a mar­te­lé : on ne peut plus pen­ser après Au­sch­witz comme avant. Vu du pro­mon­toire de Fran­çois Dosse, la vie in­tel­lec­tuelle des an­nées 50 s’agite dans une am­biance gé­né­rale d’épu­ra­tion, de putschs et de guerre ci­vile. Certes, Jean-Paul Sartre est « le pro­phète exis­ten­tiel de la Li­bé­ra­tion ». On a droit aux sem­pi­ter­nelles des­crip­tions de boîtes à jazz et dé­bats en­fu­més à Saint-Ger­main, mais aus­si à ses clashs en sé­rie. Le sar­trisme rompt à tout-va, vi­gnettes connues, avec Aron, Ca­mus, mais aus­si Le­fort et Mer­leau-Pon­ty. Dans ce nou­veau monde, cha­cun cherche une voie, le fé­mi­nisme de Si­mone de Beau­voir, les hus­sards de la droite, la nou­velle gauche an­ti­sta­li­nienne et les avant­gardes, liste non ex­haus­tive. Le PCF tout-puis­sant im­pose une guerre idéo­lo­gique de fer, in­car­née par le dja­no­visme. La fi­gure de pro­pa­gande est ou­bliée, mais elle fut loin d’être folk­lo­rique : elle cré­ti­ni­sa mas­si­ve­ment les in­tel­lec­tuels. La guerre d’Al­gé­rie et les frac­tures co­lo­niales donnent du pou­voir au verbe des in­tel­lec­tuels im­pli­qués, et à une presse en­ga­gée et mo­der­ni­sée. « Mau­riac pas­sant du Fi­ga­ro à l’Ex­press illustre très bien cette flui­di­té des po­si­tions, en l’ex­pli­quant drô­le­ment : “Je suis comme un chat, j’aime chan­ger de li­tière” », rap­pelle Dosse.

La rup­ture ins­pi­ra­trice

Les an­nées 60 ont ac­cé­lé­ré la mas­si­fi­ca­tion de l’uni­ver­si­té, la so­cié­té mé­dia­tique a ra­meu­té beau­coup de jeunes ac­teurs sur scène et au bal­con. « Mai 68 nous ra­mène à une rup­ture ins­pi­ra­trice. Comme di­sait Mi­chel de Cer­teau : “En mai 68, on a pris la pa­role comme la Bas­tille en 1789.” C’est pour toutes ces rai­sons que Luc Fer­ry et Alain Re­naut se trompent lors­qu’ils dé­mo­lissent dans leur es­sai, en 1988, “la pen­sée 68”, qui se­rait ho­mo­gène et fon­da­men­ta­le­ment an­ti­hu­ma­niste. C’est une pé­riode plus riche, plus contra­dic­toire et in­ven­tive qui as­siste tout à la fois au suc­cès ins­ti­tu­tion­nel du struc­tu­ra­lisme mais aus­si à ce­lui de l’an­ti-oe­dipe. » L’ex­plo­ra­tion de l’his­to­rien fait ici re­sur­gir tout un in­dex de noms un peu ou­bliés de­puis,

tels Ivan Il­lich, Serge Mos­co­vi­ci (qui a eu une in­fluence ma­jeure sur les pre­miers éco­los po­li­tiques), mais aus­si la flo­rai­son de re­vues et fan­zines in­tel­lec­tuels et mi­li­tants (qui se sou­vient des in­fluents Po­li­tique Heb­do, Sex­pol ou la Gueule ou­verte ?).

Après le fes­tin des an­nées 70, la dé­cen­nie 80 voit « une gauche in­tel­lec­tuelle du­ra­ble­ment déso­rien­tée » et as­sez muette dans les pre­miers mois de Fran­çois Mit­ter­rand à l’Ely­sée. C’est l’époque pré­cise où une re­vue comme les Temps mo­dernes ne par­vient pas à ré­di­ger un édi­to­rial au len­de­main du 10 mai, « tant les po­si­tions sont contra­dic­toires entre Claude Lanz­mann qui sa­lue la vic­toire de Mit­ter­rand et le scep­ti­cisme, voire les sar­casmes, de Pierre Ri­gou­lot et de Jean Pouillon ». Le marxisme, lui, su­bit sa tra­ver­sée du dé­sert de la mort. Le mou­ve­ment an­ti­to­ta­li­taire re­lève la tête fin 1981, en s’im­pli­quant dans la cause po­lo­naise de So­li­dar­nosc. L’au­tomne 1983 et l’aban­don des en­ga­ge­ments key­né­siens par le gou­ver­ne­ment so­cia­liste sont les pré­mices d’une ré­vo­lu­tion conser­va­trice et li­bé­rale. Le li­bé­ra­lisme bien­tôt ul­tra se dé­couvre triom­phant, face à des ad­ver­saires en sucre, et glou­ton pour faire des OPA du­rables sur la pen­sée mains­tream. La nou­velle droite se fait, elle aus­si, les griffes dans le dé­bat pu­blic.

Alain Fin­kiel­kraut pu­blie en 1987 la Dé­faite de la pen­sée. Le phi­lo­sophe, ex-mao, dé­gomme sans pi­tié une époque in­ver­té­brée qui fait signe égal de tout : « Un slo­gan pu­bli­ci­taire ef­fi­cace vaut un poème d’Apol­li­naire ou de Fran­cis Ponge. » C’est l’une des rares fois dans la masse im­pres­sion­nante d’in­for­ma- tions où Fran­çois Dosse, qui voit dans cette po­si­tion l’inau­gu­ra­tion d’une longue ère dé­cli­niste, sort de sa ré­serve : « Ce pro­pos dé­ca­den­tiste se double d’un dis­cours vic­ti­maire qu’il ne faut sur­tout pas contre­dire. Il de­vance les cri­tiques en se pré­sen­tant comme l’ob­jet d’une ca­bale di­ri­gée par les te­nants du post­mo­der­nisme et du mé­tis­sage cultu­rel et des­ti­née à le traî­ner dans la boue. » De­puis 1989, les in­tel­lec­tuels fran­çais au­raient comme per­du la tête. « Les in­tel­lec­tuels de gauche comme de droite ont fait leur deuil du fu­tur. Les pre­miers sont comme or­phe­lins d’un pro­jet de so­cié­té éman­ci­pa­teur, les se­conds ne s’illu­sionnent plus sur un re­tour à la tra­di­tion, dé­crit-il. Les causes de cet ef­fon­dre­ment sont, pour moi, la dis­pa­ri­tion d’une in­tel­li­gi­bi­li­té des so­cié­tés hu­maines après l’âge d’or des sciences hu­maines des an­nées 60-70 et la fin du struc­tu­ra­lisme flam­boyant, la mon­tée en puis­sance des mé­dias et le règne de l’éphé­mère. »

S’ar­rê­ter au pied du mur écrou­lé offre sans doute une belle chute, co­hé­rente pour une sa­ga, mais quand même as­sez frus­trante. D’au­tant plus que Fran­çois Dosse nous jure qu’il ne fe­ra pas un tome de plus. Rien n’au­rait bou­gé de­puis trente ans, vrai­ment ? Ana­lyse sur le vif de l’in­té­res­sé : « Cas­to­ria­dis le re­mar­quait dé­jà, nous nous trou­vons dans un mo­ment de l’in­si­gni­fiance, ce­lui d’une so­cié­té de loi­sirs où l’on vi­site le Pan­théon comme on vi­si­te­rait les chutes du Nia­ga­ra, sans plus ré­flé­chir à sa si­gni­fi­ca­tion… Il y a, sans doute, une in­tel­lec­tua­li­té qui s’est ins­tal­lée, on as­siste au­jourd’hui à une pro­fu­sion de pen­seurs, de cher­cheurs en sciences so­ciales et d’ex­perts comme on en avait ja­mais vu, do­pée par In­ter­net et la so­cié­té mé­dia­tique, mais on vit en même temps une pé­riode où l’on doit en­ter­rer un cer­tain nombre d’es­pé­rances. Ce qui nous manque, ce sont des gens pour rem­pla­cer les fi­gures de l’in­tel­lec­tuel pro­phé­tique. »

Fran­çois Dosse, même s’il s’en dé­fend, fait par­tie, in­ti­me­ment, de cette sa­ga qui se dé­roule dans la plus par­faite des confu­sions. Qu’il le veuille ou non, l’his­to­rien est lui­même dans le pay­sage de­puis les an­nées 80, et sa propre tri­bu in­tel­lec­tuelle n’a pas que des amis. « Je n’ai pas le goût pour l’ego-his­toire », botte-t-il en touche. On peut la faire pour lui. Dans les an­nées 60, ce fils d’un avo­cat mi­li­tant com­mu­niste

“NOUS NOUS TROU­VONS DANS UN MO­MENT DE L’IN­SI­GNI­FIANCE, UNE SO­CIÉ­TÉ DE LOI­SIRS Où L’ON VI­SITE LE PAN­THÉON COMME ON VI­SI­TE­RAIT LES CHUTES DU NIA­GA­RA.”

(qui se dé­sta­li­nise après avoir été cen­su­ré pour ses prises de po­si­tion sur Bu­da­pest) avait 17 ans en mai 1968. Il ne cesse de « vi­tu­pé­rer le Par­ti » et ca­bote avec les trots­kistes de la LCR (au­jourd’hui NPA). Mo­ment dé­ci­sif : l’étu­diant, après avoir dé­cro­ché le « bac 68 », se dé­couvre une belle eu­pho­rie ad­dic­tive pour les idées à l’uni­ver­si­té ex­pé­ri­men­tale de Vin­cennes, la Mecque du struc­tu­ra­lisme et dont il ne reste plus de traces. Qu’im­porte. « Je dois tout à Vin­cennes ! Sa dé­marche trans­ver­sale, sa cu­rio­si­té trans­dis­ci­pli­naire, sa vi­sion large… J’avais le sen­ti­ment d’étu­dier sans fron­tières. Tous ceux dont j’ai fait la bio­gra­phie in­tel­lec­tuelle par la suite se ca­rac­té­risent par cette ou­ver­ture », se ré­jouit-il sin­cè­re­ment. La fin des an­nées 70 lui ap­pa­raît plus brouillée et même apo­ré­tique, qui ne lui offre que la pers­pec­tive bouf­fonne d’un Co­luche à la pré­si­den­tielle. No fu­ture. En 1981, il re­join­dra le PS, dans le Ceres de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment. « La gauche au pou­voir sus­cite à ses dé­buts un en­goue­ment ex­tra­or­di­naire. Elle est nour­rie par un te­los, son pro­jet so­cial-dé­mo­crate, ce qui masque la crise de la gauche in­tel­lec­tuelle qui, elle, ne cesse de perdre du ter­rain et ne pro­pose plus vrai­ment de pro­jet al­ter­na­tif », nous dit-il.

Exit les man­da­rins

Epis­té­mo­logue, his­to­rien, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés et en­sei­gnant à Sciences-Po, Fran­çois Dosse est un par­fait tra­ceur chi­mique du bio­tope in­tel­lec­tuel nor­ma­li­sé des an­nées 1980 à 2017 : « Dans les an­nées 80, l’in­tel­lec­tuel du soup­çon laisse peu à peu la place à un in­tel­lec­tuel ré­con­ci­lié avec les va­leurs dé­mo­cra­tiques, sou­cieux ce­pen­dant de son au­to­no­mie cri­tique. Ce der­nier re­tien­dra de l’en­sei­gne­ment fou­cal­dien qu’il lui faut li­mi­ter ses in­ter­ven­tions à son do­maine spé­ci­fique de com­pé­tences. » Exit peu à peu les sta­tues de com­man­deurs, les man­da­rins et les aboyeurs flam­boyants.

Quels sont les in­tel­lec­tuels ou les idées qui l’ins­pirent au­jourd’hui ? Si­lence ra­dio nos­tal­gie. « Nous sommes dans une crise du fu­tur, et, pour lut­ter contre le dis­cours dé­ca­den­tiste, je ne vois pas d’autre chose, pour l’ins­tant, que de re­vi­si­ter le pas­sé fé­cond du XXe siècle, en me­su­rer ses er­reurs et ses er­re­ments, mais aus­si ses po­ten­tia­li­tés. Ce qui ne me semble pas un leurre est l’ap­pro­fon­dis­se­ment de la dé­mo­cra­tie », fi­nit-il par dire.

Avant sa sa­ga, il a pu­blié l’au­tomne der­nier un ré­cit, le Phi­lo­sophe et le pré­sident. Em­ma­nuel Ma­cron fut son étu­diant (« très à l’écoute, dans le sou­ci du dis­cer­ne­ment »), et c’est lui qui le pré­sen­ta en 1997 au phi­lo­sophe Paul Ri­coeur – dont l’ac­tuel pré­sident se ré­clame. L’his­to­rien est pru­dent de­vant la re­ven­di­ca­tion de cette fi­lia­tion, mais, oui, il consi­dère Ma­cron comme un in­tel­lec­tuel. Sé­duit mais pas dupe : « Son idée de re­mettre en marche l’his­toire me pa­raît être la bonne, même si au­jourd’hui, avec l’exer­cice du pou­voir, il est un peu comme un mar­cheur boi­teux et bles­sé… »

FRAN­çOIS DOSSE “Nous sommes dans une crise du fu­tur, et, pour lut­ter contre le dis­cours dé­ca­den­tiste, je ne vois pas d’autre chose que de re­vi­si­ter le pas­sé fé­cond du XXe siècle, en me­su­rer ses er­reurs et ses er­re­ments, mais aus­si ses po­ten­tia­li­tés.”

LES PEN­SEURS À L’ÉLY­SÉE Le 26 juin 1979, An­dré Glucks­mann, Jean-Paul Sartre et Ray­mond Aron (de g. à d.) sor­tant d’un en­tre­tien avec Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing sur la ques­tion des boat peoples viet­na­miens.

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