UN MA­RA­THON SUR LES PLANCHES

Marianne Magazine - - Culture - PAR NED­J­MA VAN EG­MOND

Fou de zap­ping ? In­stable ? Pas as­sez po­sé, le pu­blic fran­çais ? A l’heure où on vou­drait faire ri­mer ful­gu­rance de la pen­sée avec briè­ve­té, où l’on de­mande à la vi­va­ci­té de l’es­prit de s’ex­pri­mer dans un mes­sage de taille mi­ni­male, cer­tains créa­teurs osent, et c’est heu­reux, prô­ner le « long ». Le temps sus­pen­du. Le temps de choi­sir ses mots. D’ins­tal­ler les ac­tions. De nous em­bar­quer en pro­fon­deur dans l’in­ti­mi­té de per­son­nages de fic­tion, qui nous ra­content aus­si le monde qui nous en­toure. Ces créa­teurs-là ont ral­lié à eux une com­mu­nau­té de fi­dèles que les seuls termes de « feuille­ton scé­nique » ou « ma­ra­thon théâ­tral » font sa­li­ver. C’est le cas de Ju­lien Gos­se­lin, pro­dige du théâtre contem­po­rain. A 32 ans, le jeune met­teur en scène s’est fait une spé­cia­li­té des spec­tacles-fleuves. Après les Par­ti­cules élé­men­taires, adap­té de Mi­chel Houel­le­becq (quatre heures « seule­ment ») ou

2666 d’après Ro­ber­to Bo­la­no (treize heures !), il a mis en pièce(s) et re­tri­co­té trois ro­mans de l’Amé­ri­cain Don DeLillo : Joueurs, Mao II, les

Noms.

A Avi­gnon, lors de sa créa­tion en juillet, le spec­tacle a ra­di­ca­le­ment scot­ché le pu­blic à ses sièges, près de dix heures du­rant. Car ce trip­tyque si­dé­rant, plein de bruit et de fu­reur, n’existe pas sous cette forme par simple goût de la performance (Gos­se­lin sait aus­si faire court, comme il l’a mon­tré avec

le su­perbe so­lo le Père ré­cem­ment à Bo­bi­gny), mais parce qu’il faut bien ce­la pour abor­der, en pro­fon­deur, une his­toire du ter­ro­risme et du ra­di­ca­lisme po­li­tique. Et li­vrer une plon­gée dans des dé­cen­nies de vio­lence qui soit tout sauf ar­ti­fi­cielle, ou seule­ment spec­ta­cu­laire.

Joueurs, Mao II, les Noms, Théâtre de l’OdéonBer­thier, Pa­ris XVIIe, jus­qu’au 22 dé­cembre.

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