Plages du Si­naï, la bulle pro­té­gée des Egyp­tiennes

Marie Claire - - Grand reportage - Par Ha­drien Gos­set-Bern­heim — Pho­tos Si­ma Diab

Loin de l’op­pres­sion ci­ta­dine du Caire, de leur fa­mille et de la so­cié­té des hommes rois, elles vont cher­cher un peu de quié­tude et d’apai­se­ment dans le sud du Si­naï. Un es­pace de li­ber­té fra­gile où se dé­coupent sur le ciel les sil­houettes des com­plexes hô­te­liers aban­don­nés par les tou­ristes oc­ci­den­taux. Tan­dis qu’à quelques heures de route, l’ar­mée conti­nue de me­ner une guerre san­glante contre le der­nier bas­tion de l’ar­mée is­la­mique.

C’est donc ce­la l’oeil du cy­clone, ce pé­ri­mètre de calme ir­réel au coeur d’une tem­pête dé­vas­ta­trice ? A de­mi al­lon­gé sur un ta­pis bé­douin, vous lais­sez le bruit du res­sac ber­cer votre vague à l’âme. Mur­mures de la conver­sa­tion de vos voi­sins. Les dés d’une par­tie de back­gam­mon qui s’en­tre­choquent. Peut- être êtes-vous dé­jà « mon­ta­shi », comme disent les Egyp­tiens de cet état de douce tor­peur pro­vo­qué par une ci­ga­rette de ha­schisch (in­utile de nier ; c’est d’ailleurs l’une des pre­mières choses que l’on vous au­ra pro­po­sées à votre ar­ri­vée ici). Plus tard, vous re­pren­drez votre livre, vous vous res­ser­vi­rez du thé, plon­ge­rez dans les eaux chaudes et trans­lu­cides de la mer Rouge, et ain­si de suite. Dif­fi­cile pour­tant d’ima­gi­ner voi­si­nage moins pro­pice à la sé­ré­ni­té que ce­lui de la côte orien­tale du Si­naï, en Egypte. A moins d’une heure de route, en ef­fet, dans la moi­tié nord de cette im­mense et dé­ser­tique pres­qu’île, dé­bute la zone in­ter­dite où l’ar­mée égyp­tienne mène une guerre san­glante contre le der­nier bas­tion de l’Etat is­la­mique. Au même mo­ment, le reste du pays étouffe, en­core grog­gy de l’échec de la ré­vo­lu­tion de 2011 ; tan­dis que le voi­sin is­raé­lien – la ville d’Ei­lat est toute proche – pour­suit sa crois­sance hys­té­rique, em­pê­tré dans ses contra­dic­tions in­ternes.

Re­mède à la mé­lan­co­lie

Et sur la rive op­po­sée du golfe d’Aqa­ba, en Ara­bie saou­dite, à 20 km seu­le­ment, on dé­ca­pite en pu­blic les condam­nés à mort. Le Proche-Orient se­rait sans doute condam­né à un déses­poir dé­fi­ni­tif s’il n’avait réus­si à pré­ser­ver du chaos ré­gio­nal les 200 km de bande cô­tière qui sé­parent les sta­tions bal­néaires de Ta­ba et de Charm el-Cheikh. Lar­ge­ment igno­ré des tou­ristes eu­ro­péens ef­frayés par un tel en­vi­ron­ne­ment, le sud du Si­naï est ain­si de­ve­nu pour les Egyp­tiens et leurs voi­sins une bulle fra­gile. Un re­fuge. « Quand on ar­rive ici, il ne faut pas long­temps avant de se mettre psy­cho­lo­gi­que­ment à nu. » Après avoir di­ri­gé le camp Rock­sea pen­dant vingt ans, Ri­car­da Reichle

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2 Au loin, face à la ville de Da­hab, les mon­tagnes du Si­naï (1), au sud de l’Egypte, pas loin du chaos. Tan­dis qu’à seu­le­ment quelques ki­lo­mètres de là (2), les Egyp­tiens se re­trouvent en fa­mille sur la plage.

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