Eu­ro­péennes. Un pay­sage po­li­tique tou­jours bal­ka­ni­sé

L’un à gauche, Ra­phaël Glus­ck­mann, l’autre très à droite, Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan, sont deux il­lus­tra­tions du dé­rè­gle­ment du cli­mat po­li­tique qui per­dure, sept mois avant les pre­mières élec­tions in­ter­mé­diaires du quin­quen­nat Ma­cron. Le pre­mier lance son mou

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Louis Hau­sal­ter et Lu­cas Bre­ton­nier

Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan et Ra­phaël Glucks­mann illus­trent, à droite et à gauche, ce trouble qui tra­verse le pay­sage po­li­tique fran­çais.

NI­CO­LAS DU­PONT-AI­GNAN, BRACONNIER DES DROITES

De­puis la ren­trée, Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan est de très bonne hu­meur. Non seule­ment Em­ma­nuel Ma­cron en­chaîne les tuiles, mais sur­tout le pa­tron de De­bout la France fait par­tie des rares op­po­sants qui semblent en pro­fi­ter. De­puis le dé­but de l’été, les son­dages ac­cordent entre 6 et 7 % des voix à sa liste pour les élec­tions eu­ro­péennes de mai pro­chain. C’est mieux que son score à la pré­si­den­tielle de 2017 (4,7 %), qui avait dé­jà sur­pris les com­men­ta­teurs. Il n’en faut pas plus au dé­pu­té de l’Es­sonne pour rê­ver d’un score à deux chiffres au prin­temps, ce qui lui per­met­trait d’ex­pé­dier plu­sieurs élus dans l’hé­mi­cycle de Stras­bourg. A com­men­cer par lui, puisque le sou­ve­rai­niste a mo­des­te­ment choi­si de conduire sa propre liste, quitte à re­non­cer à l’As­sem­blée na­tio­nale pour fi­ler au Par­le­ment eu­ro­péen. « Si je suis élu, je sié­ge­rai jus­qu’en 2022 », pro­met-il.

Si « NDA » se sent pous­ser des ailes, c’est sur­tout parce qu’il pro­fite de la grande lé­thar­gie de ses ri­vaux. Il ap­pa­raît en ef­fet comme un pôle dy­na­mique là où le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal de Ma­rine Le Pen et Les Ré­pu­bli­cains de Laurent Wau­quiez peinent à in­car­ner une op­po­si­tion cré­dible. D’ailleurs, Du­pont-Ai­gnan l’as­sure : il gri­gnote des deux cô­tés. « Si je suis la troi­sième per­son­na­li­té la plus po­pu­laire chez les élec­teurs RN, après Ma­rine et Ma­rion, c’est en rai­son de mon choix au se­cond tour de la pré­si­den­tielle, ana­lyse l’ex-al­lié de Ma­rine Le Pen. Et je trouve un fort écho dans l’élec­to­rat LR en désac­cord avec les am­bi­guï­tés de son par­ti. » Dans son vi­seur : le re­fus du pa­tron de LR, Laurent Wau­quiez, d’avoir la moindre dis­cus­sion avec le RN. « Il est in­co­hé­rent, tacle Du­pont-Ai­gnan. Vous ne pou­vez pas d’un cô­té par­ler comme Ma­rine Le Pen et de l’autre dire qu’elle ne par­tage pas vos va­leurs. »

Entre Wau­quiez et Le Pen, Du­pont-Ai­gnan se voit donc « au par­fait centre de gra­vi­té ». Avec « Les Amou­reux de la France », une plate-forme lan­cée l’an der­nier avec la dé­pu­tée Em­ma­nuelle Mé­nard et le pré­sident du Par­ti ch­ré­tien-dé­mo­crate, Jean-Fré­dé­ric Pois­son, il tente de si­phon­ner les élec­teurs par­ti­sans d’une « union des droites » – même s’il ré­fute le terme, pré­fé­rant par­ler d’une « union des pa­triotes et des ré­pu­bli­cains ».

Au pas­sage, les la­bo­rieuses né­go­cia­tions avec Ma­rine Le Pen pour ten­ter de faire liste com­mune sont tom­bées à l’eau. « Du­pont-Ai­gnan a vu les son­dages et s’est dit qu’il va­lait mieux y al­ler seul », grince un cadre le­pé­niste, qui tente de se ras­su­rer : « Il prend l’es­sen­tiel de ses élec­teurs chez LR, pas chez nous. » Peut-être, mais ces der­nières se­maines, Du­pont-Ai­gnan a en­gran­gé le sou­tien d’une ving­taine d’élus is­sus des rangs RN, qui se sont at­ti­ré les foudres de Ma­rine Le Pen. Et si le RN ta­lonne tou­jours La Ré­pu­blique en marche dans les en­quêtes sur les eu­ro­péennes, la campagne s’an­nonce dif­fi­cile. Le par­ti peine tou­jours à se fi­nan­cer et Ma­rine Le Pen n’a pas en­core ar­rê­té son choix pour la tête de liste, qu’elle ne veut pas conduire elle-même.

Le dan­ger “NDA”

Chez Les Ré­pu­bli­cains, qui pla­fonnent à 15 % dans les son­dages, c’est en­core pire. Non seule­ment Laurent Wau­quiez cherche tout aus­si déses­pé­ré­ment une tête de liste, mais il s’es­crime aus­si à bri­co­ler un dis­cours sur l’Eu­rope qui ne vexe au­cune sen­si­bi­li­té de la droite, à mi-che­min entre fé­dé­ra­lisme et eu­ros­cep­ti­cisme. Ré­sul­tat : « Notre ligne n’est pas li­sible », sou­pire un sé­na­teur LR. Même si, chez les cadres du par­ti, on mi­ni­mise le dan­ger Du­pontAi­gnan. « S’il était un peu plus ma­lin et qu’ il élar­gis­sait sa liste à des gens comme Thier­ry Ma­ria­ni, il pour­rait nous dé­pas­ser, confie un dé­pu­té. Mais il a tou­jours eu peur de la concur­rence dans son propre mou­ve­ment. » Ain­si va l’op­po­si­tion, où l’on compte plus sur la fai­blesse des autres que sur ses propres forces pour sur­na­ger.

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