La lit­té­ra­ture monte au front

Mau­rice Ge­ne­voix ou Ro­land Dor­ge­lès les pre­miers, et, un siècle plus tard, Marc Du­gain et Da­vid Diop : le conflit de 19141918 n’en fi­nit pas d’ins­pi­rer les écri­vains, dont l’his­toire fa­mi­liale a, pour cer­tains, été trau­ma­ti­sée par ses atro­ci­tés.

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Eve Char­rin

Mau­rice Ge­ne­voix ou Ro­land Dor­ge­lès les pre­miers, et, un siècle plus tard, Marc Du­gain et Da­vid Diop : le conflit de 1914-1918 n’en fi­nit pas d’ins­pi­rer les écri­vains.

Sous le choc. Un siècle après l’armistice, la si­dé­ra­tion sus­ci­tée par la Pre­mière Guerre mon­diale est en­core vive, du moins dans les nom­breux livres, films et BD qui s’at­tachent au­jourd’hui à dé­crire la mi­sère des poi­lus, l’hor­reur des mi­trailleuses au­to­ma­tiques et les souf­frances des grands bles­sés.

Lu­ci­di­té exem­plaire

Le ro­man de Da­vid Diop, Frère d’âme (Seuil), confes­sion fic­tive d’un ti­railleur sé­né­ga­lais (lire, p. 69), fi­gu­rait sur la der­nière liste du prix Gon­court 2018. Pu­blié en 1999, la Chambre des of­fi­ciers ( JC Lat­tès), ro­man de Marc Du­gain sur les gueules cas­sées, s’est ven­du à plus de 800 000 exem­plaires, a fait l’ob­jet d’une su­perbe adap­ta­tion au ci­né­ma par Fran­çois Dupeyron, et fi­gure cette an­née au pro­gramme des classes de troi­sième, tan­dis que ce­lui de Pierre Le­maître, Au re­voir là-haut (Al­bin Mi­chel), est lui aus­si de­ve­nu best-sel­ler et film à suc­cès. Du gé­nial 14 (Mi­nuit), de Jean Eche­noz à Bleus ho­ri­zons (Gal­li­mard), de Jé­rôme Gar­cin, en pas­sant par les Ames grises, de Phi­lippe Clau­del et le Col­lier rouge (Gal­li­mard), de Jean-Ch­ris­tophe Ru­fin, les écri­vains contem­po­rains se sont em­pa­rés du su­jet. Cet au­tomne en­core, avec Augustin (JC Lat­tès), Alexandre Duyck tente de rendre la pa­role au sol­dat Augustin Tré­bu­chon, tué le jour même de l’armistice, le 11 novembre 1918. Quant à l’ex­plo­ra­teur pion­nier de la « der des der », le ma­gis­tral bé­déiste Jacques Tar­di, il monte sa Pu­tain de guerre ! (Cas­ter­man) en lec­ture théâ­trale et spec­tacle mu­si­cal (en tour­née à par­tir du 8 novembre). Sa femme, Do­mi­nique Grange, y in­ter­prète, entre autres, la my­thique chan­son contes­ta­taire de Craonne : « Ceux qu’ont l’po­gnon, ceux-là r’vien­dront/Car c’est pour eux qu’on crève »… Au-de­là de l’ef­fet com­mé­mo­ra­tif, cette guerre vieille d’un siècle reste une ex­pé­rience fon­da­trice à la­quelle on re­vient tou­jours.

« Nous sommes les hé­ri­tiers de la guerre de 14-18 », es­time Jean Rouaud, au­teur des Champs d’honneur (Mi­nuit). Avec son 1,6 mil­lion de tués et plus de 4 mil­lions de bles­sés en France, plus de 18 mil­lions de morts au to­tal, la Grande Guerre ap­pa­raît au­jourd’hui en­core comme un « bou­le­ver­se­ment », un « trau­ma ori­gi­nel », ex­plique Lau­rence Cam­pa, spé­cia­liste des écri­tures de guerre et bio­graphe de Guillaume Apol­li­naire (bles­sé à la tête par un éclat d’obus en 1916 et mort deux ans plus tard). Stu­pé­fiant, quand on y pense : le re­gard por­té sur cette pé­riode n’a qua­si­ment pas chan­gé en un siècle ! On a vite ou­blié le très pa­trio­tique Hen­ry Mal­herbe, lauréat du Gon­court 1917 pour la Flamme au poing, mais on goûte tou­jours la terrible iro­nie d’Apol­li­naire : « Ah Dieu ! que la guerre est jo­lie » (l’Adieu du ca­va­lier, 1918). Lauréat du Gon­court 1916, Hen­ri Bar­busse té­moigne dans le Feu (Fo­lio) et nous frappe au­jourd’hui par sa lu­ci­di­té : « Des hé­ros, des es­pèces de gens ex­traor­di­naires, des idoles ? Al­lons donc ! On a été des bour­reaux. » En 1919, c’est

LA GRANDE GUERRE, avec ses 18 mil­lions de morts, ap­pa­raît en­core au­jourd’hui comme un “bou­le­ver­se­ment” , ex­plique Lau­rence Cam­pa, spé­cia­liste des écri­tures de guerre. Ci-des­sus, un sol­dat dans une tran­chée.

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