Marianne Magazine

UN ROMAN SPLENDIDE SAUVÉ DES EAUX (DE L’OUBLI)

- FRANCK-OLIVIER LAFFERÈRE

Il y a des romans pour lesquels l’histoire de leur publicatio­n vaut à elle seule le statut de monument de la littératur­e mondiale. Romance in Marseille, de Claude McKay, pourrait y prétendre. Manuscrit refusé par tous les éditeurs lorsqu’il l’écrit en 1938, qui devient presque mythique au fil des décennies après avoir disparu des radars au point de n’être pas même évoqué par son auteur dans son autobiogra­phie, le voici qui reparaît, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, grâce au dévouement forcené d’Armando Coxe, dans la ville qui l’a inspiré. Mais si ce roman peut prétendre occuper une place importante dans la littératur­e mondiale, c’est d’abord et avant tout parce que c’est un grand roman. L’un de ces textes qui n’offrent rien de moins que l’éternité au lieu qu’ils décrivent en creux – en l’occurrence ce quartier de la Fosse, rayé de la carte par les nazis en 1943, ainsi qu’à ceux qui l’habitaient, jamais assignés à leurs origines, leur couleur de peau ou leur statut social, mais rendus aux lecteurs dans leur pleine humanité, faite de beauté et de cruauté, de générosité et de violence, de splendeur et de misère. Jugez : « Largement ouverte, tel un immense éventail éclaboussé de couleurs éclatantes, Marseille s’étalait nue dans la gloire du soleil de midi, comme une fièvre embrasant tous les sens, à la fois attirante et repoussant­e, pleine de la féerie incessante des bateaux et des hommes. » n

 ??  ?? Romance in Marseille, de Claude McKay, éd. Héliotropi­smes, 148 p., 21 €. Traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Françoise Bordarier et Geneviève Knibiehler.
Romance in Marseille, de Claude McKay, éd. Héliotropi­smes, 148 p., 21 €. Traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Françoise Bordarier et Geneviève Knibiehler.

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