Eloge de la res­pon­sa­bi­li­té

Marianne Magazine - - Sommaire - par Caroline Fou­rest

S’il est bien nor­mal que cha­cun ait un avis, sur­tout en pé­riode de crise, il est sain d’en chan­ger. Quand les don­nées sont connues d’avance, l’in­cons­tance frise la fai­blesse. Lors­qu’un vi­rus s’im­pro­vise « maître des hor­loges », même ce­lui qui pen­sait pou­voir les ré­gler doit s’adap­ter. Ce­la ne veut pas dire qu’il faut su­bir, éter­nel­le­ment, le tem­po du Covid.

Lorsque la trot­teuse des conta­mi­na­tions s’est mise à ga­lo­per, qu’un in­di­vi­du en in­fec­tait plus de trois, il n’y avait guère d’autre choix que de confi­ner. In­cons­cient du dan­ger la veille, beau­coup pen­saient qu’il fal­lait s’em­mu­rer plus tôt. De­main, les mêmes hur­le­ront que cette en­ceinte de pré­cau­tion a dé­truit nos vies. Ils n’ont pas tort chaque fois, mais ja­mais au bon mo­ment. Ce qui re­vient à se trom­per.

Qui le leur re­pro­che­ra ? Dans deux ans, nous se­rons en pé­riode élec­to­rale, em­plis de mau­vaise foi et à cou­teaux ti­rés. Les po­lé­miques ne por­te­ront plus sur le risque sa­ni­taire im­mé­diat, mais sur les consé­quences so­ciales et éco­no­miques du com­bat contre le vi­rus. Une dette af­fo­lante. Une crois­sance en­ter­rée six pieds sous terre. Un PIB plom­bé. Des mil­liers de faillites, des vagues de chô­meurs, de sui­cides et de dé­pres­sions. Sans par­ler des coups re­çus et des en­fances bri­sées.

Pour quelques hap­py few ayant pas­sé un confi­ne­ment joyeux en rê­vant au monde d’après, les ca­bos­sés crie­ront leur co­lère. Les pre­miers vo­te­ront éco­lo. Les se­conds pour ce­lui qui crie­ra ven­geance, en pos­tillon­nant bien fort.

Tous sau­ront exac­te­ment ce qu’il fal­lait faire. Puisque tous croient au mythe de la dé­ci­sion par­faite. La réa­li­té, c’est que, en pé­riode de crise, le choix n’est plus entre le bon et le moins bon, mais entre le mau­vais et le moins mau­vais.

Qu’on ouvre les parcs et les gens s’ag­glu­tinent. Qu’on les ferme et les gens se re­trouvent à huis clos, où le risque de conta­mi­na­tion est plus éle­vé. Qu’on

laisse les êtres cir­cu­ler et le vi­rus s’épar­pille. Qu’on les en­ferme en zone rouge et ils sur­chargent leurs hô­pi­taux, en plus de plom­ber le tou­risme in­té­rieur.

Face à un risque sa­ni­taire, la so­lu­tion ne vient pas que d’en haut. C’est l’af­faire de tous, sur­tout si nous vou­lons évi­ter le « stop and go », ce re­con­fi­ne­ment à la moindre flam­bée. Rien ne se­rait plus des­truc­teur que de sus­pendre à nou­veau nos exis­tences à ces chiffres n’in­té­grant que les vic­times du Covid, sans voir celles que tuent ces coups d’ar­rêt. Ces ho­quets pour­raient bri­ser la re­prise et nos vies, de fa­çon plus dé­vas­ta­trice en­core que le vi­rus lui-même. Tout doit être fait pour l’évi­ter.

Ce­la sup­pose un gros mot : la res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. Faire at­ten­tion, au lieu de cher­cher un bouc émis­saire. Pas vrai­ment notre fort. Pour­tant, c’est bien cette sa­gesse, et non la co­lère, qui peut nous per­mettre d’évi­ter le pire. At­tendre qu’on nous ré­en­ferme, se sui­ci­der so­cia­le­ment, par peur de mou­rir. n

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