Ri­fi­fi à BNP Pa­ri­bas. Une ban­quière stupéfiante

L’ex-nu­mé­ro deux de Car­re­four Banque est soup­çon­née d’avoir par­ti­ci­pé au blan­chi­ment de mil­lions d’eu­ros.

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Em­ma­nuel Lé­vy

L’ex-nu­mé­ro deux de Car­re­four Banque, au­jourd’hui re­par­tie chez son em­ployeur his­to­rique, BNP Pa­ri­bas, a-t-elle par­ti­ci­pé au blan­chi­ment de plu­sieurs mil­lions d’eu­ros is­sus du tra­fic de stu­pé­fiants ? C’est la ques­tion qui oc­cupe au­jourd’hui la di­rec­tion du ser­vice de police ju­di­ciaire de Ver­sailles dans le cadre d’une enquête pour « blan­chi­ment en bande or­ga­ni­sée, as­so­cia­tion de mal­fai­teurs et im­por­ta­tion de stu­pé­fiants ». Cette pro­cé­dure donne des cau­che­mars aux di­ri­geants de Car­re­four Banque, son em­ployeur au mo­ment des faits. Mais aus­si à ceux de BNP Pa­ri­bas. L’éta­blis­se­ment de la rue de la Chaus­sée-d’An­tin dis­pose en ef­fet de 40 % de la fi­liale ban­caire du géant de la dis­tri­bu­tion. Sur­tout que Na­dia N., après avoir dé­mis­sion­né du­rant l’été, est ac­tuel­le­ment en poste à BNP Pa­ri­bas Per­so­nal Fi­nance, l’en­ti­té qui re­groupe les ac­ti­vi­tés de banque com­mer­ciale, à la di­rec­tion ter­ri­to­riale Afrique.

Du lourd

Se­lon nos in­for­ma­tions, des au­dits ont été réa­li­sés cou­rant dé­cembre afin d’iden­ti­fier l’en­semble des opé­ra­tions me­nées par Na­dia N., afin de vé­ri­fier que tout est clair. Car, pour l’heure, plu­sieurs points ont été éta­blis par les en­quê­teurs : huit montres de marques de luxe (Chau­met, Car­tier, Ro­lex) pour une va­leur to­tale d’en­vi­ron 100 000 €, ain­si que près de 65 000 € en cash ont été re­trou­vés à son do­mi­cile pa­ri­sien. Les po­li­ciers n’ont pas per­qui­si­tion­né chez elle par ha­sard.

A l’ori­gine, l’ar­res­ta­tion en fla­grant dé­lit, au cours de l’été 2016, de quatre per­sonnes en train de dé­char­ger près de 1 t de can­na­bis. La piste qu’ils re­montent en­suite les mène droit vers Na­dia N. A l’is­sue de sa garde à vue, ain­si que de celle d’une de ses filles, les soup­çons des en­quê­teurs se confirment. Comme les deux femmes fi­ni­ront par en conve­nir, l’ar­gent trou­vé sous le ma­te­las de la jeune fille, plan­qué dans un sac en plas­tique, ap­par­tient bien à Yvan N., son père et ex-ma­ri de la ban­quière. C’est à lui que de­vaient re­ve­nir les 70 000 € que les tra­fi­quants de can­na­bis ont re­mis à Na­dia, comme ils l’avaient pré­cé­dem­ment ex­pli­qué aux po­li­ciers. Yvan, la cin­quan­taine, n’est pas un in­con­nu des ser­vices de police. En tout cas, pas au Mon­té­né­gro. Ce res­sor­tis­sant de l’ex-Ré­pu­blique you­go­slave y est même vi­sé par un man­dat d’ame­ner pour tra­fic de stu­pé­fiants et son ap­par­te­nance à un groupe cri­mi­nel d’en­ver­gure in­ter­na­tio­nale. Ni en Es­pagne, où il ré­side ac­tuel­le­ment, du cô­té de Mar­bel­la, et où il au­rait dé­ve­lop­pé ses ac­ti­vi­tés au­tour no­tam­ment du tra­fic de co­caïne. Bref, du lourd, qui a jus­ti­fié la sai­sine de la ju­ri­dic­tion in­ter­ré­gio­nale spé­cia­li­sée de Pa­ris (Jirs), l’ins­tance qua­li­fiée en ma­tière de lutte contre la cri­mi­na­li­té or­ga­ni­sée et la dé­lin­quance fi­nan­cière dans des af­faires pré­sen­tant une grande com­plexi­té. Et de l’in­ha­bi­tuel

pour ces flics plus cou­tu­miers du pe­tit tra­fi­quant que de la grande ban­quière.

C’est donc presque na­tu­rel­le­ment qu’ils se sont rap­pro­chés de Ch­ris­tian Lo­thion, pour en­trer en contact avec les res­pon­sables de la sé­cu­ri­té du géant ban­caire. L’ex­pa­tron de la Di­rec­tion cen­trale de la police ju­di­ciaire (DCPJ) est au­jourd’hui le « M. Sé­cu­ri­té » de la Fé­dé­ra­tion ban­caire fran­çaise. « Je leur ai sim­ple­ment in­di­qué le nom du res­pon­sable de la sé­cu­ri­té, et je ne sais rien du reste de cette af­faire », as­sure l’ex-grand flic.

Pre­mière en France

Nous avons ten­té de prendre contact avec la ban­quière… En vain. Pour l’heure, BNP Pa­ri­bas joue le black-out. In­ter­ro­gée sur le ré­sul­tat de son au­dit, la banque dé­clare n’avoir « au­cun com­men­taire » à faire. C’est pour­tant, se­lon nos in­for­ma­tions, une pre­mière en France. « Ja­mais une af­faire ou des soup­çons de blan­chi­ment in­ter­na­tio­nal n’avaient mouillé un haut cadre ban­caire », confirme un proche du dos­sier. La ques­tion n’est pas tri­viale. La mise en cause d’un man­da­taire so­cial peut conduire à celle de l’en­tre­prise qui l’a man­da­té. Mais la res­pon­sa­bi­li­té ne se­rait pas que pé­nale. Si les faits de blan­chi­ment im­pli­quant les sys­tèmes d’in­for­ma­tions des éta­blis­se­ments de­vaient être éta­blis, les deux banques de­vront éga­le­ment ex­pli­quer à leur su­per­vi­seur, l’Au­to­ri­té de contrôle pru­den­tiel et de ré­so­lu­tion (ACPR), pour­quoi rien n’a été iden­ti­fié en in­terne. En ce dé­but d’an­née, l’ACPR a mis La Banque pos­tale à l’amende sur son ac­ti­vi­té de man­dats cash à l’in­ter­na­tio­nal, pour des man­que­ments dans son dis­po­si­tif de lutte contre le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme : 50 mil­lions d’eu­ros de sanc­tions. Les ni­veaux de di­li­gence im­po­sés aux éta­blis­se­ments fi­nan­ciers sont tout aus­si im­por­tants pour les su­jets re­la­tifs au blan­chi­ment de l’ar­gent gé­né­ré par la cri­mi­na­li­té…

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