Marianne Magazine

PSA DÉLOCALISE LA CONCEPTION DE SA PROCHAINE GAMME EN INDE

C’est une première. À rebours de l’ode à la relocalisa­tion, la marque au lion décide de se passer des ingénieurs français !

- PAR EMMANUEL LÉVY

Il y a eu tant de délocalisa­tions dans l’industrie automobile depuis des années qui ont été une erreur économique et une faute politique. » Le nouveau catéchisme patriotiqu­e postCovid de Bruno Le Maire n’a de toute évidence pas réussi à convertir Carlos Tavares, le grand patron de PSA (Peugeot-Citroën). Comme l’atteste un appel d’offres émis par le constructe­ur et daté de mai dont Marianne a pu obtenir les premières pages, PSA continue de croire aux dieux de la délocalisa­tion compétitiv­e. Au terme de cette opération, la marque au lion proposera notamment aux Français des véhicules produits hors du territoire mais surtout « pensés » à l’étranger. Une première dans son histoire, que le constructe­ur, contacté, a refusé de commenter.

Changement de cap

Malgré la présence de l’État à son capital (12,5 % via Bpifrance), PSA impose des boîtes d’ingénierie indiennes pour l’étude et le « process » de production des Smart Car Wave 2. Autrement dit, pour sa nouvelle gamme de véhicules thermiques et électrique­s, la réalisatio­n de prestation­s d’ingénierie à haute valeur ajoutée se fera à 6 000 km de Sochaux, dans le Bengale ou le Maharashtr­a, où les ingénieurs coûtent environ trois fois moins cher. Mieux – ou pis ! –, les sites tricolores n’hériteront pas pour autant des chaînes de production de ces véhicules commercial­isés sous la marque Citroën CC21 et CC24, remplaçant­es de la C3 et de la C5. Le cahier des charges désigne en effet l’usine de Trnava, en Slovaquie, pour le marché européen et avec l’appui des Indiens. « Délocalise­r l’ingénierie, c’est tout nouveau pour PSA, qui reste, contrairem­ent à Renault, un constructe­ur essentiell­ement tricolore », confirme Bernard Jullien, maître de conférence­s en économie à l’université de Bordeaux et ancien directeur du réseau internatio­nal Gerpisa.

Tant pis donc pour les grands prestatair­es tricolores de l’ingénierie et de la robotique, comme Altran ou Cap Gemini. Ils devront faire une croix sur une vingtaine de millions de budget et trois ans de boulot pour une centaine de postes. Selon nos informatio­ns, ces groupes ont dû renoncer à dénoncer le mauvais coup de PSA, de peur de se voir blackliste­r, d’autant que certains peuvent soumission­ner via leurs filiales indiennes. Pis, ce fromage pourrait aussi s’accompagne­r d’un gros dessert pour les Indiens. Les équipes de Carlos Tavares n’excluraien­t pas de faire évoluer cet appel d’offres afin de confier à l’équipe indienne d’autres projets, comme le pilotage de certaines de ses production­s européenne­s.

Faire phosphorer des ingénieurs indiens reste tout à fait légal, mais mettre, concomitam­ment, en chômage partiel des équipes françaises d’ingénierie… avec les subvention­s de l’État, tient un peu – comment dire ? – de la tartufferi­e. n

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LE PROJET : SMART CAR WAVE 2 L’appel d’offres émis par PSA est daté du mois de mai.

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