CARTE BLANCHE

à Sa­muel Piquet Le roi est mort, vive la reine !

Marianne Magazine - - Sommaire - PAR SA­MUEL PIQUET*

L’écri­ture in­clu­sive a dé­jà rem­por­té quelques ba­tailles mais pas la guerre, car il fau­drait pour ce­la que la gra­phie non gen­rée de l’Epi­pha­nie la cou­ronne. Or, si l’on en croit cer­taines éti­quettes af­fi­chant la men­tion « ga­lette des rois·eines », cette écri­ture ré­vo­lu­tion­naire pro­gresse à grandes parts et ré­ta­blit une vé­ri­té his­to­rique que l’Evan­gile se­lon Mat­thieu a trop long­temps oc­cul­tée : en 1982 avant Mar­lène Schiap­pa, aler­tés par l’étoile de l’éga­li­té des sexes, trois mages non bi­naires se rendent à Beth­léem·e à dos de cha­melle pour of­frir à l’en­fant pré­nom­mé Jé­sus – contre sa vo­lon­té et sans te­nir au­cun compte de son iden­ti­té de genre – de l’en­cens, de la myrrhe et un cro­quis du cli­to­ris.

On ne peut que se ré­jouir de cette avan­cée si­gni­fi­ca­tive pour la cause des femmes. Face aux rois, elles n’ont pas à être consi­dé­rées comme des va­lets et il est na­tu­rel que les reines et les Haas se prennent par la main pour pri­mer les op­pri­mée·es, s’af­fran­chir de la fran­gi­pane et nous don­ner la fève du sa­me­di soir.

Les mau­vaises langues di­ront sans doute qu’il ne faut pas être plus roya­liste que le roi, qu’il est idiot de faire une scène

à tous ceux qui n’uti­lisent pas les épi­cènes et qu’il est tout de même cu­rieux que l’Epi­pha­nie de­vienne le seul jour où il n’est pas sexiste de ti­rer les reines.

Il n’y a pour­tant rien de mar­tien à s’in­té­res­ser aux sa­tur­nales sous le règne ju­pi­té­rien. Il est même lé­gi­time, pour la ga­lette comme pour le reste, d’exi­ger sa part du gâ­teau sans s’y cas­ser les dents. Or, pour ce­la, il faut battre le fer pen­dant qu’il n’est pas ma­cho et ne sur­tout pas mi­ser sur les mi­sos.

Le lin­guiste Alain Ben­to­li­la a bien tort de pré­tendre que « le genre en fran­çais n’a rien à voir avec le sexe » et que « voir dans une conven­tion mor­pho­lo­gique fon­dée sur le pur ar­bi­traire lin­guis­tique un com­plot ma­chiste ma­ni­feste une to­tale igno­rance des faits lin­guis­tiques ». Il est grand temps que l’on ferme la bouche à cel­le­zé­ceux qui ne voient les femmes que comme des mi­sandres mi-coin­cées et que l’on castre les mau­vaises in­ten­tions de tous ces vi­rils qui virent « elle » de la langue.

Qu’on se le dise, l’écri­ture in­clu­sive est la mère de la guerre. Ce n’est qu’à cette condi­tion que nous pour­rons fiè­re­ment chan­ter à nos en­fants : « J’aime la ga­lette, sa­vez-vous com­ment ? Quand elle est bien faite, avec du neutre de­dans. » Ce n’est qu’à ce prix qu’en termes d’éga­li­té des textes la France pour­ra être l’égale de la Tur­quie, que notre pays pour­ra se dé­cla­rer plus fort que le Bos­phore et qu’un jour nous pour­rons écrire sur les fron­tis­pices de nos mai­ries : « Li­ber­té, éga­li­té et point mé­dian ».

Alors, certes, si les néo­fé­mi­nistes gagnent ce com­bat, elles risquent fort de s’en­nuyer en­suite. Le sort des femmes au Yé­men ou en Ara­bie saou­dite ne mé­rite pas qu’on s’y at­tarde. Mais on peut leur faire confiance pour trou­ver une autre cause à ron­ger et elles pour­ront tou­jours s’at­ta­quer au sexisme de l’émis­sion « Miss France » ou à la phal­lo­cra­tie du bon­homme de neige. Il suf­fit de sa­voir pro­fi­ter de l’Au­bade.

Dé­ci­dé­ment, Pas­cal·e avait bien rai­son : « Un·e roi·eine sans di­ver­tis­se­ment est un·e ho.femme plein·e de mi­sère. »

* Blo­gueur, « Qua­mel sans filtre ». qua­mel.ek­la­blog.com

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