LA RÉ­VOLTE MÉ­DIA­TIQUE EST À LA MODE

Marianne Magazine - - Courrier - ALAIN GADULEAU

L’écri­vain Yann Moix s’est per­du sur le pla­teau de Thier­ry Ar­dis­son « Les Ter­riens du sa­me­di ». Dans une saillie ver­bale an­ti­flics digne des slo­gans vi­ru­lents de Mai 68, il s’en est pris aux po­li­ciers, ac­cu­sés tour à tour « d’avoir la peur au ventre, de chier dans leur froc et de ne pas avoir les couilles d’al­ler dans les en­droits dan­ge­reux ».

Les po­li­ciers n’ont pas peur « d’al­ler ta­per le dom », mais ils sont sou­mis aux ordres de leur hié­rar­chie qui les somme de ne pas in­ter­ve­nir pour ache­ter la paix so­ciale ou pour ne pas in­ter­fé­rer dans la lutte contre les tra­fics vi­sant à at­teindre les têtes de réseau. Il va de soi qu’à la pre­mière ba­vure « le ci­néaste » mon­te­rait au cré­neau pour dé­non­cer des mé­thodes fas­cistes. La mé­dia­ti­sa­tion lui a-t-elle fait prendre la grosse tête ? Il se sent in­ves­ti d’une mis­sion : être la voix et le dé­fen­seur de la cause des mi­grants. A l’ins­tar de ses illustres pré­dé­ces­seurs – Sartre, Glucks­mann, Bour­dieu, hommes de toutes les causes et de toutes les luttes, à la fois in­tel­lec­tuels en­ga­gés, écri­vains, jour­na­listes, en un mot : des té­moins de leur temps –, Yann Moix rêve d’in­té­grer cette élite in­tel­lec­tuelle.

Il s’égare à plus d’un titre. Tou­jours à contre-cou­rant, il voue une fas­ci­na­tion aveugle pour la Co­rée du Nord. Au­rait-il « les couilles » de te­nir de tels propos au pays du grand lea­der Kim Jong-un ? Il se­rait exé­cu­té ma­nu mi­li­ta­ri ou plon­gé au fond d’une geôle sor­dide jus­qu’à la fin des temps. Mais Yann Moix ne craint rien de tel. Au pays bé­ni de Vol­taire, la ré­volte est fa­cile. Le dis­cer­ne­ment, un ta­lent qui, ma­ni­fes­te­ment, lui échappe.

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