Cle­men­ceau, la guerre pour le triomphe de la Ré­pu­blique

La Ré­vo­lu­tion fran­çaise che­villée au corps, Georges Cle­men­ceau s’est en­ga­gé, tôt, dans le com­bat ré­pu­bli­cain. Médecin, hu­ma­niste, il croyait au pro­grès et à la science, à l’Etat in­car­nant la rai­son.

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Yves Dau­du

Le 5 sep­tembre 1870, le len­de­main même de la pro­cla­ma­tion de la Ré­pu­blique par Gam­bet­ta, Georges Cle­men­ceau de­vient maire du XVIIIe ar­ron­dis­se­ment. C’est son pre­mier man­dat po­li­tique.

Il a 29 ans. Son en­fance a été mar­quée par la forte per­son­na­li­té d’un père qu’il ad­mire et qui lui a trans­mis ses pro­fondes convic­tions ré­pu­bli­caines, sa dé­non­cia­tion de tout obs­cu­ran­tisme religieux et sa foi dans le pro­grès. Il fut « éle­vé sous le por­trait des hommes de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise », ré­sume l’his­to­rien Mi­chel Wi­nock. Etu­diant en mé­de­cine à Pa­ris, il par­ti­cipe ac­ti­ve­ment à l’ébul­li­tion ré­pu­bli­caine et an­ti­clé­ri­cale de la jeu­nesse du Se­cond Em­pire fort bien dé­crite par Emile Zo­la : « La li­ber­té, les idées nobles, l’es­poir en l’ave­nir en­ivrent les jeunes gens ; ils rêvent d’une ré­pu­blique uni­ver­selle, de la fra­ter­ni­té entre les peuples, de la fin de la mi­sère. » A 21 ans, ce­la lui vau­dra deux mois de pri­son.

De sa dé­non­cia­tion du co­lo­nia­lisme et du ra­cisme à sa lutte contre l’an­ti­sé­mi­tisme, de son cons­tant en­ga­ge­ment pour la laï­ci­té à la dé­fense achar­née de la pa­trie, Georges Cle­men­ceau se­ra l’homme de nom­breux com­bats. Ils au­ront tous le même fil conduc­teur, le

même centre de gra­vi­té : l’idéal ré­pu­bli­cain. Dans une époque fort trou­blée, où la Ré­pu­blique nais­sante reste fra­gile face à de puis­sants en­ne­mis, dans des mo­ments par­ti­cu­liè­re­ment sombres de notre his­toire, toute sa vie, il res­te­ra fi­dèle à l’hé­ri­tage pa­ter­nel et à l’idéal de sa jeu­nesse. Il fau­dra plu­sieurs an­nées pour im­po­ser vé­ri­ta­ble­ment la Ré­pu­blique et plu­sieurs dé­cen­nies pour as­seoir dé­fi­ni­ti­ve­ment sa lé­gi­ti­mi­té. Ce se­ra le mo­teur de sa vie.

“L’Eglise, c’est la droite”

Pour l’heure, en cet au­tomne 1870, il faut dé­fendre Pa­ris as­sié­gé par les Prus­siens après la red­di­tion et la cap­ture de Na­po­léon III à Se­dan. Dès le 23 sep­tembre, Georges Cle­men­ceau fait ap­po­ser une af­fiche pro­cla­mant : « Nous sommes les en­fants de la Ré­vo­lu­tion. Ins­pi­rons­nous de l’exemple de nos pères de 1792 et, comme eux, nous vain­crons. Vive la France ! Vive la Ré­pu­blique ! »

Dé­jà, il ac­corde une im­por­tance es­sen­tielle à l’école qu’il veut ré­so­lu­ment laïque. « Vous n’avez, af­fir­met-il aux ins­ti­tu­teurs de son ar­ron­dis­se­ment, au­cun ordre à re­ce­voir du cu­ré de votre pa­roisse. Il faut que la li­ber­té de conscience de cha­cun soit scru­pu­leu­se­ment res­pec­tée. » La dé­faite a donc em­por­té l’Em­pire. Le 28 jan­vier 1871 l’armistice est si­gné à Ver­sailles ou siège l’As­sem­blée à ma­jo­ri­té conser­va­trice et mo­nar­chiste. Entre elle et le peuple de Pa­ris, Georges Cle­men­ceau fait par­tie de ceux qui tentent d’évi­ter l’ir­ré­pa­rable. « Nous sommes pris entre deux bandes de fous : ceux qui siègent à Ver­sailles et ceux qui sont à l’Hô­tel de Ville », s’ex­clame-t-il le 25 mars. La Com­mune de Pa­ris est pro­cla­mée le 28 mars.

Georges Cle­men­ceau ne se dé­cou­rage pas. Il per­siste à ten­ter de par­ler « le lan­gage de la rai­son aux alié­nés de toutes cou­leurs qui mènent gaie­ment aux abîmes ce qui reste de notre pays », confie-t-il à un ami. Son ob­jec­tif est clair : re­fu­ser les deux extrémismes qui fra­gi­lisent la Ré­pu­blique nais­sante. L’échec de la mé­dia­tion fut to­tal. Du­rant la tris­te­ment cé­lèbre « se­maine san­glante », du 21 au 28 mai 1871, les Ver­saillais écrasent la com­mune : 20 000 à 30 000 morts, pour la grande ma­jo­ri­té fusillés sans ju­ge­ment.

La Ré­pu­blique nais­sante est bien pré­caire. L’écra­sante ma­jo­ri­té des dé­pu­tés est mo­nar­chiste. Sans Consti­tu­tion, la Ré­pu­blique doit se conten­ter de trois mal­heu­reux dé­crets dont l’un sti­pule : « […] en at­ten­dant qu’ il soit sta­tué sur les ins­ti­tu­tions de la France […] »… En 1873 en­core, la France n’échap­pe­ra que de très peu à la res­tau­ra­tion de la mo­nar­chie et c’est le ma­ré­chal de Mac-Ma­hon, roya­liste convain­cu, qui est élu pré­sident de la Ré­pu­blique.

Et, le 30 jan­vier 1875, à l’oc­ca­sion d’un dé­bat concer­nant l’or­ga­ni­sa­tion des pou­voirs pu­blics, la Ré­pu­blique s’im­misce dans un simple amen­de­ment por­tant sur les mo­da­li­tés de l’élection du pré­sident de la Ré­pu­blique, vo­té à une seule voix de ma­jo­ri­té ! Il fau­dra at­tendre 1884 pour que soit of­fi­ciel­le­ment dé­ci­dé que « la forme ré­pu­bli­caine du gou­ver­ne­ment ne peut faire l’ob­jet d’une pro­po­si­tion de ré­vi­sion ». « La Ré­pu­blique, di­ra Cle­men­ceau, n’a fait que lut­ter pour l’exis­tence. Contre tous les mo­nar­chistes de toutes les mo­nar­chies coa­li­sées, sous le dra­peau clé­ri­cal […].»

A peine élu dé­pu­té, trente ans avant la loi de 1905, il consacre une grande par­tie de son im­mense éner­gie au com­bat pour la laï­ci­té. Alors que la sé­pa­ra­tion de l’Eglise et de

l’Etat était dans le pro­gramme des ré­pu­bli­cains, Jules Fer­ry, l’en­ne­mi ju­ré de Cle­men­ceau, re­fuse de la mettre en oeuvre sous pré­texte de l’at­ta­che­ment des pay­sans à leur cu­ré et de la né­ces­si­té de les ga­gner à la Ré­pu­blique.

« L’Eglise, c’est la droite ! Peu im­porte le roi ; peu im­porte l’em­pire, peu im­porte le pré­ten­dant. Il suf­fi­ra au be­soin du pre­mier sol­dat d’aven­ture. On se grou­pe­ra d’ ins­tinct au­tour de lui pour mar­cher à l’as­saut de la Ré­pu­blique. » ; « […] l’Eglise mil­liar­daire […], mère de toutes les puis­sances d’ini­qui­té so­ciale » ; pour Georges Cle­men­ceau, la laï­ci­té est au fon­de­ment même de la Ré­pu­blique. Il le rap­pel­le­ra sans cesse, jus­qu’à son der­nier dis­cours élec­to­ral en 1919 : « Sans la laï­ci­té, la Ré­pu­blique ne se­rait qu’un men­songe. »

Sur la ques­tion des co­lo­nies, il dé­non­ce­ra vi­gou­reu­se­ment l’idée de « races su­pé­rieures » se de­vant de « ci­vi­li­ser les races in­fé­rieures » si chère à Jules Fer­ry. « Non, il n’y a de droit des na­tions dites su­pé­rieures sur les na­tions in­fé­rieures […]. La conquête c’est l’abus pur et simple de la force […]. Ce n’est pas le droit, c’en est la né­ga­tion. »

Et, dans une France gan­gré­née par la haine du juif, la lutte contre l’an­ti­sé­mi­tisme se­ra pour lui consé­cu­tive à l’af­fir­ma­tion ré­pu­bli­caine.

Reste la fa­meuse image du « bri­seur de grèves » qui lui a été ac­co­lée par les so­cia­listes ré­vo­lu­tion­naires lors de son pas­sage au mi­nis­tère de l’In­té­rieur et à la pré­si­dence du Conseil entre 1906 et 1909. On se condam­ne­rait à ne rien com­prendre si l’on ou­bliait le cli­mat de grande vio­lence so­ciale de l’époque. « Une sorte d’exal­ta­tion ani­mait de­puis 1905 les syn­di­ca­listes ré­vo­lu­tion­naires, rap­pelle le bio­graphe JeanBap­tiste Du­ro­selle. Beau­coup, son­geant peut-être aux évé­ne­ments en Rus­sie – vé­ri­table ré­vo­lu­tion dé­clen­chée par la mi­sère – pen­saient que le 1er mai 1906 per­met­trait d’em­por­ter la vic­toire […]. La droite fris­son­na d’in­quié­tude. Les bour­geois se ter­rèrent, firent des pro­vi­sions. » En mars, plus de mille mi­neurs ont pé­ri dans la ca­tas­trophe de Cour­rières. Sur place, avec les gré­vistes, les ten­ta­tives de conci­lia­tion de Georges Cle­men­ceau échouent. De­vant la mon­tée de la vio­lence, il est contraint de se dé­dire et d’en­voyer la troupe. Il y au­ra aus­si la ré­volte du Mi­di vi­ti­cole et les mu­ti­ne­ries de gar­ni­sons lo­cales. « En fait, conclut l’his­to­rien Jean-Jacques Be­cker, la mal­chance de Cle­men­ceau est d’ être confron­té à des mou­ve­ments so­ciaux de plus en plus vifs, at­ti­sés par le syn­di­ca­lisme ré­vo­lu­tion­naire qui do­mi­nait alors la CGT. »

Et son col­lègue Jean Gar­rigues d’en­fon­cer le clou : « Toute sa vie Georges Cle­men­ceau a été très at­ten­tif à la ques­tion so­ciale. Is­su de l’ex­trême gauche ra­di­cale, proche du Pa­ris com­mu­nard, il en fait un en­jeu ma­jeur de ses dis­cours, de ses ar­ticles et de ses com­bats. » L’in­té­res­sé confirme : « Les ré­pu­bli­cains con­ser­va­teurs de­mandent à la Ré­pu­blique son mi­ni­mum. Nous, son maxi­mum. Nous, les ré­pu­bli­cains ra­di­caux, nous vou­lons la Ré­pu­blique pour ses consé­quences : les grandes et fé­condes ré­formes so­ciales qu’elle en­traîne. » Ce dis­cours de 1876 rend bien compte de la lo­gique de Cle­men­ceau. On a peut-être trop vite ou­blié qu’il prô­nait la jour­née de huit heures, l’in­ter­dic­tion du tra­vail des en­fants, la mise en place d’un sys­tème de re­traite, le ré­ta­blis­se­ment du droit au di­vorce, la créa­tion d’un im­pôt sur les re­ve­nus. Il sa­vait dé­non­cer « le lais­ser-faire, [la] loi de l’offre et de la de­mande, […] l’ex­pres­sion pure et simple de la force. Le droit prime la force : voi­là le prin­cipe de la ci­vi­li­sa­tion. »

Mais, au nom du « juste et libre dé­ve­lop­pe­ment de l’in­di­vi­du », il s’op­po­se­ra tou­jours au col­lec­ti­visme, « ce so­cia­lisme de ca­serne et de couvent ».

Droits de l’homme

De plus, là où pour Georges Cle­men­ceau, l’aî­né de 18 ans, la Ré­pu­blique est la plus pré­cieuse des conquêtes, Jean Jau­rès parle de Ré­pu­blique « bour­geoise » qu’il faut main­te­nant dé­pas­ser…

L’his­to­rienne Syl­vie Brod­ziak ré­sume fort bien la lo­gique de Georges Cle­men­ceau : « L’ac­tion n’est ja­mais abor­dée sous l’angle par­ti­cu­lier de l’op­pri­mé ou du mi­sé­rable, elle est tou­jours en­vi­sa­gée du point de vue de l’uni­ver­sel et des droits de l’ homme. Cle­men­ceau ne fonc­tionne pas se­lon une so­li­da­ri­té de classe mais dans une pers­pec­tive d’af­fran­chis­se­ment et de pro­grès de l’ hu­ma­ni­té, se rap­pro­chant en ce­la des phi­lo­sophes du XVIIIe siècle. »

“CLE­MEN­CEAU NE FONC­TIONNE PAS SE­LON UNE SO­LI­DA­RI­Té DE CLASSE MAIS DANS UNE PERS­PEC­TIVE D’AF­FRAN­CHIS­SE­MENT

ET DE PRO­GRèS DE L’HU­MA­NI­Té.”

Dans un de ses plus cé­lèbres dis­cours, ce­lui de Sa­lernes en 1893, Georges Cle­men­ceau ré­sume fort bien son pro­gramme : « Le vieux pro­gramme ré­pu­bli­cain. Dé­ve­lop­per l’ac­tion du suf­frage uni­ver­sel, ac­croître son ef­fi­ca­ci­té par la plus large dif­fu­sion de l’ins­truc­tion à tous les de­grés ; mieux ré­par­tir les charges pu­bliques, dé­bar­ras­ser l’in­di­vi­du des vieilles en­traves mo­nar­chiques qui l’en­serrent. Vis-à-vis de l’Eglise, la li­ber­té de conscience, la sé­cu­la­ri­sa­tion de l’Etat. Dans le do­maine éco­no­mique et so­cial, re­cher­cher le prin­cipe par où se ré­sume tout le pro­gramme ré­pu­bli­cain : la jus­tice. »

Médecin, Georges Cle­men­ceau ac­corde une grande im­por­tance à la san­té des ou­vriers et plus pré­ci­sé­ment à ces « métiers qui tuent ». Dans la mul­ti­pli­ci­té de ses ba­tailles pour l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie et de tra­vail des ou­vriers, et en par­ti­cu­lier contre les ma­la­dies pro­fes­sion­nelles, la plus illustre fut celle contre la pein­ture au plomb. Ce « poi­son in­dus­triel » tuait chaque an­née plus de 100 ou­vriers du bâ­ti­ment et ren­dait gra­ve­ment ma­lade plus de 1 000 autres… Se­lon ses propres mots, il eut à af­fron­ter « les en­tre­prises in­té­res­sées des uns, la né­gli­gence des autres, l’ in­dif­fé­rence de tous ». Il au­ra à s’op­po­ser à ce que l’on n’ap­pe­lait pas en­core les lob­bies… Dans de nom­breux édi­to­riaux, de la Jus­tice à l’Au­rore, il veut « em­pê­cher des hommes de tuer d’autres hommes ». Pré­sident du Conseil, il réus­si­ra in ex­tre­mis à en faire vo­ter l’in­ter­dic­tion. Pour Jean-Noël Jean­ne­ney, cette ba­taille fait de Georges Cle­men­ceau « un pré­cur­seur de l’ éco­lo­gie po­li­tique ».

Un as­pect sou­vent ou­blié de Cle­men­ceau est son en­ga­ge­ment pour la dé­cen­tra­li­sa­tion. Certes, les cir­cons­tances dans les­quelles il exer­ça le pou­voir n’étaient guère pro­pices à une avan­cée en la ma­tière. Ce­pen­dant, comme le rap­pelle l’his­to­rien Sa­muël To­mei, « ses pro­po­si­tions en ma­tière de dé­cen­tra­li­sa­tion com­posent un tout co­hé­rent et so­lide. Elles sont loin de ne for­mer qu’un ar­ticle secondaire de son pro­gramme puis­qu’elles des­sinent l’ar­chi­tec­ture d’une Ré­pu­blique où l’al­pha et l’omé­ga sont l’in­di­vi­du libre, donc res­pon­sable, donc so­li­daire ». Au soir de sa vie, il re­gret­te­ra en­core que ses pro­jets éla­bo­rés lors de son pas­sage au mi­nis­tère de l’In­té­rieur « dorment en de beaux car­tons ad­mi­nis­tra­tifs ». Il y prô­nait entre autres la mise en place de ré­gions, l’au­to­no­mie des uni­ver­si­tés, un vé­ri­table pou­voir des com­munes. Dans son es­prit, il s’agi­ra aus­si de mieux prendre en compte « d’in­nom­brables ques­tions d’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, d’hy­giène et d’as­sis­tance » qui ne peuvent pas se ré­soudre par « l’in­co­hé­rence ad­mi­nis­tra­tive ».

De plus, s’il croit aux ver­tus ré­gu­la­trices de l’Etat, en lec­teur at­ten­tif de Proud­hon (et ja­mais de Marx…), fort éloi­gné du cli­ché ja­co­bin, il se mé­fie de l’Etat. « Je le connais, pro­clame-t-il dans son fa­meux dis­cours sur la li­ber­té de 1903. Il a une longue his­toire toute de meurtre et de sang. » Toute sa vie, en ef­fet, il dé­non­ce­ra toute forme de vio­lence. Celle de l’Etat comme celle des anar­chistes et des so­cia­listes ré­vo­lu­tion­naires. Il se bat­tra contre la peine de mort y com­pris pour les ter­ro­ristes anar­chistes, mais aus­si contre ceux qui prô­naient la vio­lence so­ciale. Comme le ré­sume un de ses contem­po­rains : « Il ne croyait pas que le ci­toyen qui a un bul­le­tin de vote ait le droit, si son opi­nion est bat­tue, d’en ap­pe­ler à la force. »

Mes­sage uni­ver­sel

Le 16 novembre 1917, le « Tigre » re­trouve la pré­si­dence du Conseil. A 76 ans, face à une si­tua­tion fran­che­ment in­quié­tante pour la France et ses al­liés, il va à nou­veau faire preuve d’une im­pres­sion­nante éner­gie. Les dif­fi­cul­tés sont aus­si énormes que mul­tiples (lire p. 59).

Mais ce « pa­triote in­tran­si­geant » res­te­ra tou­jours her­mé­tique à toute forme de na­tio­na­lisme. Rap­pe­lant sa maî­trise de l’an­glais et de l’al­le­mand, rare chez les hommes po­li­tiques de l’époque, l’exil amé­ri­cain de sa jeu­nesse, sa découverte de l’Amé­rique la­tine, son at­trait pour di­verses ci­vi­li­sa­tions, celle des pha­raons comme celles d’Ex­trême-Orient, Jean-Noël Jean­ne­ney conclut « ra­re­ment pa­trio­tisme s’est-il construit aus­si clai­re­ment en op­po­si­tion en­vers le na­tio­na­lisme. Cle­men­ceau af­firme d’un cô­té la convic­tion que la France n’est ja­mais aus­si grande que lors­qu’elle est mue par sa fier­té de por­ter un mes­sage uni­ver­sel, de l’autre la cer­ti­tude qu’elle est au pire d’elle-même quand elle af­fiche l’ou­tre­cui­dance d’une su­pé­rio­ri­té exis­ten­tielle ».

Comme le rap­pelle l’his­to­rien Re­né Ré­mond, « la vic­toire de nos armes en 1918 a aus­si été la vic­toire de la Ré­pu­blique, dé­men­tant les as­ser­tions de ses ad­ver­saires pour qui elle était in­ca­pable de conduire une guerre, et re­nouant avec les glo­rieux sou­ve­nirs de la Ré­vo­lu­tion ».

De la Com­mune de Pa­ris à la vic­toire de 1918, « vic­toire de la Ré­pu­blique » et « glo­rieux sou­ve­nirs de la Ré­vo­lu­tion » res­te­ront les deux jambes d’un homme à la fi­dé­li­té tou­jours en mou­ve­ment.

› HOMME DE TOUTES LES LUTTES, Georges Cle­men­ceau, ici, en 1872, n’au­ra de cesse de dé­fendre “le droit [qui] prime la force : voi­là le prin­cipe de la ci­vi­li­sa­tion”.

LA PEN­SÉE CO­LO­NIALE de la IIIe Ré­pu­blique, in­car­née par Jules Fer­ry, est fer­me­ment com­bat­tue par Cle­men­ceau : “La conquête, c’est l’abus pur et simple de la force. Ce n’est pas le droit, c’en est la né­ga­tion.” Ci-des­sus, af­fiche sa­ti­rique de 1885.

LA LAÏ­CI­TÉ est pour Cle­men­ceau, ici, en 1880, le fon­de­ment même de la Ré­pu­blique. Il le rap­pel­le­ra jus­qu’à son der­nier dis­cours en 1919 : “Sans la laï­ci­té, la Ré­pu­blique ne se­rait qu’un men­songe.”

MAU­VAISE IMAGE L’éti­quette de “bri­seur de grèves” col­le­ra aux guêtres de Cle­men­ceau. En cause : l’af­fron­te­ment mus­clé avec des mi­neurs gré­vistes, à la suite de la ca­tas­trophe de Cour­rières, où, le 10 mars 1906, plus de mille gueules noires pé­rirent. Ci-des­sus, la une de la Croixillus­trée du1er avril 1906.

“PA­TRIOTE IN­TRAN­SI­GEANT” Le 16 novembre 1917, le “Tigre” re­trouve la pré­si­dence du Conseil. A 76 ans, il reste tou­jours her­mé­tique à toute forme de na­tio­na­lisme. Ci-des­sus, dansle Monde illus­tré du 24 novembre 1917.

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