Trump en­tra­vé mais pas em­pê­ché

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Alain Léau­thier

La “pe­tite” vic­toire des dé­mo­crates aux élec­tions de mi-man­dat com­plique les deux pro­chaines an­nées de Do­nald Trump, mais elle le met à l’abri de toute pro­cé­dure de des­ti­tu­tion.

La “pe­tite” vic­toire des dé­mo­crates aux élec­tions de mi­man­dat com­plique les deux pro­chaines an­nées de Do­nald Trump à la Mai­son-Blanche, mais elle le met à l’abri de toute pro­cé­dure de des­ti­tu­tion.

Pro­bable fu­tur can­di­dat aux pri­maires dé­mo­crates pour la pré­si­den­tielle de 2020, Joe Bi­den de­vra peut-être ap­prendre à mo­dé­rer ses pré­vi­sions élec­to­rales. In­ter­ro­gé quelques jours avant les mid­terms du 6 novembre, l’an­cien vice-pré­sident de Ba­rack Oba­ma mi­sait en­core « sur une avance confor­table » à la Chambre des re­pré­sen­tants et n’ex­cluait pas to­ta­le­ment d’em­por­ter aus­si une (courte) ma­jo­ri­té au Sé­nat, bien qu’un tiers seule­ment des sièges y fussent en jeu. Les dé­mo­crates avaient be­soin de 23 re­pré­sen­tants sup­plé­men­taires pour prendre le contrôle de la Chambre : l’ob­jec­tif est at­teint puis­qu’ils en to­ta­lisent au moins 26, peut-être un peu plus. Mais la « vague bleue » s’est trans­for­mée en mo­deste ruis­seau et le ré­fé­ren­dum an­ti-Trump n’a pas don­né les ré­sul­tats es­comp­tés. Par com­pa­rai­son, de leur temps, les pertes avaient été au­tre­ment plus im­por­tantes pour Clin­ton et Oba­ma, res­pec­ti­ve­ment de l’ordre de 50 et 70 sièges. A l’in­verse, comme le pré­voyait le po­li­to­logue spé­cia­liste des Etats-Unis Jean-Eric Bra­naa dans notre pré­cé­dente édi­tion, les ré­pu­bli­cains ren­forcent leur contrôle sur le Sé­nat et ont pris plu­sieurs sièges à leurs ad­ver­saires. Au de­meu­rant, le gain était mé­ca­ni­que­ment at­ten­du puisque les dé­mo­crates de­vaient ba­tailler pour 10 sièges si­tués dans des Etats très fa­vo­rables au pré­sident.

Ce der­nier a au­jourd’hui quelques rai­sons de se ré­jouir, ce qu’il n’a d’ailleurs pas man­qué de faire, avec le sens des nuances et la mo­des­tie d’ego qu’on lui connaît. La prin­ci­pale est que nombre des can­di­dats qu’il adou­bait dans di­vers scru­tins ont rem­por­té la mise, lui as­su­rant ain­si dé­sor­mais une au­to­ri­té et une lé­gi­ti­mi­té po­li­tiques qui lui furent long­temps contes­tées au sein même de son par­ti. C’est bien sûr le cas de son ex-ad­ver­saire des pri­maires de 2016, le sé­na­teur du Texas Ted Cruz, ré­élu de jus­tesse à l’is­sue d’un ma­no a ma­no com­pli­qué avec Be­to O’Rourke, qua­dra cha­ris­ma­tique et star mon­tante du camp dé­mo­crate. Bé­né­fi­ciant d’une le­vée de fonds consi­dé­rable, près de 70 mil­lions de dol­lars, bien plus éle­vée que celle de son ri­val, cet ex­punk avait me­né cam­pagne sur des thé­ma­tiques so­ciales et so­cié­tales pre­nant di­rec­te­ment à contre-pied les po­si­tions néo­con­ser­va­trices du lo­ca­taire de la Mai­son-Blanche.

Par ailleurs, bien que le Grand Old Par­ty (GOP) ait per­du des plumes, les Etats de la Rust Belt qui avaient as­su­ré de ma­nière dé­ci­sive la vic­toire de Trump en 2016 n’ont pas mas­si­ve­ment bas­cu­lé du cô­té des bleus. Fort d’une ma­jo­ri­té au Sé­nat do­mi­née par de fi­dèles sou­tiens, Do­nald Trump a de bonnes chances de se mettre à l’abri de la phase fi­nale d’une éven­tuelle pro­cé­dure d’im­peach­ment, si elle devait ja­mais voir le jour. Plus que ja­mais la ma­jo­ri­té qua­li­fiée des deux tiers né­ces­saire (67 sé­na­teurs) pour

mettre le pré­sident en accusation ap­pa­raît donc tout sim­ple­ment im­pos­sible. Au de­meu­rant, pas sûr que les dé­mo­crates aient vrai­ment l’in­ten­tion de se lan­cer dans l’aven­ture. Ré­élue à la Chambre des re­pré­sen­tants avec plus de 85 % des voix et pos­sible fu­ture chef de la ma­jo­ri­té (spea­ker) – fonc­tion qu’elle a dé­jà te­nue de 2007 à 2010 –, la dé­mo­crate de Ca­li­for­nie Nan­cy Pe­lo­si n’y semble en tout cas guère fa­vo­rable. « Pas une très bonne idée », avait ex­pli­qué celle qui, à 78 ans, passe pour­tant pour une des plus vi­ru­lentes op­po­santes de Do­nald Trump, le­quel l’a d’ailleurs fé­li­ci­tée pour sa vic­toire…

En réa­li­té, et aus­si pro­met­teuse pour l’ave­nir que soit la conquête de la chambre basse, la ques­tion de l’im­peach­ment pour­rait être po­ten­tiel­le­ment source de conflits par­mi les dé­pu­tés dé­mo­crates. Pour l’heure, les grands aî­nés du par­ti (l’es­ta­blish­ment dé­mo­crate, en d’autres mots) tel un Joe Bi­den ou très cer­tai­ne­ment Oba­ma lui-même, re­doutent les consé­quences d’une pro­cé­dure a prio­ri vouée à l’échec. Et qui pour­rait se re­tour­ner contre ses ins­ti­ga­teurs tant Trump, ja­mais meilleur que dans l’ad­ver­si­té, sau­ra alors sur­mo­bi­li­ser son élec­to­rat tout en pre­nant à té­moin les in­dé­cis et les in­dé­pen­dants des basses ma­noeuvres de dé­mo­crates in­ca­pables de s’oc­cu­per des « vrais pro­blèmes des Amé­ri­cains »… Pro­blème : l’aile gauche du par­ti, dont nombre des nou­veaux jeunes élus (lire l’en­ca­dré, ci-contre) en os­mose to­tale avec la vague « Not My Pre­sident ! », a rê­vé à voix haute de chas­ser l’in­trus avant 2020.

S’ils n’ob­tiennent pas sa­tis­fac­tion, Trump de­vra tout de même af­fron­ter des mo­ments dif­fi­ciles, ain­si, peu­têtre, un dé­luge de nou­velles en­quêtes ve­nant s’ajou­ter à celles dé­jà en cours, no­tam­ment sous la hou­lette du pro­cu­reur spé­cial Ro­bert Muel­ler. En pre­nant, entre autres, la di­rec­tion de la com­mis­sion des Fi­nances à la chambre basse, les dé­mo­crates sont aus­si théo­ri­que­ment en me­sure de pa­ra­ly­ser, ou du moins de li­mi­ter gran­de­ment, ses ini­tia­tives pro­gram­ma­tiques jus­qu’en 2020. Quid de la construc­tion du mur dans plu­sieurs Etats fron­ta­liers avec le Mexique ? Du plan d’in­ves­tis­se­ments ma­jeurs dans les in­fra­struc­tures ? Ou en­core de sa pro­messe, for­mu­lée en pleine cam­pagne, de pro­cé­der à une nou­velle baisse d’im­pôts, 10 %, vi­sant plus par­ti­cu­liè­re­ment cette fois les re­ve­nus de la classe moyenne ? Quid en­fin de l’abro­ga­tion pro­mise de l’« oba­ma­care » ? « L’agenda lé­gis­la­tif conser­va­teur risque de mou­rir », se fé­li­cite le site amé­ri­cain Vox. Mais, dans ce do­maine aus­si, l’obs­truc­tion sys­té­ma­tique peut se ré­vé­ler à double tran­chant, d’au­tant que, dé­sor­mais as­su­ré d’al­ler jus­qu’au bout de son man­dat, Do­nald Trump est dé­jà en cam­pagne pour le se­cond. Sans réels concur­rents dans le GOP et face à des dé­mo­crates confron­tés, eux, au pro­blème exac­te­ment in­verse…

L’AILE GAUCHE DES Dé­MO­CRATES, DONT NOMBRE DES NOU­VEAUX JEUNES éLUS EN OS­MOSE AVEC LA VAGUE “NOT MY

PRE­SIDENT !”, A Rê­Vé à VOIX HAUTE DE CHAS­SER

TRUMP AVANT 2020.

LE 45E PRé­SIDENT des Etats-Unis, en cam­pagne dans le Ten­nes­see à Chat­ta­noo­ga, le 4 novembre.

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