« vivre de sa plume est un Mi­racle »

Ren­contre avec Ch­ris­tian Si­gnol En quit­tant le Quer­cy pour la Cor­rèze, il a dé­cou­vert le plai­sir d’écrire. Son 35e ro­man est sur la route des best-sel­lers, comme les pré­cé­dents. Et il ré­serve en­core des sur­prises à ses nom­breux lec­teurs.

Massif Central Patrimoine - - Actualités - Texte / Pris­cille Peyre / Pho­to / Gwen­do­line Teyssedou /

Né dans le Quer­cy, Ch­ris­tian Si­gnol a été mis en pen­sion à Brive à l’âge de 11 ans. Il a tel­le­ment vé­cu ce drame de l’éloi­gne­ment qu’il di­ra plus tard : « Cette dé­chi­rure a fait de moi un écri­vain ». Son pre­mier ro­man, Les cailloux bleus fut un suc­cès. Le sui­vant aus­si, Les menthes sau­vages, puis la tri­lo­gie de La Ri­vière Es­pé­rance, un vé­ri­table phé­no­mène d’édi­tion avec plus de deux mil­lions d’exem­plaires ven­dus de­puis 1990. Et puis tous les autres aus­si ! Écri­vain po­pu­laire, il al­terne avec un égal bon­heur ro­mans, sou­ve­nirs et sa­gas his­to­riques. Quinze jours après la sor­tie de son der­nier ro­man, Nos si beaux rêves de jeu­nesse, Ch­ris­tian Si­gnol sa­vait que son livre fi­gu­rait dé­jà par­mi les best-sel­lers 2015... Com­ment vi­vez-vous un tel suc­cès ? Vivre ain­si de sa plume, et sur­tout de­puis si long­temps, c’est un mi­racle. J’ai pu­blié mon pre­mier ro­man, Les cailloux bleus, en 1984. Je suis un sur­vi­vant. Donc votre réus­site se­rait le fruit du ha­sard ? Pas quand même. Je dis tou­jours que pour être écri­vain, il faut tra­vailler et per­sé­vé­rer. Ce qui compte ce n’est pas l’ins­pi­ra­tion, c’est la trans­pi­ra­tion. Mais j’ai eu de la chance, aus­si. Il y a beau­coup d’au­teurs ta­len­tueux qui ne se­ront mal­heu­reu­se­ment ja­mais pu­bliés. Vous écri­vez de­puis plus de trente ans. Quels sont vos pro­jets ? J’es­père conti­nuer à écrire. J’ai d’ores et dé­jà quelques ma­nus­crits dans les ti­roirs. Mais c’est le pu­blic qui dé­ci­de­ra. Vous ne comp­tez donc pas vous ar­rê­ter au som­met de votre gloire ? Tant que mes livres trou­ve­ront un écho fa­vo­rable, je conti­nue­rai. J’ai tou­jours rê­vé de faire ce mé­tier, c’est une vé­ri­table pas­sion, mais je sau­rai me re­ti­rer lorsque je ne ré­pon­drai plus aux at­tentes des lec­teurs. Cette lon­gé­vi­té, jus­te­ment, com­ment l’ex­pli­quez-vous ? Je crois que mes livres ré­pondent à un be­soin. Dans une so­cié­té qui évo­lue à toute vi­tesse, les gens cherchent des re­pères. À tra­vers mes livres, je nour­ris notre mé­moire col­lec­tive. D’où les ré­fé­rences his­to­riques dans vos ré­cits ? Je ne suis pas pas­séiste, mais je trouve que l’his­toire ma­gni­fie les in­trigues, leur donne de l’au­then­ti­ci­té. Ce qui n’est pas le cas dans les ro­mans contem­po­rains ? C’est dif­fé­rent. Si j’écri­vais sur le monde contem­po­rain, j’au­rais l’im­pres­sion d’être un jour­na­liste, de dé­cor­ti­quer ce qui m’en­toure. Je ne suis pas à l’aise dans cet exer­cice. Il faut faire ce qu’on sait faire. Je suis un ro­man­cier : je parle des autres. Il n’y a donc au­cun dé­tail autobiographique dans vos oeuvres ? Peut-être quelques sou­ve­nirs gla­nés au ha­sard, mais rien d’égo­cen­tré. D’ailleurs je n’aime pas par­ler de moi, je pré­fère m’ef­fa­cer au pro­fit de mes his­toires. Ce que l’au­teur veut dire, ce qu’il porte en lui, ce sont ses per­son­nages et son scé­na­rio qui doivent le ra­con­ter. Et pour vous, quel est ce mes­sage ? Ce que je veux, c’est faire du bien. Au­jourd’hui, tout est sombre et tra­gique : les films, les livres… Je cherche à trans­mettre du po­si­tif. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas réa­liste. Au contraire, je cherche à ré­ta­blir le con­tact entre le pu­blic et le monde na­tu­rel. L’évo­lu­tion de la so­cié­té m’in­quiète, elle ne se confronte plus au réel mais à une re­pré­sen­ta­tion du réel. Dans mes ro­mans, je cherche à échap­per à cette vir­tua­li­té. Com­ment vous y pre­nez-vous ? Je ra­conte les choses telles qu’elles sont, ou plu­tôt telles qu’elles ont été. Dans Nos si beaux rêves de jeu­nesse, j’évoque l’exode ru­ral et ses consé­quences, en par­ti­cu­lier les ré­vo­lu­tions nées du Front Po­pu­laire de 1936. Cette époque a mar­qué le dé­but de l’ère ac­tuelle. Un exode ru­ral au­quel vous avez ce­pen­dant échap­pé… C’est vrai, j’ai gran­di près de Mar­tel, dans le Lot, et j’ai choi­si de res­ter à la cam­pagne tan­dis que mes amis par­taient dans les grandes villes. Avez-vous re­gret­té ce choix ? Non, ja­mais. Ça a été dur, j’au­rais pu être blo­qué dans ma car­rière, car dé­jà, à l’époque, les em­plois en zone ru­rale étaient li­mi­tés. Mais la vie a été plus que clé­mente avec moi. Et la Foire du Livre de Brive ? C’est un ren­dez-vous im­por­tant, même si je re­grette de ne pas avoir plus de temps pour dis­cu­ter avec ceux qui sont ve­nus jus­qu’à moi. J’ai beau­coup de re­tours par cour­rier, et je prends soin de tou­jours y ré­pondre de ma main. J’aime ce con­tact, cet échange qui est mal­heu­reu­se­ment li­mi­té sur les sa­lons. Pour­quoi faut-il lire ? Lire ne peut pas être un de­voir. Lire est une pas­sion, ja­mais une obli­ga­tion. Quant à écrire, c’est une galère, mais le voyage est su­perbe.

Tra­duit en quinze langues

Consa­cré en 2015 comme l’un des dix ro­man­ciers pré­fé­rés des Fran­çais, Ch­ris­tian Si­gnol est l’au­teur de grandes sa­gas en plu­sieurs tomes comme La Ri­vière Es­pé­rance (1990), Les Vignes de Sainte Co­lombe (Prix Mai­son de la presse 1997), Ce que vivent les hommes (2000) et Les Mes­sieurs de Grand­val (2005). Il est aus­si l’au­teur d’oeuvres plus in­ti­mistes comme Bon­heurs d’en­fance (1996), Un ma­tin sur la Terre (2007), Ils rê­vaient des di­manches (2008), Pour­quoi le ciel est bleu (2009), Une si belle école (2010), Au Coeur des fo­rêts (2011), Les en­fants des Justes (2012, Prix So­li­da­ri­té - Har­mo­nie Mu­tuelles 2014). Ré­com­pen­sée par de nom­breux prix lit­té­raires, dont le Prix Mau­rice Ge­ne­voix en 2012, son oeuvre a été adaptée à plu­sieurs re­prises à l’écran.

No­tez-le.

Nos si beaux rêves de jeu­nesse Al­bin Mi­chel 352 pages 21,50 €.

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