LA VIGNE ET LE VIN

Un vi­gne­ron bio ré­veille le vi­gnoble de Mont­pey­roux

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Ma­thilde Jar­lier / Pho­tos / Vincent Jolfre

Quand un jeune vi­gne­ron dé­cide de res­tau­rer un vi­gnoble au­tour du vil­lage de Mont­pey­roux.

Il est jeune et bio. Yvan Ber­nard, ori­gi­naire de Haute-loire, s’est ins­tal­lé il y a une di­zaine d’an­nées sur la com­mune de Mont­pey­roux, entre Is­soire et Cler­mont, pour re­don­ner vie à cette par­tie du vi­gnoble auvergnat tom­bé en désué­tude. Au­jourd’hui, le vi­gne­ron, qui tra­vaille en agri­cul­ture bio­lo­gique, pro­pose une di­zaine de vins dif­fé­rents, is­sus du vil­lage, mais aus­si du puy de

Corent et de Boudes.

Il est le seul vi­gne­ron ins­tal­lé dans un des plus beaux vil­lages de France. Yvan Ber­nard, 35 ans, a po­sé ses va­lises et ses fûts de chêne en 2003 à Mont­pey­roux (Puy-deDôme), et par­ti­cipe ac­ti­ve­ment au re­nou­veau du vi­gnoble dans ce pe­tit coin d’au­vergne. La vigne, il n’y est pas tom­bé de­dans quand il était pe­tit, ou juste ce qu’il faut pour at­ti­ser sa cu­rio­si­té. Ni fils de vi­gne­ron, ni fils de pay­san, son pre­mier contact avec les cèpes et le rai­sin, il le doit à son grand-père, du cô­té de Bras­sac-les-mines. « Il était mi­nier mais comme beau­coup de per­sonnes à cette époque-là, il culti­vait une pe­tite par­celle de vignes et fai­sait du vin pour sa propre consom­ma­tion. De­puis, ga­min, j’ai tou­jours ai­mé ce que ce­la re­pré­sen­tait, les ven­danges, la ri­go­lade », se sou­vient Yvan Ber­nard. Après un bac ES, il ne se tourne pas tout de suite vers cette culture qu’il a clai­re­ment gar­dée en lui. Après un BTS mar­ke­ting, il part à Beaune, « parce que la Bour­gogne, c’est La Mecque du vin ». Dans un ly­cée agri­cole spé­cia­li­sé dans le do­maine vi­ti­cole, il passe non pas un autre BTS, mais deux, pour ac­qué­rir un maxi­mum de connais­sances. L’un sur le com­merce des vins et spi­ri­tueux et l’autre en vi­ti­cul­ture oe­no­lo­gie.

Faire re­naître le vin à Mont­pey­roux

L’auvergnat ori­gi­naire de Beau­lieu, près de Bras­sac-les-mines, part en­suite tra­vailler en Al­sace puis dans le Beau­jo­lais, avant de re­ve­nir sur ses terres vol­ca­niques. Là, il se lance dans sa propre aven­ture, qu’il en­tend me­ner se­lon ses prin­cipes, ses convic­tions. Une ap­proche pay­sanne et rai­son­née. Il crée son propre do­maine en 2003, à seule­ment 23 ans. « J’ai com­men­cé dou­ce­ment, j’ai fait le choix de ne pas mettre une grosse somme d’ar­gent et j’ai re­pris des vignes en lo­ca­tion ». Ain­si, avec trois hec­tares, il dé­marre son ac­ti­vi­té de vi­gne­ron. Pour li­mi­ter les coûts, il achète du ma­té­riel d’oc­ca­sion, et ins­talle son ac­ti­vi­té dans un bâ­ti­ment au coeur de Mont­pey­roux qu’il loue à la com­mune. « C’était d’ailleurs la vo­lon­té de la mu­ni­ci­pa­li­té que de ré­im­plan­ter la vigne au vil­lage. C’est comme ça que j’ai at­ter­ri ici ». Près d’un siècle en ar­rière, au­tour de cet épe­ron ro­cheux do­mi­né par son em­blé­ma­tique don­jon, « il n’y avait que des vignes ». De­puis 2004, le jeune vi­gne­ron re­plante ain­si quelques par­celles sur les co­teaux de Mont­pey­roux pro­gres­si­ve­ment. Les pre­mières vignes plan­tées donnent dé­jà du vin, un peu spé­cial pour le ter­roir auvergnat : un sy­rah, cé­page que l’on re­trouve au nord de la val­lée du Rhône sur des ap­pel­la­tions pres­ti­gieuses comme saint-jo­seph et côte rô­tie. « Quand je suis ar­ri­vé, ce co­teau qui sur­plombe l’allier et la Couze, ce­la m’a rap­pe­lé Tain-l’her-

mi­tage, et plan­ter du sy­rah, ce­la m’a pa­ru évident », dit-il. Tout comme le fait d’orien­ter son ex­ploi­ta­tion vers l’agri­cul­ture bio­lo­gique. « Ce­la a tou­jours été un ob­jec­tif. Je me suis lais­sé le temps de maî­tri­ser mon mé­tier et par convic­tion, je me suis orien­té vers le bio », dit-il. Ain­si, dès 2010, toutes les vignes étaient en agri­cul­ture bio­lo­gique avec une pre­mière cu­vée cer­ti­fiée « AB » sor­tie en 2013. Une ma­nière co­hé­rente de faire du vin comme il l’en­tend, en uti­li­sant uni­que­ment des pro­duits na­tu­rels pour en­tre­te­nir ses vignes et fa­bri­quer son vin. Une conver­sion qui s’ex­prime plei­ne­ment dans ses bou­teilles, « ce­la change le style des vins, parce que le ter­roir s’ex­prime mieux je trouve ». En pé­riode de vi­ni­fi­ca­tion, il reste en co­hé­rence avec sa vo­lon­té d’of­frir un pro­duit na­tu­rel, « je ne joue pas les phar­ma­ciens dans ma cave », aime-t-il dire. Ain­si, ses rouges ne sont pas fil­trés, et ce sont des le­vures na­tu­relles qui fer­mentent.

Une di­zaine de cu­vées très dif­fé­rentes

L’iden­ti­té de son vin, au-de­là de la clien­tèle lo­cale et des res­tau­ra­teurs, a même sé­duit à l’étranger, au Ja­pon. Un amou­reux des vins de Loire qui tient une bou­tique au pays du So­leil-le­vant a pris le temps de ve­nir goû­ter le tra­vail du vi­gne­ron auvergnat et com­mande de­puis sa vi­site une pa­lette par an. « On peut boire du vin d’au­vergne à To­kyo ! », s’amuse Yvan Ber­nard. Au­jourd’hui, le vi­gne­ron de Mont­pey­roux sort 30.000 bou­teilles par an, il y a quatre ou cinq ans, elles n’étaient que 17.000. Sa pro­duc­tion a presque dou­blé puis­qu’yvan Ber­nard prend soin de ré­im­plan­ter des vignes sur les co­teaux de ce char­mant vil­lage mais aus­si sur le puy de Corent, La Sau­ve­tat et même une pe­tite par­celle de Boudes. De ses huit hec­tares de vignes naissent une di­zaine de cu­vées très dif­fé­rentes, du blanc char­don­nay is­su du puy de Corent vieilli 15 mois en fût de chêne, jus­qu’au pe­tro­sus 100% pi­not noir ou son ar­kose 100 % ga­may vieilles vignes éle­vé un an en fût, sans ou­blier le ro­sé de Corent, « qui a une belle per­son­na­li­té », pré­cise-t-il. « Nous avons un su­per ter­roir ici, unique, vol­ca­nique, avec des sols in­té­res­sants. Sans ou­blier qu’on a aus­si le cli­mat pro­pice pour la vigne avec des jour­nées chaudes et des nuits froides en été ». Alors l’ave­nir du vin en Au­vergne, évi­dem­ment, il y croit, et il conti­nue à s’im­pli­quer dans son re­nou­veau en re­plan­tant en­core des vignes, et en re­don­nant à Mont­pey­roux, son iden­ti­té vi­ti­cole.

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