HORS FRON­TIÈRE

Ces voi­sins qui vont vivre plus en­semble Noirétable, Cha­bre­loche, Us­son-en-fo­rez, Ambert, Mont­bri­son, Vollore-mon­tagne, Saint-just-en-che­va­let, Saint-an­thème… Re­por­tage à la ren­contre de ceux qui vivent de part et d’autre de la fron­tière entre Au­vergne et

Massif Central Patrimoine - - Dossier / Grande Région -

«Ici com­mence l’au­vergne, ici fi­nit la France ! », Le pan­neau po­sé par de fa­cé­tieux étu­diants en 1944 est au­jourd’hui de­ve­nu une vé­ri­table lé­gende… L’une des plus cé­lèbres af­fir­ma­tions de l’iden­ti­té au­ver­gnate… aux portes de la ré­gion Rhône-alpes. Efh­raïm Day­né, 85 ans, tient, ici, une au­berge, au col de Saint Tho­mas. Il se sou­vient de ce qu’on ra­con­tait au­tre­fois de part et d’autre de la fron­tière : « D’au­vergne ne viennent ni bonnes gens, ni bon vent », ce à quoi les Au­ver­gnats ré­pon­daient « Ici, on mange du lard et on boit du pi­nard. Là-bas, on mange de la beu­rette et on boit des caillettes ! » Un échange d’amabi­li­tés qui n’est plus de sai­son : « Les jeunes s’en tapent, et les vieux ont ou­blié. La seule hos­ti­li­té qui per­dure, c’est entre les so­cié­tés de chasse qui se dis­putent les san­gliers… et les ra­mas­seurs de cham­pi­gnons qui, de part et d’autre, ac­cusent les voi­sins de ve­nir les piller » soit rien de plus que tout ce qu’il se passe à peu près par­tout ailleurs. Après les com­bats de guerre des bou­tons, l’époque est au rap­pro­che­ment, comme on peut le vé­ri­fier dans le pre­mier vil­lage ve­nu, cô­té Loire, à Saint-just-en-che­va­let. Au ca­fé Chez Nat’, ra­che­té par… un Au­ver­gnat de l’al­lier, on confirme que le su­jet ne crée pas dé­bat : « Les gens d’ici disent en ri­go­lant que la fron­tière va dis­pa­raître. Mais fran­che­ment, le su­jet ne pas­sionne per­sonne… d’au­tant que beau­coup de mes clients croient qu’ys­sin­geaux et la Hau­teLoire… font dé­jà par­tie de Rhône-alpes. Les seuls qui ont une po­si­tion tran­chée, sont mes clients au­ver­gnats qui trouvent que Rhône-alpes, c’est quand même mieux que le Li­mou­sin ».

Ville fron­tière

Un peu plus loin, la li­mite avec Rhône-alpes a tou­jours mar­qué la vie de Cha­bre­loche qui par­tage, avec sa voi­sine Noirétable, le sta­tut de ville fron­tière. In­con­tes­ta­ble­ment, à Cha­bre­loche, le centre, c’est mieux que le bord ! In­té­grer une grande ré­gion puis­sante, pros­père, est vé­cu comme un gage d’es­poir pour la com­mune qui tente de conser­ver un pe­tit tis­su in­dus­triel mis à mal par des an­nées de crise. On se sou­vient en­core ici, avec nos­tal­gie, du groupe cou­te­lier Cou­zon qui em­ploya jus­qu’à 700 per­sonnes, et qui a fer­mé en 2006. Le maire, Ch­ris­tian Ge­nest, se fé­li­cite de la re­prise des an­ciens lo­caux par une fi­liale d’os­sa­bois, Aqua­lo­gis, qui fa­brique des salles de bains en kit ré­vo­lu­tion­naires. Une ac­ti­vi­té d’ave­nir… mais qui pour l’ins­tant n’em­ploie que 70 ou­vriers. Il fau­dra s’en conten­ter, et es­pé­rer des jours meilleurs… peut-être une fois ma­riés à la riche ré­gion voi­sine. « On a tou­jours été très près de Noirétable, 10 km plus loin. On va là-bas pour cher­cher notre es­sence, faire quelques courses, et les Né­tra­blais viennent aus­si ici très fa­ci­le­ment. Nous avons énor­mé­ment de choses en com­mun. C’est pour­quoi, il y a une quin­zaine d’an­nées, quand on a tra­vaillé sur la com­mu­nau­té de com­munes, on avait en­vi­sa­gé de s’al­lier avec quelques voi­sines de la Loire. Mais autre dé­par­te­ment, autre ré­gion… Ça n’a pas été pos­sible. Une fois réunis dans une même en­ti­té, peut-être pour­rons-nous re­voir tout ça, pour le plus grand bé­né­fice des uns et des autres ».

Ventres jaunes

Un dis­cours en phase avec le sen­ti­ment gé­né­ral : au bar Le Man­drin, étape in­con­tour­nable pour qui voyage entre les deux dé­par­te­ments, tout le monde se sa­tis­fait de ce ma­riage an­non­cé. « Il y a une lo­gique, qui ré­ta­bli­ra cer­tains équi­libres, car fran­che­ment, cô­té men­ta­li­té, les gens de la Loire sont plus proches des Au­ver­gnats que des Lyon­nais ». Jean-pierre Bis­sez, qui a re­pris le grand ma­ga­sin de bri­co­lage BMJ à l’en­trée du vil­lage, confirme que l’au­vergne a sans doute fait une bonne af­faire. Ori­gi­naire de la Loire, il n’a pas hé­si­té à ve­nir s’ins­tal­ler ici. Il émet pour­tant une lé­gère ré­serve… concer­nant Saint-étienne : « Notre pré­fec­ture n’est pas en grande forme. Coin­cée entre ces deux villes dy­na­miques que sont Lyon et Cler­mont, elle risque de souf­frir ». « L’époque où nous trai­tions avec ma­lice nos voi­sins de ventres jaunes, parce que beau­coup d’entre eux tra­vaillaient l’acier, est ré­vo­lue »,

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