Charles Az­na­vour, en­fant d’Ar­mé­nie, sym­bole de la France

CHARLES AZ­NA­VOUR

Marianne Magazine - - Sommaire - Par So­phie Ro­se­mont

Hom­mage à ce­lui qui, né à Pa­ris de pa­rents ar­mé­niens, chan­ta sa terre na­tale comme per­sonne.

Al’image d’un Gos­cin­ny, juif po­lo­nais ayant fui les po­groms, avant de de­ve­nir le créa­teur d’As­té­rix le Gau­lois, ou d’un Ro­main Ga­ry, né en Li­tua­nie, dou­ble­ment prix Gon­court et mul­ti­dé­co­ré pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale, Charles Az­na­vour est un em­blème de la na­tion. Il au­ra pas­sé toute sa vie à in­ter­pré­ter, écrire, com­po­ser des chan­sons pu­re­ment fran­çaises, où l’on parle d’amour, de mé­lan­co­lie, de fa­mille, de temps qui passe, mais aus­si de bo­hème ty­pi­que­ment pa­ri­sienne, de fêtes et de bonne bouffe. Bref, ce­lui qui chante la France, celle « que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », en était l’un des plus fi­dèles re­pré­sen­tants, des Etats-Unis au Ja­pon – de quoi faire fré­mir Mi­reille Ma­thieu.

« Je suis né au bout du voyage de l’en­fer, là où com­mence le pa­ra­dis de ce qu’on ap­pelle l’émi­gra­tion », écri­vait-il dans le Temps des avants (Flam­ma­rion).

1923, Cons­tan­ti­nople. La jeune co­mé­dienne nom­mée Knar Bagh­das­sa­rian épouse Mi­scha Az­na­vou­rian, sé­millant ba­ry­ton d’opé­rette. Mais à l’époque, en Tur­quie, il ne fait pas bon être ar­mé­nien. Ils fuient, d’abord en Grèce où naît leur fille Aï­da, puis à Pa­ris où ils at­tendent sa­ge­ment leurs vi­sas pour les Etats-Unis.

Chan­ge­ment de pro­gramme le 22 mai 1924, à la nais­sance de leur se­cond en­fant, Shah­nou­rh, dont le pré­nom est aus­si­tôt fran­ci­sé par la sage-femme. Alors qu’ils ont pris leurs ha­bi­tudes dans le Quar­tier la­tin, les Az­na­vou­rian se disent que ce n’est pas une si mau­vaise idée que de res­ter en France, et ils ouvrent un res­tau­rant, Le Cau­case, rue Cham­pol­lion. On s’y re­trouve entre im­mi­grés russes et ar­mé­niens, on y mange, on y boit et sur­tout on y chante beau­coup, Mi­scha le pre­mier, au son d’un or­chestre hon­grois. Avec sa femme, il fait par­tie d’une troupe ama­trice d’opé­rettes ar­mé­niennes. A 3 ans, Charles monte sur scène, avant que le specSur­prise tacle ne com­mence, et dé­bite « une ré­ci­ta­tion en ar­mé­nien » sous les ap­plau­dis­se­ments.

Mi­scha, ne te­nant pas aus­si bien les comptes que les notes, Le Cau­case ferme ra­pi­de­ment ses portes. Il ouvre un ca­fé en face de l’Ecole des en­fants du spec­tacle où l’on ins­crit le pe­tit Charles, qui montre au­tant de dis­po­si­tions ar­tis­tiques que ses pa­rents. Dès 9 ans, il passe des au­di­tions sous le nom d’Az­na­vour. Avec Aï­da, ils entrent au Théâtre du Pe­tit-Monde et com­mencent à cou­rir les ca­chets. Chan­son, lit­té­ra­ture ou ci­né­ma : la cul­ture fran­çaise, c’est sa­cré dans la fa­mille, et les pa­rents l’as­si­milent en même temps que leurs en­fants. « Dès avant la guerre, j’ai plei­ne­ment eu conscience de mon amour pour la France. Fran­co-ar­mé­nien je suis. Et pa­ri­got à 200 % ! » dé­cla­rait Az­na­vour en 2005.

Du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, après l’en­ga­ge­ment de Mi­scha dans l’ar­mée puis dans la Ré­sis­tance, l’ap­par­te­ment des Az­na­vou­rian sert de planque au ré­seau Ma­nou­chian, aux juifs et aux im­mi­grés russes ar­mé­niens. Pen­dant ce temps-là, Charles brûle les planches avec son com­plice, le pia­niste Pierre Roche. Après la guerre, ils écrivent quelques titres qui font mouche, no­tam­ment au­près d’Edith Piaf, qu’ils re­joignent sur un coup de tête en Amé­rique du Nord où elle est par­tie en tour­née. de les voir là, elle leur sug­gère d’al­ler au Ca­na­da. Bien vu : à Mont­réal, le duo ren­contre un vrai suc­cès po­pu­laire qui rap­porte à Az­na­vour ses pre­miers ca­chets im­por­tants. Mais il rentre en France, car il a « le mal du pays »…

En­fin chan­teur

La Môme le prend sous son aile, en lui pro­po­sant des pre­mières par­ties. Elle l’adore, le per­sé­cute for­cé­ment un peu. Elle le pousse à se lan­cer en so­lo, à quit­ter sa femme et à se faire re­faire le nez. Il est à la fois le se­cré­taire de Piaf, son confi­dent et son chauf­feur. Il écrit pour Gil­bert Bé­caud, Ju­liette Gré­co, Phi­lippe Clay, Ed­die Cons­tan­tine, Pa­ta­chou. Au dé­but des an­nées 50, il pos­tule pour rem­pla­cer Marc Her­rand au sein des Com­pa­gnons de la chan­son. Re­fu­sé. Le dé­cou­ra­ge­ment com­mence à se faire sen­tir : per­sonne ne l’en­vi­sage comme un chan­teur, seule­ment comme un bon au­teur-com­po­si­teur. « Quels sont mes han­di­caps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de cul­ture et d’ins­truc­tion, ma fran­chise, mon manque de per­son­na­li­té. Ma voix ? Im­pos­sible de la chan­ger. Les pro­fes­seurs que j’ai consul­tés sont ca­té­go­riques : ils m’ont dé­con­seillé de chan­ter. Je chan­te­rai pour­tant, quitte à m’en dé­chi­rer la glotte […] De la té­na­ci­té j’en ai eu, et elle a payé. » En 1956, il dé­cide de se gar­der une chan­son, Sur ma vie. Elle est son pre­mier suc­cès. S’en­suivent A t’re­gar­der, Vivre avec toi, Parce que… Les concerts s’en­chaînent, le buzz monte et le 12 dé­cembre 1960, c’est la consé­cra­tion lors d’une fa­meuse soi­rée à l’Al­ham­bra où il in­ter­prète le bien nom­mé Je m’voyais dé­jà. Le pu­blic ne semble pas ré­agir, Az­na­vour se ré­fu­gie en cou­lisses, où il en­vi­sage de tout pla­quer, puis re­tourne sa­luer une der­nière fois. La salle lui fait un triomphe.

En 1960, à l’Al­ham­bra, le pu­blic ne semble pas ré­agir. Az­na­vour se ré­fu­gie en cou­lisses, en­vi­sage de tout pla­quer, puis re­tourne sa­luer une der­nière fois. La salle lui fait un triomphe.

En­fin ! A 36 ans, le voi­là cé­lèbre. Ré­sul­tat, il ne s’ar­rête plus, sans ja­mais vrai­ment ou­blier les an­nées pas­sées dans l’ombre et le doute. Les titres s’en­chaînent alors : les Co­mé­diens (1962), la Mam­ma (1963), For Me for­mi­dable (1964), Hier en­core (1964), la Bo­hème (1965), Em­me­nez-moi (1967). S’il forme, dès 1965, un duo re­dou­table avec le com­po­si­teur Georges Gar­va­rentz, ma­rié avec sa soeur Aï­da, il conti­nue à écrire pour les autres. Et des tubes, tant qu’à faire : Re­tiens la nuit, pour John­ny Hal­ly­day, qui di­ra « de­voir beau­coup » à Az­na­vour, ou La plus belle pour al­ler dan­ser, pour Syl­vie Var­tan. En 1963, il se frotte avec suc­cès au Car­ne­gie Hall de New York. Le len­de­main de sa pres­ta­tion, un jour­nal ose même ti­trer : « Charles Az­na­vour se fait des amis plus vite que de Gaulle des en­ne­mis ». For­cé­ment, les Amé­ri­cains se bous­culent pour écou­ter le pe­tit bon­homme fran­çais, qui va jus­qu’à in­ter­pré­ter ses mor­ceaux en an­glais pour leur faire plai­sir. Avec l’ac­cent pa­ri­sien, ce­la va de soi… Ray Charles ou Fred As­taire re­prennent du Az­na­vour, Sam­my Da­vis Jr se­ra le té­moin de son ma­riage avec Ul­la, à Las Ve­gas – pas très fran­chouillard, comme cé­ré­mo­nie, on en convien­dra. En 1976, consé­cra­tion ul­time : il est l’in­vi­té d’un épi­sode du « Mup­pet Show » !

Truf­faut, Ver­neuil, etc.

Cette po­pu­la­ri­té outre-At­lan­tique, il la doit à sa car­rière d’ac­teur : en 1957, Jean-Pierre Mo­cky lui pro­pose de jouer dans une adap­ta­tion d’Her­vé Ba­zin, la Tête contre les murs, réa­li­sée par Georges Fran­ju. Rien de mé­mo­rable, mais Az­na­vour se prend au jeu et re­trouve Mo­cky pour les Dra­gueurs l’an­née sui­vante. En 1960, coup de chance : il tient le pre­mier rôle de Ti­rez sur le pia­niste, de Truf­faut, icône de la nou­velle vague de­ve­nue culte à l’in­ter­na­tio­nal, ob­jet de fan­tasme des ci­né­philes amé­ri­cains. Au fi­nal, il in­ter­vien­dra dans plus de 50 films, chez Hen­ri Ver­neuil, Claude Le­louch ou Claude Cha­brol.

Cô­té po­li­tique, il réus­sit l’ex­ploit d’être in­vi­té à de nom­breuses tables. « Je ne me suis ja­mais vrai­ment im­pli­qué dans un mou­ve­ment », « Les vrais po­li­ti­sés ne donnent pas de le­çons », af­fir­mait-il. Peut-être, mais Az­na­vour ne dis­si­mu­lait guère ses af­fi­ni­tés po­li­tiques. En 1974, on le voit dans le do­cu­men­taire de Ray­mond De­par­don, 1974, une par­tie de cam­pagne, où il ap­pa­raît comme un sou­tien fervent de Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing. En 2015, sur le pla­teau de « Quo­ti­dien », il af­fir­mait avoir vo­té aux der­nières élec­tions pour Ni­co­las Sar­ko­zy, mais que Fran­çois Hol­lande l’avait « bien pris ». Sans doute parce que ce der­nier sait éga­le­ment que, dans les an­nées 70, Az­na­vour avait chan­té avant l’un des dis­cours de Fran­çois Mit­ter­rand à la Fête de l’Hu­ma. Avant, certes, de s’en­ga­ger au­près de VGE. « Cha­cun m’a re­mer­cié à sa ma­nière, ra­con­tait-il, non sans un cer­tain hu­mour. Fran­çois Mit­ter­rand m’a re­mis à l’Ely­sée ma pre­mière Lé­gion d’hon­neur, et l’élec­tion de Gis­card m’a va­lu tous les em­mer­de­ments pos­sibles et ima­gi­nables. »

Comme beau­coup d’ar­tistes de sa gé­né­ra­tion, Az­na­vour peine dès le mi­lieu des an­nées 80 à re­nou­ve­ler son ré­per­toire. Hor­mis les al­bums Toi et moi (1994) ou Plus bleu que tes yeux (1997), les tubes ne sont plus de la par­tie. Et ses nou­velles idées ne sont pas les meilleures, comme en té­moigne un duo post mor­tem avec Edith Piaf, d’un goût dou­teux. Pas grave : il se contente sur­tout de culti­ver son ré­per­toire en tour­née, tou­jours à gui­chets fer­més, de res­ter pré­sent dans les bacs via d’in­nom­brables disques live, de col­la­bo­ra­tions (Duos, 2008) et de ré­or­ches­tra­tions tel Jazz­na­vour (1998). Il s’offre des pe­tits plai­sirs comme chan­ter avec Lu­cia­no Pa­va­rot­ti ou la so­pra­no nor­vé­gienne Sis­sel Kyrk­je­bo : après la re­con­nais­sance du pu­blic po­pu­laire, voi­ci celle de l’au­dience de la mu­sique clas­sique. En 1995, il achète les édi­tions mu­si­cales Raoul Bre­ton ain­si que son propre ca­ta­logue de chan­sons : on n’est ja­mais aus­si bien ser­vi que par soi-même. Dès 2005, il se lance dans des tour­nées d’adieu qui n’en fi­nissent pas, s’es­sayant de temps à autres à chan­ter des titres moins connus de sa dis­co­gra­phie. His­toire de culti­ver le mythe, il écrit plu­sieurs ré­cits au­to­bio­gra­phiques (A voix basse, le Temps des avants, En haut de l’af­fiche, Re­tiens la vie…) et un re­cueil de nou­velles en 2007, Mon père, ce géant.

Ré­gu­liè­re­ment ci­té comme l’une des per­son­na­li­tés pré­fé­rées des Fran­çais, chan­teur po­ly­glotte, Az­na­vour a joui du­rant plu­sieurs dé­cen­nies d’une ré­pu­ta­tion hors

“Les pro­fes­seurs sont ca­té­go­riques : ils m’ont dé­con­seillé de chan­ter. Je chan­te­rai pour­tant, quitte à m’en dé­chi­rer la glotte. […] De la té­na­ci­té j’en ai eu, et elle a payé.”

fron­tières, de l’An­gle­terre au Ja­pon. Plus de 100 mil­lions de disques ven­dus à tra­vers le monde… Du point de vue di­plo­ma­tique, le CV était plu­tôt ho­no­rable : de­ve­nu ci­toyen ar­mé­nien en 2008, il était, de­puis 1995, « am­bas­sa­deur ex­tra­or­di­naire et plé­ni­po­ten­tiaire » de l’Ar­mé­nie au­près de l’ONU.

L’Ar­mé­nie au coeur

« Mes ra­cines sont en­fouies très pro­fon­dé­ment dans une terre qui m’échappe »… C’est en 1963 qu’Az­na­vour met les pieds pour la pre­mière fois en Ar­mé­nie. Re­çu comme une star, il est ému et un peu désem­pa­ré. Après la chan­son Ils sont tom­bés (1975), son en­ga­ge­ment éclate au grand jour en 1988, lorsque le pays est vic­time d’un trem­ble­ment de terre dé­vas­ta­teur. Il crée la fon­da­tion Az­na­vour pour l’Ar­mé­nie et, sur­tout, or­ga­nise l’en­re­gis­tre­ment de la chan­son ca­ri­ta­tive Pour toi, Ar­mé­nie, tou­jours avec Gar­va­rentz. Y col­la­borent plus de 80 ar­tistes, par­mi les­quels John­ny Hal­ly­day, Sou­chon et Voul­zy, Mi­chel Del­pech, Ri­chard Boh­rin­ger, Hen­ri Sal­va­dor, Mi­chel Sar­dou… Bref, le gra­tin de la scène hexa­go­nale. For­cé­ment, le titre se classe nu­mé­ro un et de­vient le sym­bole de la so­li­da­ri­té mon­diale en­vers le pays, ce qui fait grin­cer quelques dents. Plus tard, Az­na­vour re­vient sur cet épi­sode : « Non seule­ment j’ai re­ver­sé les droits du disque mais aus­si les droits d’édi­tion, tout confon­du. Ce qui n’est pas le cas dans tous les pro­jets de ce type. Si je dis ce­la, c’est que j’ai été très pei­né lorsque des per­sonnes pu­bliques m’ont ac­cu­sé de mal­ver­sa­tion. » Ses com­pa­triotes de coeur ne s’y trompent pas : de­puis 2001, une place d’Ere­van porte son nom et une sta­tue lui est dé­diée dans la ville de Gyum­ri. En 2002, il tient l’un des rôles prin­ci­paux d’Ara­rat, d’Atom Egoyan, où il in­carne un réa­li­sa­teur, Ed­ward So­rayan, qui tente de rendre compte du gé­no­cide ar­mé­nien.

Der­rière son sou­rire, Az­na­vour était ré­pu­té pour être fa­ci­le­ment an­ti­pa­thique. Il culti­vait d’ailleurs une franche amer­tume vis-à-vis des mé­dias : « Des ar­ticles élo­gieux dans la presse, je n’en ai pas eu des masses. » « J’ai dû ga­gner des ga­lons cen­ti­mètre par cen­ti­mètre », di­sai­til en­core en 2003. S’il af­fir­mait ne pas être ran­cu­nier, il res­sas­sa long­temps les af­fronts des dé­buts où on fus­ti­geait sa voix, son phy­sique, ses chan­sons. Et ne man­qua ja­mais de rap­pe­ler qu’il était de­ve­nu une star ca­pable de se pro­duire dans plus de 80 pays. Cô­té sen­ti­men­tal, sa vie fut long­temps tu­mul­tueuse, entre ma­riages ra­tés (Mi­che­line Ru­gel, Eve­lyne Ples­sis) et liai­sons éphé­mères (Ar­lette, Mar­lène, Claude, Es­tel­la, etc.). Même s’il se dé­fend d’être « un don Juan » : « En y ré­flé­chis­sant bien, je ne pense pas avoir vé­ri­ta­ble­ment ai­mé plus de quatre ou cinq femmes. » Après Se­da, sa pre­mière fille avec Mi­che­line, et Charles, avec Eve­lyne, il a un fils avec la « jeune et jo­lie dan­seuse » Ar­lette qui dé­cide de le faire adop­ter par son amant du mo­ment. Neuf ans plus tard, mal­trai­té par son beau-père, Pa­trick s’ins­talle chez les Az­na­vour. C’est « un gar­çon ado­rable, un peu se­cret, mais plein de ten­dresse », qui suit les cours de l’école ar­mé­nienne de Sèvres. Entre-temps, son père se fixe dé­fi­ni­ti­ve­ment avec Ul­la Thor­sel, qu’il épouse à Las Ve­gas en 1967. En­semble, ils au­ront trois en­fants : Ka­tia, Mi­sha et Ni­co­las. En 1976, il ap­prend la mort bru­tale de son fils Pa­trick qui, à 25 ans seule­ment, est re­trou­vé mort, en­tou­ré de pi­lules pour mai­grir et de ca­nettes de bière, dans son pe­tit stu­dio. Ac­ci­dent, sui­cide ? Az­na­vour écri­ra dans ses Mé­moires n’avoir « ja­mais ces­sé de pen­ser à lui » et, quelques an­nées plus tard, une chan­son semble té­moi­gner de sa peine, l’Ai­guille. Elle est as­sez ex­pli­cite pour se suf­fire à elle-même : « Tes yeux ne s’ou­vri­ront sur au­cun len­de­main/L’ai­guille dans ta veine écla­tée/Ta peau dé­chi­rée/L’ai­guille dans ton corps mu­ti­lé ».

En dé­pit de sa po­pu­la­ri­té, tant at­ten­due, Az­na­vour a su prendre aus­si quelques risques. Avec Mou­rir d’ai­mer, il s’ins­pire de l’af­faire Ga­brielle Rus­sier, du nom de cette en­sei­gnante tom­bée amou­reuse d’un de ses élèves, sui­ci­dée de déses­poir en 1969. Ré­sul­tat, on le cen­sure à la ra­dio. Deux ans après Je suis un homme, de Pol­na­reff (« Les gens qui me voient pas­ser dans la rue me traitent de pé­dé »), Az­na­vour chante Comme ils disent, en 1972. « Ma bouche n’ose­ra ja­mais lui avouer mon doux se­cret/Mon tendre drame/ Car l’ob­jet de tous mes tour­ments/ Passe le plus clair de son temps/Aux lits des femmes. » Ici, il traite de l’ho­mo­sexua­li­té et, plus pré­ci­sé­ment, de l’ho­mo­pho­bie, sans ca­ri­ca­ture : « Je me suis dit que jus­qu’ici toutes les chan­sons qu’on a faites sur l’ho­mo­sexua­li­té étaient de pe­tites ri­go­lades et que, pour une fois, on pou­vait peu­têtre en écrire une qui soit comme une chan­son tout à fait nor­male sur un su­jet que l’on ne trai­tait pas. » Dans les an­nées 2010, cet adepte de l’usage de la fran­co­pho­nie en mu­sique di­sait s’in­té­res­ser de très près au rap hexa­go­nal, no­tam­ment ce­lui d’Orel­san (l’ap­pé­tence pour le po­pu­laire, tou­jours !) et d’Ox­mo Puc­ci­no. Sur­pre­nant jus­qu’au bout !

PHO­TO DE FA­MILLE Charles Az­na­vour, sur les ge­noux de sa mère, Knar, sa soeur, Aï­da, et leur grand-mère, à Pa­ris, en 1928.

à se lan­cer en so­lo, lui qui écri­vait jusque-là pour Bé­caud, Gré­co et Pa­ta­chou. Le suc­cès est im­mé­diat. Ici, après un concert à Pa­ris, en 1958. ÉDITH PIAF L’EN­COU­RAGE

À L’ÉCRAN, Az­na­vour s’im­pose au­près des plus grands : Truf­faut, Ver­neuil, Le­louch, ou en­core Cha­brol, avec les Fan­tômesdu cha­pe­lier, où il par­tage l’af­fiche avec Mi­chel Ser­rault, en 1982.

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